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IL Y EN A DEUX QUI SONT MORTS POUR MOI

 

Au cours d’une nuit de tempête, l’ouragan avait démoli des cheminées et déraciné des arbres, et chose plus grave, causé la mort de nombreux passagers de bateaux en détresse que, malgré des efforts héroïques, les équipes de sauvetage n’avaient pu secourir.
Le matin suivant, une personne parcourait la plage, constatant les dégâts de la nuit, lorsqu’elle fut abordée par un matelot qui, après avoir tristement déploré les effets dramatiques de la tempête et les pertes de vies humaines, lui demanda, en s’excusant de paraître indiscret :
– Madame, êtes-vous sauvée ou perdue vous-même ? Connaissez-vous Jésus ?
Son interlocutrice put assurer avec joie à cet ami qu’ils avaient le même Sauveur, et ils se réjouirent ensemble d’avoir la même foi en Jésus Christ, lorsqu’il ajouta :
– Il y a cinq ans que Dieu a sauvé mon corps des eaux de l’océan, et mon âme de l’étang de feu. Je ne l’oublierai jamais, car il y en a deux qui sont morts pour moi.
– Comment cela : deux ?
– Oui. Jésus Christ, mon Sauveur, est mort sur la croix il y a près de 2000 ans, et mon camarade est mort pour moi il y a cinq ans. C’est par son moyen que je me suis tourné vers le Seigneur Jésus.
Puis il expliqua :
C’était par une nuit de tempête comme celle-ci que notre vaisseau fut jeté sur un rocher de la côte de Bretagne. Nous avons hissé des signaux de détresse et tiré les canons d’alarme. Bientôt, sur la côte, des hommes courageux mirent à la mer le bateau de sauvetage et firent force de rames pour venir à notre secours. Nous n’osions pas espérer que l’embarcation pourrait tenir la mer, tellement la tempête se déchaînait furieusement, mais ces braves gens risquèrent leur vie, et Dieu permit qu’ils nous atteignent. Nous avons descendu à grand peine les femmes et les enfants, et le bateau a regagné le rivage avec sa charge humaine. Avec un nouvel équipage il renouvela la traversée périlleuse, pour prendre les autres passagers. Mais nous avons compris alors que, même si le bateau de sauvetage pouvait refaire la traversée une troisième fois, le vaisseau s’enfoncerait avant un quatrième voyage de la chaloupe. Paisibles, du moins en apparence, nous avons tiré au sort pour savoir qui partirait avec les derniers secours. Je fus destiné à rester sur le vaisseau en perdition ! L’angoisse m’envahit. Il me sembla que je plongeais dans les ténèbres.
Mourir, oui, mais pour être éternellement perdu ! Tous mes péchés se dressaient devant moi, je me voyais déjà devant le jugement de Dieu.
J’avais un camarade qui était un vrai croyant, et qui m’avait souvent parlé de mon âme. Mais je lui répondais toujours avec légèreté que je voulais jouir de la vie. Il se tenait maintenant à côté de moi, mais je n’avais pas même la force de lui demander de prier pour moi. J’étais pourtant un peu étonné que, à ce moment-là, il ne me parle pas du Sauveur. Plus tard, j’ai compris pourquoi.
Il était calme et paisible, comme je le vis à la lueur d’un éclair, et son visage était même lumineux. Je pensais : Bien sûr, il a tiré un bon lot.
Mais quand le canot revint pour la troisième fois, et que les hommes désignés y descendirent, Jacques me poussa vers la corde en me disant : – Va, prends ma place, Tom, et retrouve-moi au ciel. Tu ne peux pas mourir maintenant ainsi, tandis que pour moi tout est bien.
Je voulus résister, mais j’étais poussé par les suivants, qui voyaient déjà les vagues balayer le pont du navire. Je descendis donc dans le canot qui s’éloigna rapidement, tandis que le vaisseau sombrait dans les flots – et mon ami Jacques avec lui.
Et il conclut, les larmes aux yeux :
– Voilà pourquoi je peux dire : Il y en a deux qui sont morts pour moi.
Et après ? Eh bien, quand je vis le vaisseau s’enfoncer, je me dis que, si j’atteignais la rive sain et sauf, ce ne serait pas en vain que Jacques aurait donné sa vie pour moi. Je pensais continuellement à lui, mais je ne savais pas comment apprendre à connaître ce Dieu qui avait donné à Jacques la force de se dévouer ainsi pour moi. Mais quand mes compagnons voulurent me faire revenir à mes anciennes habitudes de désordre et d’ivrognerie, je leur dis clairement :
– Camarades, Jacques a donné sa vie pour moi, pour que j’aie encore une chance d’être prêt pour aller au ciel. Or la vie que j’ai menée jusqu’ici ne m’y conduira jamais. Et j’aurais honte de penser que mon ami serait mort pour rien.
Puis je me suis procuré une Bible, car je me souvenais que Jacques la lisait souvent, et j’ai supplié Dieu de me faire trouver le chemin pour aller au ciel. Je me suis mis à lire les Évangiles, mais il me semblait d’abord que j’étais trop mauvais pour ne pas être définitivement condamné. Toutefois le souvenir des paroles de Jacques me poussait à chercher encore, à lire plus loin. Enfin je suis arrivé à l’histoire des deux brigands crucifiés, dont l’un fut sauvé, et j’ai pensé: – Voilà un homme qui était presque aussi méchant que moi. Alors je suis tombé à genoux, et j’ai dit : – Seigneur, je suis aussi méchant que ce brigand. Tu l’as sauvé. Veux-tu me sauver aussi ? Et j’ai lu la suite du passage : « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis ». Alors j’ai compris par ces paroles que le Seigneur me donnait l’assurance que mes péchés étaient pardonnés. Et je me suis agenouillé de nouveau, et je L’ai remercié du fond du cœur.
Ainsi, je peux dire que Jacques a donné sa vie pour que je vive encore ici-bas. Mais Jésus Christ, le Fils de Dieu, a donné Sa vie pour que je vive pour l’éternité.

D’après la Bonne Nouvelle 1912