OLYMPUS DIGITAL CAMERA

 

FOI ENFANTINE

 

Comme jeune homme, j’étais entièrement étranger à la foi, les prières de ma mère semblaient perdues. Dieu était pour moi un concept abstrait, et je prenais Jésus pour un homme vertueux, sage et un martyr de son propre enseignement. Pourtant j’ai élevé mes enfants dans l’esprit du christianisme, car je comprenais le danger que court un enfant placé trop tôt en face de l’incrédulité.
Un soir, à mon retour, ma femme me dit que notre petit Charles avait été très méchant. Je le grondai sérieusement, mais une fois au lit, l’enfant se mit à sangloter. Je m’approchai :
– Pourquoi pleures-tu ? demandai-je.
– Papa, les anges !
Étonné, je repris :
– Alors, qu’y a-t-il ?
– Les anges ont maintenant inscrit ça dans le livre de Dieu.
– Oui, c’est vrai, dis-je, cela arrive quand on n’obéit pas à sa maman.
– Papa, cela ne peut-il pas être effacé ? supplia l’enfant en tournant vers moi son visage angoissé.
– Oui, Charles, la vilaine histoire peut être effacée, mais il faut prier Dieu qu’Il te pardonne.
– Oh ! papa, oui. Faut-il me mettre à genoux, c’est peut-être mieux ?
– Oui.
D’un bond Charles fut hors du lit, et après avoir réfléchi un instant, il s’écria :
– Papa, je crois que c’est encore mieux que tu te mettes aussi à genoux, parce que Dieu le fera plus vite.
J’étais terriblement embarrassé, mais jusqu’alors, j’avais accepté les idées de l’enfant, il ne fallait pas le décevoir, et je me mis à genoux.
– Papa, prie maintenant pour moi, tu peux mieux parler que moi à Dieu.
Je priai avec des sentiments bien particuliers : quelque chose d’indescriptible se passait en moi. Lorsque nous nous relevâmes, Charles reprit :
– Est-ce tout à fait sûr que c’est effacé ?
– Oui, mon enfant, tout à fait sûr.
Après une pause :
– Avec quoi les anges l’ont-ils effacé ? Avec une éponge ?
– Non, Charles, avec le sang de notre Sauveur.
Charles tomba dans un profond silence, puis il reprit :
– Papa, as-tu aussi été dans le livre ?
– Oui, malheureusement.
– Et maman ?
– Oui, aussi.
– Mais vos péchés sont effacés ?
Un frémissement me saisit ; j’avais le sentiment d’être devant le Juge éternel. A voix basse, je répondis :
– Je l’espère, oui.
Ma femme, qui nous avait suivis et avait entendu cette conversation, étouffa de gros sanglots. Alors, sans plus attendre, nous nous sommes mis à genoux, père, mère et enfant, et avons prié en nous adressant au Dieu de grâce et de miséricorde qui avait été jusqu’alors un étranger pour nous. Nous croyons ce que Charles a cru avant nous ; les prières de ma mère sont exaucées.

D’après Almanach Évangélique 1976