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JEANNIE, UNE PROTÉGÉE DU Dr BARNARDO

 

Jeannie, une mignonne fillette de deux ans, fut retirée d’une cour horrible, dans un des pires quartiers de Londres ; et elle fut arrachée à son environnement complètement dégradé, et introduite dans l’asile secourable par une porte de derrière.
Elle était si petite et chétive pour son âge qu’elle fut tout de suite reçue chaleureusement par la dame chrétienne qui servait de mère à ces pauvres fillettes. A la différence de beaucoup d’enfants qui ne se remettaient que très lentement des conséquences de leur premier environnement, Jeannie se développa normalement en une gentille enfant au joli caractère.
Mais les personnes dépravées au milieu desquelles elle était née cherchant à poursuivre le Dr Barnardo en justice, il décida de l’envoyer au Canada, avec un groupe d’autres enfants ; là-bas, elle séjourna d’abord quelque temps dans un asile de la même œuvre, où elle se fit aimer de chacun, puis fut adoptée par un fermier écossais, de bonne réputation, qui avait déjà plusieurs fils, jeunes adultes.
Le fermier vint la chercher avec une voiture à cheval – les trains étant rares à cette époque – et ils arrivèrent dans la ferme à l’heure du repas, servi dans la grande cuisine, et très plantureux. La fermière, au visage sérieux, plutôt sévère, comme celui de son mari, vint prendre Jeannie dans ses bras hors de la haute voiture, mais, pas plus que son mari, elle ne pensa à donner à la petite fille un baiser de bienvenue.
Les cinq jeunes gens, grands et austères comme leurs parents, arrivèrent bientôt, et le repas commença. Mais tout à coup le cliquetis des couteaux et fourchettes s’arrêta net, et tous les yeux se tournèrent vers Jeannie, assise sur un haut tabouret près de la fermière. Elle penchait la tête sur ses mains jointes, et elle répétait à haute voix la prière qu’on lui avait enseignée :

O Seigneur, nous te rendons grâces
Pour tous ces biens qui viennent de toi !
Viens dans nos cœurs prendre ta place
Et fais-nous vivre par la foi. Amen

Le profond silence qui suivit fut rompu par la voix du fermier, un peu tremblante, semblait-il :
– Jeannie, répète cela encore une fois, et nous le dirons après toi.
Et comme poussés par la même force, tous ceux qui entouraient la table se mirent à genoux, et courbant la tête, répétèrent à haute voix les paroles de la prière de l’enfant.
Quand ils se relevèrent, plus d’un essuya une larme. Les paroles de cette petite fille avaient touché dans ces cœurs une corde muette depuis longtemps, et fait vibrer des souvenirs sérieux. A la fin du repas, tous s’approchèrent de Jeannie, et les uns après les autres, le père, la mère et leurs fils, la prirent dans leurs bras et lui donnèrent un baiser de bienvenue. Jeannie avait trouvé une famille, et ce fut aussi là le commencement de l’œuvre de Dieu dans cette maison.
Ce soir-là, ils revinrent tous du travail plus tôt que d’habitude. Le fermier prit Jeannie sur ses genoux et lui demanda :
– Jeannie, peux-tu encore nous dire une petite prière?
La petite fille acquiesça, se mit à genoux, et ferma les yeux, puis répéta :

Seigneur Jésus, oh ! Daigne entendre
Un faible enfant qui vient à toi.
Je connais ton amour si tendre
Qui sans cesse a veillé sur moi.

Donne-moi de suivre ta trace,
De te servir en ces bas lieux,
Jusqu’au beau jour où, par ta grâce,
Je t’exalterai dans les cieux.

Le père ajouta quelques mots à cette prière, puis tous se séparèrent, émus mais heureux.
Le dimanche suivant, la voiture fut attelée et toute la famille était prête à parcourir les vingt kilomètres qui la séparaient du seul endroit où il y eût un rassemblement de chrétiens. Depuis longtemps la distance avait été pour eux un prétexte pour excuser leur négligence. Mais maintenant se réalisait le passage : « Un petit enfant les conduira » (És. 11. 6).
La piété si simple de Jeannie, sa confiance enfantine dans le Seigneur Jésus, avaient réveillé le cœur de ces parents, leur rappelant leurs responsabilités vis-à-vis de Dieu, et vis-à-vis de leurs enfants. Et il y eut une riche bénédiction sur cette famille – par le moyen, tout d’abord, de la piété d’une petite fille.

D’après Bonne Nouvelle 1907