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JADE PRÉCIEUSE, LA PETITE CHINOISE

Il est important de noter que cette histoire se déroule en Chine au 19ème siècle !

La maison hantée

Cet après-midi-là, Jade Précieuse emmenait les enfants faire une promenade. D’après les normes chinoises, Jade Précieuse était une jolie fillette. Son petit visage rond avait la teinte délicate de l’ivoire, ses yeux obliques étaient comme des baies noires et ses cheveux noirs – soigneusement huilés – étaient lisses et luisants.
Les vêtements de Jade précieuse, comme ceux des quatre enfants qui l’accompagnaient, bien que rapiécés, étaient propres et convenables. Jade Précieuse elle-même avait lavé et raccommodé ses habits : elle était adroite et aidait beaucoup sa mère. Celle-ci n’avait jamais regretté d’avoir pu élever cette petite fille. Jade Précieuse était la troisième enfant de la famille ; l’un de ses frères aînés était parti chercher de l’ouvrage dans une ville lointaine, et le second était mort durant une période de terrible sécheresse où beaucoup de gens étaient tombés malades et avaient péri.
Après Jade Précieuse il y avait un garçon, Sinn-Tek, qui était son frère préféré. Au moment où commence cette histoire, il marchait à côté d’elle, puis derrière eux venaient encore deux frères plus jeunes, et une petite sœur qui s’appelait Joyeux Matin.
Jade Précieuse se tourna vers Sinn-Tek, et lui demanda :
– Où irons-nous nous promener ? Mais avant qu’il ait répondu, Sinn-Chang, petit bonhomme tout rond et fort bavard, s’écria :
– Ma sœur … mon frère … allons à la Maison Hantée !
Jade Précieuse eut un petit frisson.
– Je n’aime pas la Maison Hantée, dit-elle, sans refuser nettement la proposition de son frère.
Sinn-Chang, bien que très jeune, était un garçon, et en conséquence son opinion avait plus de poids que celle d’une sœur aînée.
– Oui, allons-y, dit Sinn-Tek.
– Oh ! Frère aîné … j’ai peur, dit Jade Précieuse en frissonnant de nouveau.
– Mais, s’écria Sinn-Wung, un autre des petits frères, le propriétaire n’y est pas aujourd’hui. Je l’ai vu partir pour la ville dans un rickshaw (petite voiture tirée par un homme). Il allait certainement voir son fils. Dans ce cas il sera absent toute la journée.
– Et puis, conclut Sinn-Wung, il ne vient pas souvent à sa Maison Hantée.
– D’ailleurs, ajouta Sinn-Chang de sa petite voix flûtée, il ne peut que nous chasser, et moi, je cours plus vite que lui.
Jade Précieuse ne répondit pas tout de suite. Bien que Wong fût un vieil homme avare, méchant et cruel, ce n’était pas autant lui qui l’effrayait, que les esprits dont on disait que la vieille maison délabrée était toute remplie. Jade Précieuse était très bien renseignée sur les esprits. Il y en avait des milliers et des milliers : on ne pouvait ni les voir ni les entendre, mais ils existaient quand même, et il fallait faire bien attention de ne pas les contrarier ou les offenser … mais ce qui était embarrassant, c’est qu’on ne savait jamais quand et comment on les mettait en colère ! Et une fois fâchés, ils pouvaient vous infliger des châtiments terribles, et non seulement à vous-même, mais aussi à votre famille.
Par exemple, il y avait eu cette grave maladie de Mère ; puis l’accident de Père qui, ayant glissé, s’était fait mal à la jambe et n’avait pas pu travailler pendant longtemps ; puis encore le jour si triste où le petit frère nouveau-né était mort ; et lorsqu’elle-même, Jade Précieuse, avait eu la fièvre … et aussi … oh ! Combien de malheurs étaient arrivés parce que l’un ou l’autre des membres de la famille avait offensé un esprit !
Mais après tout, peut-être que les esprits n’avaient pas même été offensés ; peut-être qu’ils avaient envoyé tous ces malheurs simplement parce que les esprits aiment vous tourmenter ? Il y avait eu des jours où Jade Précieuse s’était demandée – mais sans oser formuler en mots sa pensée – si cela servait vraiment à quelque chose d’essayer d’être bon et sage, et de se rendre ainsi les esprits propices ?
Mais jamais, jamais, il ne faudrait exprimer cette idée terrible, car de la penser même pouvait amener une catastrophe.
Sinn-Tek rendait à sa sœur toute l’affection qu’elle avait pour lui ; c’est peut-être pour cela que le petit Chinois pouvait lire dans le cœur de Jade Précieuse, et deviner ce qu’elle pensait. Il se serra contre elle.
– Sœur aînée, n’aie pas peur. Cela ne peut pas être mal pour des enfants, de jouer dans la Maison Hantée, et c’est si amusant. Nous ferons semblant que c’est notre maison et que c’est là que nous habitons. N’aie pas peur. Quand nous rentrerons chez nous, nous dirons une prière et nous brûlerons des bâtons d’encens devant le dieu …
Jade précieuse consentit enfin. Sinn-Tek, étant un garçon, devait savoir mieux qu’elle, bien qu’il fût son cadet de quelques années. Elle, elle n’était qu’une fille, et de peu d’importance. Si elle avait vécu de nos jours, elle serait allée à l’école, et on lui aurait appris qu’une fille, bien que toujours inférieure à un garçon – du point de vue chinois – a tout de même sa valeur, et peut avoir d’autres fonctions que celles d’épouse et de mère. Mais Jade Précieuse appartenait à la Chine d’il y a un siècle, et c’était une Chine bien triste et plongée dans d’épaisses ténèbres.
Ni Jade Précieuse ni sa petite sœur Joyeux Matin n’avaient eu leurs pieds déformés par des bandelettes, comme c’était la coutume pour les filles de gens riches ou haut placés. Leurs parents étaient trop pauvres pour se soucier beaucoup d’élégance et de mode, et en outre… qui sait … il y avait encore un avenir possible pour les deux fillettes. Des parents, trop pauvres pour arranger un mariage, c’est-à-dire pour donner une dot, avaient une autre ressource : vendre leur fille comme esclave !
Une enfant vendue ainsi pouvait être emmenée bien loin dans cet immense pays, et il était alors peu probable qu’elle revoie jamais sa famille.
Pour le moment, Jade Précieuse ne se faisait pas grand souci pour l’avenir ; elle savait que sa mère l’aimait, et son père était très bon pour elle. Oui, vraiment, il était bon. Ne lui donnait-il pas un petit cadeau de temps à autre, quelques perles de verre ou une jolie paire de chaussures, ou une poignée de bonbons ? Il lui caressait les cheveux, il l’appelait par son nom. Que son nom était charmant, prononcé par son père ! Elle savait combien le jade est précieux. C’est une pierre ravissante, d’une couleur délicate vert pâle parfois teinté de blanc, et Jade précieuse était reconnaissante à ses Honorables parents de l’avoir appelée ainsi.

La Maison hantée était hors de la ville dans un endroit solitaire. Personne n’y habitait depuis longtemps, et tous ceux qui y avaient vécu avaient eu de la malchance. Le père et les oncles de Jade Précieuse en avaient parlé devant elle ; même de pauvres « coolies » (travailleurs, journaliers chinois) ne se souciaient pas d’y passer la nuit. Les seuls êtres vivants qui semblaient s’y plaire étaient des rats – d’énormes vilains rats – mais même eux n’y restaient pas longtemps car ils n’y trouvaient rien à manger. La maison était située au milieu d’une cour comme c’est le cas pour presque toutes les demeures chinoises ; un mur entourait cette cour dans laquelle on pénétrait par une grille délabrée qui ne tenait plus sur ses gonds ; au-delà, la porte de la maison était grande ouverte ; y entrait qui voulait. On se trouvait alors dans une grande salle aux murs blanchis à la chaux ; au milieu il y avait l’âtre pour faire le feu. La fumée devait s’échapper par un trou du plafond : installation primitive commune à beaucoup d’habitations chinoises. Au bout de la chambre se dressait le lit familial et il consistait en une sorte d’estrade de briques ; chacun s’y allonge côte à côte, enveloppé dans des couvre-pieds ouatés qui servent à la fois de matelas et de couverture, et c’est vraiment confortable – d’après l’opinion chinoise ! – de se serrer les uns contre les autres, lorsque la chambre est bien chauffée par un bon feu, même si l’atmosphère est presque irrespirable !
Les enfants couraient de droite et de gauche, inspectant les lieux, faisant la chasse aux gros scorpions, seuls habitants de la maison, se pourchassant dans la cour et dans les réduits qui entouraient la grande salle, puis lorsqu’ils furent las de jouer, ils reprirent le chemin de la maison. Mais Jade Précieuse et Sinn-Tek se sentaient attirés irrésistiblement vers la maison abandonnée et le lendemain le jeune garçon dit à sa mère, avec la politesse de tout enfant chinois à l’égard de ses parents : « Honorable Mère, ma sœur Jade Précieuse et moi-même désirons aller au temple pour honorer les esprits de nos ancêtres et acquérir ainsi des bénédictions pour notre famille. Honorable Mère, permets-nous d’y aller ».
L’Honorable mère regarda ses enfants. En vérité, pensa-t-elle, ce sont de bons enfants. Les voilà qui accomplissent d’eux-mêmes leurs devoirs religieux, tandis que bien des parents doivent les imposer à leur progéniture. Les dieux et les ancêtres seront satisfaits sans doute et ne manqueront pas de bénir la maison. Et comme on avait besoin de bénédictions dans cette pauvre famille ! Les enfants étaient nombreux et l’argent bien rare… La mère accorda la permission et les deux enfants partirent, mais dans la direction opposée à celle du temple où ils étaient censés se rendre ! Ils avaient dit un mensonge, mais ces pauvres petits n’avaient pas la moindre idée que cela était mal, et au contraire ils se félicitaient de leur adresse.
Sur leur chemin, au bord de la rivière, s’élevait une pagode, sorte de tour très haute, avec une petite salle au rez-de-chaussée. Le fleuve débordait parfois, inondait tous les environs, remplissait l’étage inférieur du petit temple. On verra dans la suite de ce récit quelle était sa destination.
Arrivés à la maison hantée, Jade Précieuse et Sinn-Tek errèrent de nouveau de côté et d’autre, et après avoir terminé leur inspection, allaient repartir lorsqu’il arriva quelque chose. La grille de la cour avait été ouverte toute grande et trois personnes se tenaient sur le seuil. Toutes trois portaient des costumes chinois et les enfants virent qu’il y avait un homme et deux femmes, tous chargés de valises. Le rickshaw, arrêté sur le chemin, était rempli de paquets divers ; ces gens venaient donc vivre dans la Maison hantée.
Les deux enfants hésitaient, ne sachant que faire. Les nouveaux venus pouvaient être bons et aimables, mais s’ils ne l’étaient pas ? S’ils allaient se fâcher en trouvant deux petits vagabonds errants dans ce qui allait être leur demeure ? A ce moment précis, Jade Précieuse leva les yeux sur le visage de l’une des femmes et son frère regarda l’autre… Sinn-Tek poussa un hurlement de terreur et se précipita hors de la maison, hors de la cour, s’enfuyant à toute vitesse, fou de peur et abandonnant sa sœur à son sort.
Jade Précieuse, trop terrifiée pour faire un mouvement, resta sur place, immobile.

Les nouveaux venus

Les trois étrangers portaient des vêtements chinois, mais ce n’étaient pas des Chinois !
Jade Précieuse, comme un grand nombre de ses compatriotes, pourtant plus âgés et plus instruits qu’elle, n’avait jamais pensé, n’avait jamais entendu dire que le monde s’étendait au-delà de sa patrie. Pour elle, la Chine était l’univers entier.
Dans la province où elle vivait, il n’y avait pas d’étrangers, et maintenant la petite fille regardait, avec un profond étonnement et une crainte certaine, les personnes qui étaient devant elle.
Son regard ne pouvait se détacher de la femme qui s’avançait la première. C’était, aux yeux de Jade Précieuse, l’être le plus extraordinaire, le plus bizarre qu’elle ait jamais vu. Ses yeux étaient d’un bleu foncé – Jade Précieuse les compara à la couleur du ciel par un beau jour d’été ; ses cheveux étaient d’une couleur plus étrange encore … comme un rayon de soleil … ondulants, légers … comme de l’or pur. Et cette femme était grande, beaucoup plus grande et forte qu’une femme chinoise … Le regard de la petite fille s’arrêta ensuite sur le second personnage qui s’avançait : celui-ci, sans doute, était un homme. Il était grand et bien bâti, avec de larges épaules, ses cheveux étaient foncés, mais pas noirs et raides, et il fixait Jade Précieuse de ses yeux bruns … qui lui souriaient. Elle n’aurait pas pu dire pourquoi, mais ce sourire chassa toute crainte du cœur de la petite Chinoise ; il ne lui resta plus qu’une grande curiosité. Après un coup d’œil jeté à la troisième personne, une femme encore, Jade Précieuse regarda de nouveau l’homme. Il lui parla en chinois – mais bien qu’il l’ai saluée avec les paroles d’usage, sa voix n’avait pas le timbre d’une voix chinoise.
A ce moment, le coolie qui les avait accompagnés entrait dans la cour, chargé de paquets, et Jade Précieuse s’enfuit aussi vite que ses jambes pouvaient la porter. A quelque distance de la Maison Hantée, elle vit Sinn-Tek sortir de derrière un buisson. Il saisit le bras de sa sœur d’un air effrayé.
– Où es-tu allée ? T’ont-ils parlé ? Qui sont-ils ? Que font-ils ?
Jade Précieuse répondit :
– Je suis restée un moment à les regarder. Oui, l’homme m’a parlé ; il m’a saluée, mais je n’ai pas répondu, j’étais trop effrayée. Je ne sais pas qui ils sont … mais je ne crois pas qu’ils puissent être … des esprits.
– Ils vont demeurer dans la Maison Hantée, j’en suis sûr, dit Sinn-Tek. Ce doit être de mauvaises gens.
Jade Précieuse revoyait le sourire de l’homme.
– Je ne crois pas qu’ils soient mauvais.
– Oh ! Ils sont certainement mauvais.
– Non … Je crois qu’ils sont seulement très extraordinaires. Frère aîné, ne disons à personne ce que nous avons vu, et demain nous y retournerons en cachette, et nous les épierons.
Sinn-Tek ne répondit pas. Sa curiosité s’éveillait, mais sa crainte, elle aussi, était forte. Il fut d’avis qu’il valait mieux ne pas parler de cette aventure à la maison, et les deux enfants rentrèrent en silence, plongé chacun dans ses pensées.
Lorsqu’ils arrivèrent chez eux, le sujet qui les préoccupait s’éclaira d’un peu de lumière. L’Honorable Père venait de rentrer ; très excité, il parlait à l’Honorable Grand-Père.
– Oui, oui, disait-il, en faisant claquer ses doigts avec nervosité, oui, je les ai vus de mes propres yeux. Ce sont des diables étrangers. Un homme et deux femmes. Ils étaient vêtus comme des Chinois. Une des femmes est vraiment terrible à voir : elle a des yeux pâles et des cheveux clairs ; elle marchait hardiment à côté de l’homme et lui parlait ; l’autre femme marchait à côté d’eux …
– Des diables étrangers ! Gémit l’Honorable Grand-Père. C’est terrible. Quel affreux malheur pour notre petite ville. Mon fils, tu vas voir ce qui arrivera : de grandes calamités, un vrai désastre va nous tomber dessus … Hélas ! Hélas !
Sinn-Tek et Jade Précieuse se regardèrent, terrifiés.

Ce jour-là, trois voyageurs fatigués et assez découragés s’étaient rendu dans le bureau du vieux Sinn-Wong ; les deux femmes se taisaient, l’homme avait pris la parole.
– Nous avons cherché en vain un logement dans toute la ville, dit-il ; nous n’avons rien pu trouver. Mais on nous a dit que vous avez une maison inhabitée. Voulez-vous nous la louer ? Nous payerons le loyer que vous voudrez.
Sinn-Wong, de ses petits yeux noirs et perçants, scrutait le visage de son interlocuteur. Sinn-Wong était un homme mauvais. Il était très vieux et très riche. Il avait gagné sa fortune en vendant de l’opium, cette terrible drogue que les Chinois fument ou mâchent et qui, peu à peu, leur devient si nécessaire qu’ils ne peuvent plus s’en passer. Telle est la passion d’un grand nombre de Chinois pour ce poison funeste, qu’ils sont prêts à payer n’importe quel prix – et c’est ainsi que Sinn-Wong avait fait sa fortune.
Il possédait beaucoup de maisons, et entre autres la Maison Hantée. Il était bien conscient que c’était un logement repoussant, peu fait pour abriter des humains. Mais, bah ! pensa-t-il, c’est assez bon pour des diables étrangers ; et il fixa, pour le loyer, une somme beaucoup trop élevée, mais que son interlocuteur accepta.
– Nous louerons la maison, Honorable Frère, dit le Diable étranger.
Sinn-Wong le regarda avec curiosité. Les mots : Honorable Frère étaient pour lui une formule polie, et cette courtoisie l’étonnait beaucoup.
Qui était donc ce Diable étranger ? C’était un jeune Anglais nommé Charles Studd. Bien des années auparavant, alors qu’il n’était encore qu’un joyeux écolier, il avait entendu l’appel de Dieu. Bien qu’il ait eu devant lui ce que le monde appelle un bel avenir : intelligence, fortune, succès, carrière brillante, il avait renoncé à tout cela pour suivre cet appel, et il avait remis à Dieu sa vie si pleine de brillantes promesses, parce qu’il y avait des hommes dépravés comme Sinn-Wong, des fillettes comme Jade Précieuse, des garçons comme Sinn-Tek … loin là-bas en Chine.
Sa femme, anglaise elle aussi, s’était consacrée, encore jeune, au service missionnaire ; ils s’étaient rencontrés en Chine, s’étaient mariés, et maintenant ils arrivaient dans cette pauvre petite ville plongée dans d’épaisses ténèbres – cette ville qui ne voulait rien savoir de la Vérité, et qui pourtant en avait un si grand besoin. Avec Monsieur et Madame Studd, il y avait leur amie, Mademoiselle Burroughs ; ils espéraient avoir plus tard d’autres compagnons, mais pour le moment ils n’étaient que les trois – seuls contre cette foule.
Ils allaient donc vivre dans la Maison Hantée, et ils allaient y introduire, à la place de toutes ces histoires tristes et mensongères de mauvais esprits, l’Esprit du Dieu vivant, qui est aussi l’Esprit du Dieu d’amour, du Père de tous.

Tandis que les nouveaux venus s’installaient dans leur pauvre demeure, la ville s’agitait, pleine de méfiance.
Les mots « Diables étrangers » étaient dans toutes les bouches, et cette expression, appliquée à tout ce qui n’était pas chinois, reflétait bien l’opinion de tous à l’égard de ce qu’ils ne connaissaient pas ; les enfants même étaient occupés de ce sujet. Seuls, Jade Précieuse et Sinn-Tek restaient silencieux et gardaient leur secret.
Quelques jours passèrent avant que le frère et la sœur puissent mettre leur projet à exécution et retourner à la Maison Hantée pour y voir les étranges habitants. En fait, Sinn-Tek avait peur.
– Qui sait ce qui nous arrivera s’ils nous découvrent ? disait-il à Jade Précieuse lorsqu’ils étaient seuls. As-tu entendu ce que l’Honorable Grand-Père disait hier soir à l’Honorable Oncle ? Il paraît que les Diables étrangers attirent les enfants chez eux, puis leur arrachent les yeux et leur coupent les doigts. Sœur Aînée … c’est dangereux d’aller là-bas.
– Ils ne nous attraperont pas ! répondit Jade Précieuse, puis, hésitant un peu, elle ajouta : L’homme semblait bon …
– Comment as-tu pu seulement le regarder ? observa le jeune garçon.
– C’est lui qui m’a regardée, et Jade Précieuse se rappelait le sourire bienveillant qui l’avait accueillie.
– Oh ! Oh ! fit Sinn-Tek, et il examinait sa sœur avec anxiété, craignant de découvrir sur elle quelque signe de magie ou d’un mauvais sort.
Au fond, Jade Précieuse était assez inquiète elle aussi, mais elle se força à sourire :
– Dans tous les cas, il ne m’a fait aucun mal, dit-elle.
Les deux enfants avaient été devancés dans leur projet de visite à la Maison Hantée. Des jeunes gens de la ville s’y étaient rendus en bande et, postés près de la grille, ils hurlaient des injures et des malédictions dès qu’un des habitants se montrait, réclamant leur départ à grands cris.
Mais les Diables étrangers ne manifestaient aucune intention de partir.

Un jour enfin, Jade Précieuse trouva l’occasion désirée ; l’Honorable Mère était allée chez une amie, emmenant Joyeux Matin avec elle, et les petits garçons jouaient dans la cour. Jade Précieuse chercha Sinn-Tek, très absorbé dans la confection d’un nouveau cerf-volant.
– Frère Aîné, dit-elle, je vais à la Maison Hantée. Viens-tu avec moi ?
Question difficile ! Sinn-Tek était toujours aussi curieux que sa sœur mais, tout garçon qu’il était, il était beaucoup moins courageux qu’elle ; il n’avait pas envie que Jade Précieuse s’en aperçoive, mais elle devinait vite les choses !
– C’est beaucoup trop dangereux pour toi, dit-il.
Jade Précieuse obéissait à son frère et à tous ses parents masculins, comme un jour elle devrait obéir à un mari et lui être soumise ; elle avait même de la déférence à l’occasion pour son frère aîné, mais en ce moment elle était bien décidée à agir à sa guise. Cela lui était assez indifférent que Sinn-Tek vienne ou ne vienne pas ; elle aimait bien sa compagnie, mais elle n’avait pas une haute idée de sa bravoure, et elle ne pouvait pas compter sur lui comme protecteur : si quelque danger menaçait, il se sauverait certainement à toutes jambes.
– C’est bon, dit-elle, j’y vais seule.
A ces mots, Sinn-Tek se sentit piqué dans son honneur.
– J’irai aussi, alors, répondit-il
Les deux enfants s’approchèrent doucement et prudemment de la Maison Hantée, qui leur parut différente de ce qu’ils avaient vu lors de leur première visite : la cour avait été nettoyée, balayée, mise en ordre. Une corde neuve se balançait au-dessus du puits, de la fumée s’échappait par le trou de la cheminée …
– Il y a une petite porte derrière la maison, souffla Jade Précieuse, faisons le tour et nous les épierons.
Les deux enfants se glissèrent le long du mur de la cour, Jade Précieuse la première, Sinn-Tek marchant sur ses talons.
C’était l’après-midi, à l’heure où bien des personnes font la sieste ; tout était tranquille, la cour était vide. S’enhardissant tout à fait, Jade Précieuse y pénétra, puis elle se tourna vers son frère :
– Je vais aller sans faire de bruit jusqu’à la porte de la maison, elle est grande ouverte, et je regarderai à l’intérieur !
Sinn-Tek la saisit par son vêtement.
– Non, non, supplia-t-il. Sœur aînée, ne fais pas cela.
Mais Jade Précieuse, comme l’auraient fait tant de fillettes européennes, se dégagea vivement et dit :
– Frère Aîné, tu n’as pas besoin de venir si tu as peur ; reste à l’abri jusqu’à ce que je revienne.
Ces mots décidèrent immédiatement Sinn-Tek, qui suivit sa sœur en silence. Sans bruit ils atteignirent la porte.
Monsieur Studd était allé en ville acheter quelques provisions, et les deux dames étaient seules ; Madame Studd se reposait sur le lit de briques, et Miss Burroughs, assise par terre sur une natte, étudiait dans un livre chinois.
Madame Studd, levant la tête, aperçut sur le seuil l’ombre des deux petits visiteurs ; Sinn-Tek recula, mais Jade Précieuse, poussée par une curiosité invincible, se pencha pour regarder … glissa … et tomba la tête la première sur le sol de la chambre.
Elle fut si effrayée de son audace qu’elle ne songea pas même à se relever ; mais Miss Burroughs s’élança à son secours, et de l’autre bout de la chambre, Madame Studd s’adressa à elle :
– Entre, petite fille, dit-elle en chinois, entre et fais-nous une visite dans notre nouvelle maison ; il n’y a que nous deux, et nous sommes tes amies.
Jamais Jade Précieuse ne put comprendre pourquoi elle était entrée – mais elle entra. Elle glissa même sa petite main dans la grande main de Miss Burroughs qui la conduisit près du lit.
Sinn-Tek se sauva hors de la cour, mais resta près de la grille, les yeux fixés sur la porte de la maison, et priant son dieu pour sa sœur.

Nouveaux amis

Ce ne fut qu’au bout d’un grand moment que Jade Précieuse revint. A la grille, elle trouva Sinn-Tek, toujours à l’affût. Elle lui tendit quelque chose qu’elle serrait dans sa main :
– Tiens, regarde, mange ça.
C’était un bonbon chinois. Sinn-Tek lui jeta un regard d’envie, car il raffolait des douceurs, et ses parents n’étaient pas assez riches pour en acheter souvent pour leurs enfants, mais il hésitait encore.
– C’est la Mem (titre d’une femme mariée) qui me l’a donné.
– Le Diable étranger ? Sœur Aînée, ne le mange pas, cela pourrait te tuer.
Mais Jade Précieuse voulait courir le risque.
– Les deux Mems en mangent bien, elles, et elles l’aiment beaucoup ; si tu n’en veux pas, je le mangerai bien toute seule.
Cela décida Sinn-Tek, qui tendit la main pour recevoir sa part.
– J’ai des choses extraordinaires à te raconter, dit Jade Précieuse, comme ils s’en retournaient lentement chez eux, en suçant leurs bonbons.
– Raconte, dit Sinn-Tek avidement, et Jade Précieuse commença.
Bien que les deux dames aient parlé en chinois, leur accent étranger rendait leur langage un peu difficile à comprendre, mais la petite Chinoise était intelligente, éveillée, et elle raconta à son frère ce qu’elle avait saisi.
Il semblait que ces étrangers étaient venus d’un pays lointain, situé au-delà des mers, et qu’on appelait l’Angleterre. Ils avaient été envoyés en Chine. Leur Dieu leur avait ordonné de venir. Leur Dieu avait un Fils nommé Jésus qui, Lui aussi, était un Dieu. Elles disaient que Dieu le Père aimait beaucoup les habitants de la Chine, mais Il savait bien qu’ils avaient commis de grands péchés, et il faut toujours un sacrifice pour le péché. Le Dieu étrange, dont parlaient les deux Mems, décida alors de donner Son propre Fils en sacrifice pour les péchés du peuple de Chine. Il ne leur demanda pas de se sacrifier eux-mêmes, ou de Lui sacrifier leurs fils. Il voulait qu’ils apprennent à Le connaître et à L’aimer …
– Aimer un dieu ! dit Sinn-Tek.
Il pensait à la petite idole, si laide, qui était le dieu de sa famille. On pouvait l’adorer, la craindre, lui offrir des sacrifices … mais l’aimer ! …
Ce récit était la base même de l’Évangile, non pas tel que les missionnaires l’avaient raconté, mais tel que la petite âme obscure de Jade Précieuse l’avait compris.
– Tout cela est bien étrange, dit-elle en terminant son récit ; mais il se peut que cela soit vrai, et que leur Dieu soit meilleur que les nôtres ? …
– Chut ! dit soudain Sinn-Tek, voilà un des Diables.
C’était Monsieur Studd qui revenait de la ville. Il était grand et fort, et marchait rapidement, d’une autre allure que les Chinois, qui ont souvent les pieds plats. Il vit les deux enfants qui s’avançaient à sa rencontre, et hésita un instant. Cet après-midi même, des enfants lui avaient jeté des pierres, et l’une d’elles l’avait même atteint et blessé à la joue. On l’avait abreuvé d’injures et de grossièretés – les gamins suivant ainsi l’exemple de leurs parents.
Jade Précieuse le regarda, et leurs regards se rencontrèrent … et la petite Chinoise salua poliment en esquissant un léger sourire.
C’était la première fois, depuis son arrivée dans cette petite ville, que quelqu’un souriait à l’étranger, ou le regardait de manière gracieuse.
Lorsqu’ils furent loin, Sinn-Tek dit à sa sœur :
– Il a l’air bizarre, mais pas méchant.
En arrivant chez eux, les deux enfants trouvèrent la maison sens dessus dessous : leur frère aîné était arrivé avec sa jeune femme.
– Si-Hiang est venue pour que son bébé naisse dans la maison du père de son mari, dit l’Honorable Mère.
Si-Hiang, la jeune femme, était une petite personne délicate, qui avait eu beaucoup d’épreuves. Elle avait déjà eu trois petits garçons, qui n’avaient vécu que quelques heures, et son mari et elle craignaient que leur dieu ne soit courroucé. Maintenant qu’un nouveau petit être était sur le point de naître, Frère Aîné avait consulté un diseur de bonne aventure très renommé, et lui avait payé une grosse somme d’argent. En échange, il avait appris qu’il serait bientôt le père d’un beau garçon ; et ainsi, Si-Hiang, qui avait été en disgrâce auprès de son mari et de sa belle-famille, était de nouveau considérée favorablement. Mais la pauvre Si-Hiang n’était pas très rassurée : si le devin se trompait ? Elle regarda tristement Jade Précieuse. Celle-ci était jolie et jeune, mais elle serait bientôt en âge d’être mariée. Il en était déjà question. Pour le moment, elle ne pensait, ni au mariage, ni à sa belle-sœur ; son esprit était plein de toutes les choses qu’elle avait vues et entendues dans l’après-midi.
Comme toutes les petites Chinoises, Jade Précieuse ne savait rien de la religion. Elle adorait le dieu de sa famille ; elle brûlait de l’encens devant des tablettes sur lesquelles étaient gravés les noms de ses ancêtres – et c’était tout. Mais cela ne représentait rien pour elle. Elle ne pouvait imaginer un Dieu avec lequel elle puisse avoir une relation personnelle – un Dieu qui s’était offert en sacrifice, et qui n’en demandait pas à ses disciples. Cela était inconcevable pour sa petite âme païenne.

De retour chez lui, Monsieur Studd s’entretint, avec sa femme et leur amie, des rencontres de l’après-midi. Jade Précieuse, de laquelle il ignorait tout, même le nom – ne pouvait deviner que les trois missionnaires l’avaient présentée au Seigneur dans leurs prières, qu’ils Lui avaient exposé sa misère et celle de toutes ses compatriotes dans cette immense et pauvre Chine païenne.
Jade Précieuse et Sinn-Tek ne parlaient entre eux que de la Maison Hantée ; leur curiosité était éveillée, et ce qui intriguait la petite Chinoise, plus encore que la personnalité de ces étrangers, était la raison qui les avait amenés dans leur petite ville. Lorsque le repas du soir rassemblait toute la famille, les hommes parlaient des missionnaires, et Jade Précieuse écoutait sans rien dire ; mais on n’en disait aucun bien.
– Ce sont de mauvaises gens, assurait l’Honorable Père ; ils sont venus pour ravir nos enfants et nous faire du mal.
– Oui, disait l’Honorable Oncle numéro Un, c’est bien vrai. Vous verrez que de grands malheurs vont nous arriver.
– Mais rien n’est encore arrivé, observait l’Honorable Oncle numéro Deux, qui était jeune et plus tolérant.
– Ah ! Attendez seulement, reprenait l’Honorable Grand-Père ; ils ne sont ici que depuis quelques semaines. Mais nous les chasserons bien, si quelque malheur nous arrive !
– Je hais les Diables étrangers, ajoutait l’Honorable Père avec colère.
L’Honorable Mère ne soufflait mot ; devant les hommes de la famille, elle devait se taire, mais sa curiosité, comme celle de sa fille, s’éveillait peu à peu. Si-Hiang écoutait aussi en silence. Elle venait d’une autre province, d’un endroit éloigné, elle aurait pu parler des Diables étrangers … et elle le fit, mais plus tard, comme nous le verrons dans la suite de ce récit.

– Si nous allions ensemble faire une visite aux Diables étrangers, suggéra un jour Jade Précieuse à Sinn-Tek ; et ce même soir, tandis que Monsieur Studd était occupé à construire un poulailler dans la cour de la Maison Hantée, il aperçut derrière la grille deux petites têtes rondes aux cheveux noirs, et deux paires d’yeux qui le surveillaient : c’étaient Jade Précieuse et son frère.
Monsieur Studd hésita en voyant les deux enfants. Que faire ? Les attirer ?
On l’accuserait peut-être de vouloir les voler ou leur jeter un sort ; mais d’un autre côté, s’il pouvait s’en faire des amis, ce serait peut-être la porte ouverte pour pénétrer dans une maison chinoise ?
Il sourit aux deux petits Chinois, et ce sourire donna confiance à Jade Précieuse ; elle rendit timidement ce sourire.
Monsieur Studd posa son outil, s’avança vers ses visiteurs et les salua amicalement. Malgré ses vêtements chinois, il semblait bien étrange aux enfants, bien vieux aussi.
– Aimeriez-vous entrer et voir notre maison ? leur dit-il, s’adressant à eux comme à de grandes personnes.
Jade Précieuse répondit pour eux deux :
– Nous vous remercions, Honorable Étranger, dit-elle, nous serions contents de voir votre honorable maison.
Une prière d’actions de grâces s’éleva du cœur du missionnaire : le bon grain pourrait peut-être porter du fruit s’il parvenait à le semer.
– Venez donc, dit-il, et il introduisit les deux petits Chinois dans la grande pièce où sa femme préparait le repas du soir. Elle faisait bouillir un quartier de porc avec du riz et des jeunes pousses de bambou – exactement comme l’Honorable Mère le fait chez nous – pensa Jade Précieuse, stupéfaite.
Ainsi, ces Diables étrangers mangeaient des nourritures chinoises ? Comme c’était bizarre ! Jade Précieuse s’était demandé s’ils mangeaient quoi que ce soit.
Les deux Mems et leurs jeunes hôtes se saluèrent cérémonieusement par les révérences d’usage. Jade Précieuse regardait autour d’elle avec étonnement. Cet intérieur avait l’air d’un intérieur chinois : sur le sol, des nattes ordinaires comme celles qu’on trouvait dans les bazars ; un grand couvre-pieds en coton recouvrait le lit ; sur un buffet, des bols et des cuillers pareils à ceux qu’on employait tous les jours ; des objets étrangers – que les enfants ne reconnurent pas pour des livres – étaient épars sur une table basse.
– Aimeriez-vous voir les autres chambres ? demanda la Mem aux extraordinaires yeux bleus. Certes, ils le désiraient vivement. Deux réduits étaient aménagés en chambres à coucher.
– Des amis viendront demeurer avec nous un jour, dit Monsieur Studd.
– Des Diables étrangers aussi ? s’informa Sinn-Tek, mais sa sœur, honteuse de cette impolitesse, le poussa du coude et s’empressa de corriger.
– Des Mems et des Tuans (Titre pour un étranger) comme vous-mêmes, Honorable Étranger ?
– Tout à fait comme nous.
Une chose manquait chez ces étrangers : l’image de leur Dieu ; on ne la voyait nulle part.
Le missionnaire s’adressa à sa femme en anglais :
– Je pense qu’il vaut mieux ne pas encore inviter nos jeunes amis à souper, dit-il ; et en secouant la tête, sa femme répondit :
– En effet, c’est encore un peu tôt.
Les enfants furent saisis en entendant cette langue inconnue qui leur rappela où et avec qui ils se trouvaient, et Jade Précieuse, en s’inclinant et en faisant sa plus belle révérence, dit :
– Il nous faut partir, maintenant, Honorable Étranger. Et Sinn-Tek s’inclina à son tour.
En prenant congé d’eux, Monsieur Studd les invita à revenir.
– Ils n’ont pas l’air méchant, dit Sinn-Tek sur le chemin du retour. Jade Précieuse lui répondit :
– Ils sont bons. Il ne faut plus les appeler Diables étrangers, c’est un vilain mot et très impoli. D’ailleurs je ne crois pas qu’ils soient des diables.
– Nos Honorables Père et Grand-Père disent qu’ils en sont, répéta encore Sinn-Tek, mais il en semblait peu sûr lui-même.
Leur mère les attendait sur le pas de la porte. Elle gronda Jade Précieuse : Où êtes-vous allés, paresseux ? J’ai besoin de toi. L’Honorable Oncle numéro Trois est malade, Si-Hiang aussi, et tu vas m’aider.
Jade Précieuse s’empressa d’obéir. Son oncle ne l’intéressait guère, elle savait bien ce qu’il avait : de nouveau cette fumerie d’opium ! Mais elle était bien peinée pour Si-Hiang. Jade Précieuse était toute triste, car elle était sûre que sa jeune belle-sœur était malheureuse et inquiète. Elle passait son temps en prière devant l’idole, elle l’avait même parée d’un joli collier que son mari lui avait donné.
Sur l’ordre de sa mère, Jade Précieuse porta un bol de lait sucré dans la chambre où Si-Hiang était couchée. Celle-ci, en voyant entrer la jeune fille, s’assit dans son lit et demanda soudain :
– Sœur de mon mari, avez-vous vu les Diables étrangers ?
Jade Précieuse, récemment, avait été trop occupée de ses propres affaires pour prêter grande attention à sa belle-sœur, mais cette question, et le regard avide qui l’accompagnait, éveillèrent à la fois son inquiétude et sa curiosité.
– Que voulez-vous dire, Femme de mon frère ? demanda-t-elle
– Seulement ceci : les avez-vous vus … leur avez-vous parlé ?
Jade Précieuse avait du bon sens. Elle comprit que Si-Hiang agissait ouvertement avec elle ; elle déposa donc son bol de lait et s’approcha du lit.
– Dites-moi …
– Peut-on nous entendre ? murmura Si-Hiang d’une voix craintive ?
– Non, si nous parlons à voix basse.
Et la jeune femme fit à Jade Précieuse le récit de sa vie.

 la suite mercredi prochain !

d’après la Bonne Nouvelle 1951 et 1952