ÉPÎTRE A PHILÉMON

1er mercredi.

Paul, prisonnier de Jésus Christ, et le frère Timothée, à Philémon le bien-aimé et notre compagnon d’œuvre, et à la sœur Apphie, et à Archippe notre compagnon d’armes, et à l’assemblée qui se réunit dans ta maison : Grâce et paix à vous, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ !
Je rends grâces à mon Dieu, faisant toujours mention de toi dans mes prières, apprenant l’amour et la foi que tu as envers le Seigneur Jésus et pour tous les saints ; en sorte que ta communion dans la foi opère en reconnaissant tout le bien qui est en nous à l’égard du Christ Jésus. Car nous avons une grande joie et une grande consolation dans ton amour, parce que les entrailles des saints sont rafraîchies par toi, frère.
C’est pourquoi, tout en ayant une grande liberté en Christ de te commander ce qui convient, – à cause de l’amour, je te prie plutôt, étant tel que je suis, Paul, un vieillard, et maintenant aussi prisonnier de Jésus Christ, je te prie pour mon enfant que j’ai engendré dans les liens, Onésime, qui t’a été autrefois inutile, mais qui maintenant est utile à toi et à moi, lequel je t’ai renvoyé, – lui, mes propres entrailles. Moi, j’aurais voulu le retenir auprès de moi, afin qu’il me servît pour toi dans les liens de l’évangile ; mais je n’ai rien voulu faire sans ton avis, afin que le bien que tu fais ne fût pas l’effet de la contrainte, mais qu’il fût volontaire. Car c’est peut-être pour cette raison qu’il a été séparé de toi pour un temps, afin que tu le possèdes pour toujours, non plus comme un esclave, mais au-dessus d’un esclave, comme un frère bien-aimé, spécialement de moi, et combien plus de toi, soit dans la chair, soit dans le Seigneur. Si donc tu me tiens pour associé à toi, reçois-le comme moi-même ; mais, s’il t’a fait quelque tort ou s’il te doit quelque chose, mets-le-moi en compte. Moi, Paul, je l’ai écrit de ma propre main ; moi, je payerai, pour ne pas te dire que tu te dois toi-même aussi à moi. Oui, frère, que moi, je tire ce profit de toi dans le Seigneur, rafraîchis mes entrailles en Christ. Ayant de la confiance dans ton obéissance, je t’ai écrit, sachant que tu feras même plus que je ne dis. Mais en même temps, prépare-moi aussi un logement, car j’espère que, par vos prières, je vous serai donné.
Épaphras, mon compagnon de captivité dans le Christ Jésus, Marc, Aristarque, Démas, Luc, mes compagnons d’œuvre, te saluent. Que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit !

Un frère a exprimé tout à l’heure dans une prière ce que je crois nous pensons tous : nous avons à bien rendre grâces au Seigneur de ce qu’il a jugé utile, en effet, de placer dans le canon des écritures cette épître, cette courte épître. C’est une des épîtres qui est adressée à un individu. Dans un sens elle est donc très proche de chacun de nous. Chacun dans un sens peut mettre son nom à la place de Philémon. Nous sommes touchés en pensant à son auteur, qui s’appelle d’emblée le « prisonnier de Jésus Christ ». Je pensais à un passage que je voulais quand même lire dans la 2e épître aux Corinthiens. C’est l’apôtre qui parle. Il peut dire : « il y a ce qui me tient assiégé tous les jours, la sollicitude pour toutes les assemblées. Qui est faible, que je ne sois faible aussi ? Qui est scandalisé, que moi aussi je ne brûle ? S’il faut se glorifier, je me glorifierai dans ce qui est de mon infirmité » (11. 28 à 30). Quand nous lisons l’épître aux Colossiens dont nous allons certainement parler un peu et l’épître à Philémon, nous réalisons combien ces paroles de l’apôtre sont vraies. Elles sont en quelque sorte démontrées par sa manière de se conduire. Parce que nous savons sans doute tous que l’apôtre n’avait jamais eu l’occasion, apparemment, d’aller à Colosses ni encore à Laodicée. Mais son cœur était auprès de ces bien-aimés, comme notre cœur devrait être élargi en quelque sorte, comme il est dit dans la 2eme épître aux Corinthiens (6. 13), pour que nous puissions embrasser un peu aussi dans nos cœurs tous ceux qui appartiennent au Seigneur. Ce qu’il nous montre d’une façon très remarquable, il me semble, dans cette épître à Philémon, c’est que lui, l’apôtre qui finalement ne les connaissait pas, comme il le dit, de visage, priait pour eux, pensait à eux devant le Seigneur. Il cite le nom de beaucoup de bien-aimés. On sent aussi la liberté qu’il y a dans son cœur à l’égard de ceux auxquels il écrit. Il partage leurs circonstances. Ce n’est pas une curiosité déplacée, ce n’est pas s’ingérer dans les affaires d’autrui, non, pas du tout. Ce qu’il y a chez lui, c’est l’amour pour les bien-aimés du Seigneur. Je pensais ce matin à un verset de la 1e épître de Jean : « Si quelqu’un dit : J’aime Dieu, et qu’il haïsse son frère, il est menteur » (1 Jean 4. 20). Aimer les bien-aimés du Seigneur, c’est aimer le Seigneur lui-même. Le Seigneur n’est plus là, nos cœurs se tournent vers lui, là où il se trouve dans la gloire, mais nous avons sur la terre les membres du corps de Christ qui sont chers à son cœur. J’ai toujours été arrêté par cette belle expression que l’on trouve dans le chapitre 14 des Romains où il est dit : « celui pour lequel Christ est mort» (v. 15). C’est ainsi que nous pouvons demander au Seigneur dès le début de ces instants qu’il nous accorde la grâce d’être occupés, si j’ose dire de la bonne manière, devant lui, à prier pour nos frères et sœurs. Souvent nous ne connaissons pas précisément leurs circonstances, mais nous savons qu’ils sont, comme nous, dans un monde ennemi et qu’en quelque sorte ils doivent manifester qu’ils ne sont pas d’ici et que les règles qui les régissent ne sont pas celles du monde. Là justement on touche à une question triste et solennelle. Peut-être que nous n’en sentons pas toute l’acuité parce que le temps a passé : c’est la question de l’esclavage. Il est quand même impressionnant de savoir que pendant 1500 ans l’esclavage a été pratiqué parmi les chrétiens. Je lisais hier soir un petit exemple. Des chrétiens d’origine hollandaise avaient colonisé l’Afrique du Sud. L’un d’entre eux, s’adressant à un prédicateur, lui dit : « Je ne comprends pas que vous ayez le désir de parler à ces esclaves africains. C’est comme parler à des chiens » et c’était un chrétien, et même un chrétien connu et dans un sens apprécié. C’était une question extrêmement sensible, de toute acuité, qui se posait. Quand on lit la fin de l’épître aux Colossiens, on voit comment l’apôtre va parler aussi bien aux maîtres qu’aux esclaves. Il leur donne la version chrétienne : tout en étant esclaves, on est rempli de Jésus Christ. Et alors même s’il est fâcheux, on sert son maître comme doit le faire un enfant de Dieu. Même chose bien sûr pour les maîtres qui devaient avoir toujours dans leur cœur le désir de faire du bien à tous ceux qui les approchaient, en particulier ceux pour lesquels pourtant ils estimaient qu’ils avaient droit de vie et de mort sur eux. Enfin le Seigneur nous dirigera, je pense, dans l’étude de ce passage. Et que cela parle à nos cœurs, tout particulièrement dans nos relations comme cela a été exprimé plusieurs fois, des relations d’amour, de bonté, de miséricorde, de compassion, toutes ces choses qui ont tellement brillé dans la personne du Seigneur. Mais elles brillent aussi dans une mesure chez l’apôtre. Ce n’est pas pour rien qu’il peut dire : « Soyez mes imitateurs, comme moi aussi je le suis de Christ » (1 Cor. 11. 1).

Dans cette épître on ne trouve pas de doctrine, on ne trouve pas d’instruction chrétienne précise, mais on trouve le cœur d’un apôtre qui a l’autorité de la part du Seigneur. Il le dit au v. 8 : « C’est pourquoi, tout en ayant une grande liberté en Christ de te commander ce qui convient ». Il a donc cette liberté, cette autorité qu’avaient les apôtres de commander, d’organiser. On trouve le cœur de l’apôtre, un cœur rempli d’affection, de douceur, d’humilité. On le trouve s’effaçant devant la pensée que peut avoir Philémon, sa décision. Il le dit : « C’est pourquoi, tout en ayant une grande liberté en Christ de te commander ce qui convient, -à cause de l’amour, je te prie plutôt, étant tel que je suis, Paul, un vieillard, et maintenant aussi prisonnier de Jésus Christ, je te prie pour mon enfant que j’ai engendré dans les liens, Onésime ». C’est une prière qui vient d’un cœur libre dans le Seigneur. Il a cette autorité de la part du Seigneur, il n’en use pas. Il se contente de rappeler qu’il a cette autorité et qu’il pourrait en user, mais il n’en fait rien. Il n’utilise pas sa position d’apôtre pour, en quelque sorte, dominer la décision de Philémon, mais il lui parle avec tout son amour, sa douceur, son affection, mais aussi surtout son humilité. En cela cette épître est un exemple pour nous, comme on l’a rappelé dans les prières et dans ce que nous a dit notre frère Philippe. Nous avons là aussi à imiter l’apôtre dans nos relations les uns avec les autres. Nous avons à faire attention de marcher dans le chemin du Seigneur. Nous savons par l’épître de Pierre que le Seigneur nous a laissé un exemple afin que nous suivions ses traces (1 Pier. 2. 21). La première trace qui est imprimée sur le sol de la terre, c’est l’humilité du Seigneur : « Je suis débonnaire et humble de cœur » (Matt. 11. 29). Voilà ce qui trop souvent nous manque. Dans notre nature humaine nous ne sommes pas humbles. De sorte que même si nous éprouvons de l’amour les uns pour les autres, si nous avons une certaine affection, nous ne sommes pas toujours à même de la mettre en pratique. C’est donc un exemple que le Seigneur nous accorde là en nous montrant comment ce grand apôtre se conduit envers ceux qui lui sont redevables finalement de connaître le Seigneur Jésus. « Je te prie » : c’est une simple prière mais une prière qui vient du cœur, une prière qui parle à nos cœurs. Et tout cela « à cause de l’amour ». C’est une expression d’amour de la part de l’apôtre de se contenter de prier Philémon de recevoir celui qui autrefois lui a été inutile, mais qui maintenant lui est utile à lui comme à l’apôtre. Voilà donc l’effacement de ce grand apôtre devant un simple chrétien. Il est en prison mais son esprit est libre, en prison physiquement, mais libre d’esprit dans le Seigneur. Nous aussi nous avons cette liberté dans le Seigneur. Cette liberté que nous avons tous, moi le premier, il nous faut en user pour faire part de notre amour, de notre affection, les uns pour les autres, un amour, une affection qui se traduisent dans la vie de chaque jour, dans nos relations en assemblée. C’est trop souvent ce qui nous manque. Le Seigneur a placé cette courte épître devant nous. Que le Seigneur ouvre nos cœurs, nos esprits mais aussi notre conscience et que nous sachions, en effet, dans l’humilité, que tout vient de lui !

Recevoir une lettre de l’apôtre Paul, ce n’est quand même pas ordinaire, une lettre personnelle de l’apôtre Paul. Qu’est-ce que c’était pour Philémon qui, on le pense, avait été converti par l’apôtre Paul ? Comment se présente l’apôtre Paul dans cette lettre qu’il écrit à Philémon ? Est-ce qu’il se présente, comme il est dit dans 1 Tim. 2. 7 : « moi… prédicateur et apôtre… docteur des nations dans la foi et dans la vérité » ? Il se présente comme le « prisonnier de Jésus Christ ». Paul a écrit quatre épîtres en prison : les épîtres aux Éphésiens, Philippiens, Colossiens et cette épître. On peut dire que cette épître est le fruit de l’enseignement qu’il a donné dans les épîtres où il disait : « Pardonnez-vous les uns les autres comme Dieu en Christ vous a pardonnés, soyez revêtus d’humilité, d’entrailles de miséricorde ». C’est la mise en pratique de l’enseignement.
On a demandé qu’il y ait quelque chose pour les enfants qui peuvent se demander de quoi il s’agit parce que nous n’en avons pas parlé. Il s’agit d’un maître qui avait un esclave, un maître bien placé financièrement sans doute, et puis cet esclave est parti et on pense qu’il avait fait du tort à son maître, il avait peut-être volé quelque chose puisque Paul dit : « s’il t’a fait du tort, moi je payerai pour toi ». Et puis cet esclave est arrivé à Rome. Il a rencontré l’apôtre Paul en prison et il s’est converti. Quand on s’est converti, il y a un changement dans la vie. Il fallait qu’il retourne vers son maître. Ce ne devait pas être une petite chose de retourner vers son maître auquel il avait fait du tort.
On voit donc trois personnes de conditions différentes : un maître d’une condition sociale élevée puisqu’il a des esclaves, Philémon ; Onésime qui était cet esclave qui s’était enfui ; et puis un prisonnier. Qu’est-ce qui peut unir ces trois personnes de conditions si différentes ? Si on les supposait sans la vie de Dieu, vous pouvez un peu vous rendre compte de ce que cela donnerait : des récriminations contre celui qui est parti, des protestations de l’esclave, un homme en prison. Mais l’évangile change tout. Ce qui unit ces trois cœurs, bien qu’ils soient si différents, c’est qu’ils ont reçu le Seigneur Jésus, c’est qu’ils ont devant eux une personne, le Seigneur Jésus, et ils sont maintenant trois frères bien-aimés en Christ. En cela on pourra voir de quelle manière les exhortations qui sont données, sont données aujourd’hui pour chacun de nous pour nous encourager justement dans ces relations fraternelles.

Parmi les épîtres écrites en prison, peut-être qu’on peut ajouter la 2eme à Timothée bien sûr dans une autre captivité de l’apôtre Paul. D’une manière générale il y a des épîtres de l’apôtre Paul, Pierre ou Jean qui sont adressées à une assemblée, l’assemblée qui se réunit à Corinthe par exemple. D’autres épîtres sont adressées à un groupe d’assemblées, les assemblées de la Galatie en particulier, même celle aux Colossiens, elle était pour Colosses mais on était engagé quand on avait lu la lettre de la transmettre au rassemblement de Laodicée et vice-versa. Il y a des lettres qui sont adressées aussi à des groupes de personnes : les Romains mais peut-être encore beaucoup plus les Hébreux. Pierre s’adresse à ceux de la dispersion. Et puis nous avons un certain nombre de lettres, et celle-ci en particulier, qui sont adressées, comme on vient de l’entendre, à une seule personne, que ce soit à Timothée, que ce soit les épîtres de Jean, la seconde à la dame élue et la troisième à Gaïus. Ici on a donc l’apôtre Paul qui s’adjoint Timothée pour parler à un homme, Philémon.
Nous allons revenir sur ce que notre frère nous a dit tout à l’heure. On sait très bien comment cela se passe dans le monde. Lorsqu’on veut obtenir quelque chose de quelqu’un, on va dérouler et tous ses titres, et tout ce qui va pouvoir impressionner l’autre pour le faire céder. On fait une espèce de bras de fer à coups de responsable, directeur de ceci, et tout cela pour impressionner. L’apôtre Paul prend deux titres dans cette épître. Le premier : « prisonnier » (v. 1) ; le deuxième, c’est un « vieillard » (v. 9). Voilà comment il se présente, complètement à l’opposé de ce que fait le monde qui cherche à contraindre les gens, où dès qu’on a du pouvoir c’est pour essayer de le faire valoir et d’opprimer. Eh bien ! L’apôtre Paul, lui, se présente comme un vieillard prisonnier. Il y a là une profonde instruction parce que l’esprit du monde risque de nous polluer nous aussi. Et quand on cherche à avoir dans un rassemblement une place et à contraindre les autres sous prétexte d’une certaine autorité, nous agissons à l’inverse de ce que l’apôtre Paul nous enseigne dans ce passage-là. Quel est le but que l’apôtre Paul – qui bien sûr n’écrit pas pour rien – poursuit ? C’est une lettre de recommandation finalement, mais pas une lettre de recommandation qu’on écoute d’une oreille distraite parce qu’on sait très bien que nous sommes en communion. Non, c’est une lettre de recommandation pour quelqu’un qui a été complètement inutile, comme on l’a entendu, qui a peut-être volé Philémon, un homme qui tout en étant un esclave qui aurait dû servir son maître, a été inutile. On peut penser sans doute, sans vouloir broder, qu’il a dû traîner les pieds chaque fois qu’on lui confiait quelque chose. Le but de l’apôtre Paul c’est que le travail intérieur, pas le sien, mais celui du Seigneur, celui que le Seigneur s’est proposé, puisse se faire dans le cœur de Philémon. Ce qui est important dans les rassemblements ce n’est pas ce que je fais, c’est ce que le Seigneur fait. Chaque fois – et qui n’en a pas fait l’expérience ? – que nous avons voulu régler les choses un peu manu militari, avec une autorité qu’on s’est cru obligé de prendre, le Seigneur nous a montré que ce n’était pas son travail. Le travail du Seigneur, c’est celui qu’il fait dans le cœur et dans la conscience. L’apôtre Paul n’use d’aucune influence. Il met simplement l’exercice sur le cœur et la conscience. J’ai été frappé et certainement d’autres avec moi, par une chose entre autres dans la 1ere épître aux Corinthiens. Vous n’allez pas me dire tout de même que l’apôtre Paul ne savait pas ce qu’il fallait faire à Corinthe. Il le savait très bien et en prenant un problème après l’autre – le Seigneur sait combien il y avait de problèmes à Corinthe – il aurait pu dire en tant qu’apôtre ce qu’il fallait faire. Il n’y a pas d’épître où il y ait autant de questions que dans la 1ere épître aux Corinthiens. Pourquoi ? Eh bien ! Il met le problème sur leur cœur et sur leur conscience avec cette confiance que c’est le Seigneur qui va agir et que le bon travail est celui que le Seigneur fait, lui qui a cette prérogative que nous n’avons pas, de travailler dans les cœurs et les consciences. Notre Dieu a ce secret-là. Et ce qui l’honore, ce n’est pas ce qu’un tel ou un tel a fait, ce qui l’honore c’est le travail que lui-même opère.

Je voulais faire juste deux petites remarques. D’abord vous avez peut-être remarqué que l’apôtre emploie quatre fois ce terme « frère » et une fois le terme « sœur ». Quatre fois « frère » : il y a le frère Timothée, Philémon est appelé deux fois frères, et il est exhorté à recevoir Onésime comme un frère bien-aimé. Et puis il y a la sœur. Cette épître se place sur le terrain des relations fraternelles et de l’amour fraternel. C’est une chose importante pour nous aussi de mesurer ce que représente ce terme de frère parce qu’on peut peut-être l’employer quelquefois un peu vite. On est des frères, oui. On écrit une lettre de recommandation aux frères… mais c’est important. Au juste pour Paul, que représentait ce terme ? On peut se souvenir que lorsque Paul a été arrêté sur le chemin de Damas, qu’il a passé trois jours sans voir, sans manger, sans boire, simplement en priant, quels ont été les deux premiers mots qu’il a entendus ? « Saul, frère ». Quel témoignage de la grâce de Dieu que d’entendre ce messager qui venait l’appeler par son nom et lui dire : « Saul, frère ». Quel prix ce terme « frère » avait pour l’apôtre Paul et combien nous pouvons les uns et les autres y penser aussi. Nous l’employons peut-être légèrement mais « frère » est un terme qui a du poids, qui a du prix.
Je voudrais dire encore une autre chose liée à cela d’ailleurs. Il est intéressant de voir que dans cette épître il y a un certain nombre de personnes qui sont nommées. Il y a onze noms de frères et sœurs qui sont nommés. Combien de personnes pour ce qui pour le monde de l’époque pouvait paraître un cas banal : un esclave qui s’était échappé et qu’on avait retrouvé ? A l’époque c’était vraiment quelque chose de très banal. Eh bien ! Il y a onze personnes qui sont impliquées dans cette affaire, pas seulement les frères mais il y a aussi une sœur qui est concernée. Ces liens de l’amour fraternel, combien ils sont importants !
Juste encore une petite remarque. J’ai dit onze personnes. Je me rappelle qu’il y a longtemps j’avais dit quelques mots sur cette épître à Philémon, j’avais parlé de ces onze personnes. Un frère était venu me voir après. Je m’en souviendrai toujours. Je m’en souviendrai toujours pour deux raisons : d’abord pour ce qu’il m’avait dit qui m’est resté et pour la façon dont il me l’avait dit qui était pleine de grâce. Il m’a dit : « Tu as oublié une personne, il est question aussi du Seigneur Jésus. Et il est présent dans toute cette épître ». Notre Dieu et Père aussi, mais le Seigneur Jésus est présent aussi dans toute cette épître et il ne faut pas l’oublier.

Comme notre frère vient de le dire s’il y a onze personnes qui sont nommées dans cette épître, le Seigneur Jésus aussi est nommé onze fois. Combien cela est touchant ! C’est Christ qui est à l’origine du salut, c’est lui qui veut être le Maître, le Christ, dans nos vies. Cette épître est un exercice d’application, celui de l’amour pratique manifesté dans les relations fraternelles et dans le rassemblement parce qu’on a dit que cette épître était adressée à Philémon, mais pas seulement. On voit dans les v. 1 et 2 qu’elle est adressée à Philémon, mais qu’elle est adressée aussi à la sœur Apphie, et encore à Archippe, elle est aussi adressée à l’assemblée qui se réunit dans la maison de Philémon. C’est-à-dire que même pour une difficulté relationnelle, même pour les problèmes relationnels, les problèmes fraternels qui peuvent se poser, le rassemblement local, l’assemblée, est concernée, entièrement concernée. On le voit au début, du v. 1 au v. 3, dans cette adresse, on le voit aussi à la fin quand il est dit au v. 25 : « Que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit ! » comme il est dit souvent dans les épîtres. Que cette épître nous enseigne à introduire dans notre vie journalière, dans notre vie chrétienne, le christianisme pratique ! A propos de l’égoïsme qui est si souvent dans nos cœurs, que nous puissions manifester ces caractères de l’Esprit, les manifestations multiples de l’amour fraternel !
Ce prisonnier qui se présente ainsi comme « prisonnier de Jésus Christ » peut rendre grâces à son Dieu, faisant toujours mention de Philémon dans ses prières. On voit à de multiples reprises au début des épîtres aux assemblées auxquelles il s’adresse, l’apôtre Paul rendre grâces à Dieu. Et il remarquait le bien qui était dans les croyants à qui il écrivait. On le voit toujours. On peut lire juste quelques versets, dans l’épître aux Romains par exemple : « Premièrement, je rends grâces à mon Dieu, par Jésus Christ, pour vous tous, de ce que votre foi est publiée dans le monde entier » (1. 8). On le voit dans la 1ere épître aux Corinthiens, malgré les difficultés qui sont là dans cette assemblée. Il aurait pu commencer par les difficultés qui étaient présentes, par les grands problèmes qui agitaient cette assemblée. Eh bien ! Non. Au v. 4 il écrit : « Je rends toujours grâces à mon Dieu pour vous, à cause de la grâce de Dieu qui vous a été donnée dans le Christ Jésus » (1. 4). On le voit dans les épîtres aux Philippiens, aux Colossiens, aux Éphésiens également, aux Thessaloniciens aussi. Que nous puissions quand nous rencontrons nos frères, avoir cette attitude de cœur : relever d’abord le bien, relever d’abord ce qui va, rendre grâces d’abord à Dieu pour tout ce qu’il fait, tout ce qu’il produit. Alors le cœur sera disposé à écouter les remontrances s’il y a besoin d’en avoir. Oh ! Que cette épître touche nos cœurs ! Notre frère a lu tout à l’heure ce v. 9 : « à cause de l’amour » et c’est bien le fil conducteur de ce chapitre et de ce plaidoyer du v. 8 au v. 22, de ce plaidoyer de l’apôtre envers Philémon. « À cause de l’amour, je te prie plutôt ». C’est cela qui conduit ainsi le cher apôtre à donner ensuite des indications pour que Philémon puisse recevoir Onésime.

Juste un verset dans Actes 28 en rapport avec ce que notre frère a dit. Il s’agit là de Paul. On sait ce qu’il venait de traverser : « Et de là, les frères, ayant appris les choses qui nous étaient arrivées, vinrent au-devant de nous jusqu’au Forum d’Appius et aux Trois-Tavernes ; et Paul, les voyant, rendit grâces à Dieu et prit courage » (v. 15). On voit ici tout le bien que ces frères, juste en venant au-devant de Paul, sachant ce qui lui était arrivé, ont produit dans le cœur de Paul, sachant que c’est des frères et qu’ils sont un avec lui. On voit ce que cela a produit dans le cœur de Paul.
Cette épître à Philémon a une place unique. Pourquoi ? Parce qu’elle nous parle de l’amour. Citons à nouveau aussi ce verset que nous trouvons dans 1 Cor. 11. 1 : « Soyez mes imitateurs, comme moi aussi je le suis de Christ ». Le Seigneur d’abord, puis Paul après. Paul avait conscience qu’il avait appris du Seigneur et il vient nous dire : « Soyez mes imitateurs ». Paul reflétait le Seigneur. Lorsque nous lisons cette épître, nous trouvons le Seigneur, le caractère du Seigneur, de celui qui a pu dire : « lequel est le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Or moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert » (Luc 22. 27). C’est la place qu’il a prise. Dans Jean 13 il dit : « Vous m’appelez maître et seigneur, et vous dites bien, car je le suis » (v. 13) mais la place qu’il prend, c’est exactement ce que nous trouvons ici. Bien souvent quand Paul écrit, il nous parle de doctrine et après la doctrine il nous donne des exhortations que nous trouvons à la fin de ses écrits. Ici nous trouvons l’illustration de ce qu’il nous dit. Si bien qu’on a la doctrine et les exhortations qu’il donne et on voit ce qu’il dit : « Soyez mes imitateurs ». On a devant les yeux quelque chose qui concerne les relations entre croyants. C’est cela qui rend cette épître si unique dans le canon des écritures. Juste un dernier verset par rapport à ce que notre frère nous a lu dans Marc 10 : « Jésus, les ayant appelés auprès de lui, leur dit : Vous savez que ceux qui sont réputés gouverner les nations dominent sur elles, et que les grands d’entre eux usent d’autorité sur elles ; mais il n’en est pas ainsi parmi vous » (v. 42 et 43) et le verset 45 nous montre que quand le Seigneur dit cela, il se présente lui-même comme l’exemple.

On peut voir dans cette courte épître deux choses principales qui peuvent toucher nos consciences et le cœur de Philémon. Cet esclave, Onésime, vivait dans sa maison où l’on se réunissait au nom du Seigneur. Peut-être que ces réunions dans la maison de Philémon duraient depuis un certain temps, peut-être plusieurs mois, ou peut-être quelques années. En tout cas Philémon, ce frère en Christ, réunissait donc dans l’assemblée à Colosses les croyants de sa localité dans sa maison. Il y avait également peut-être sa femme, la sœur Apphie. Et voilà qu’Onésime, cet esclave, n’a pas rencontré le Seigneur dans cette maison où l’on se réunissait pourtant au nom du Seigneur. Il a fallu qu’il s’enfuie et finalement on voit que le Seigneur a conduit les choses selon sa sagesse, comme nous l’a rappelé notre frère. Il a conduit les choses de telle manière qu’Onésime rencontre Paul en prison. Voilà deux choses qui peuvent humilier finalement Philémon et c’est peut-être une des raisons pour laquelle le Seigneur a permis que cette lettre lui soit envoyée en même temps qu’Onésime qui a été exhorté par l’apôtre à revenir dans cette maison. Philémon avait employé cet esclave sans doute depuis longtemps et ce n’est pas dans sa maison qu’il s’est converti. Pourtant il avait journellement l’exemple d’une famille qu’on peut croire fidèle. Et pourtant ce n’est pas là qu’il a rencontré le Seigneur. Philémon était un homme libre, il pouvait sortir, aller où il voulait, revenir quand il voulait. Il réunissait librement les chrétiens dans sa maison. Il ne semble pas qu’il ait été inquiété par les autorités de l’époque. C’était la liberté. On peut se poser la question, à laquelle personnellement je ne saurai répondre : Comment se fait-il que dans cette maison chrétienne, où les chrétiens se réunissaient, comment se fait-il que cet esclave qui journellement assistait à cette vie chrétienne, n’ait pas donné son cœur au Seigneur ? Le Seigneur a ses voies. L’Éternel le dit dans le chapitre 55 d’Ésaïe : « mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos voies ne sont pas mes voies » (v. 8). Il à ses chemins, il à ses voies, il a ses raisons, il a ses moyens. Toutes ces choses sont parfaites. Il sait toucher les cœurs au bon moment, de la bonne manière. C’est ce qui s’est produit finalement lorsqu’Onésime a pu retrouver cette liberté à laquelle sans doute il aspirait. Ce n’était pas facile d’être esclave dans une maison à cette époque. Il y avait des contraintes. L’apôtre Paul qui se dit, comme on l’a rappelé, « prisonnier de Jésus Christ », « un vieillard », quelqu’un qui finalement n’impressionne personne, c’est lui que Dieu a utilisé pour tourner une âme perdue vers Lui afin qu’elle accepte ce salut gratuit. Dans d’autres épîtres l’apôtre se présente comme esclave de Jésus Christ. Ici il se présente comme un prisonnier, un homme mis de côté, un homme qui selon le monde n’a plus aucune utilité, plus aucune liberté. La parole, elle, n’est pas prisonnière. L’Esprit Saint n’est pas prisonnier, il conduit les choses, il conduit les uns et les autres là où ils doivent aller pour rencontrer le Seigneur Jésus. C’est ce qui s’est produit. En quelque sorte Philémon a dû être touché dans son cœur et dans sa conscience : « Comment se fait-il, qu’Onésime qui a vécu dans ma maison journellement, qui a connu le rassemblement autour du Seigneur, ce n’est pas chez moi qu’il s’est converti, c’est en prison auprès de Paul ? » Voilà des choses qui normalement doivent toucher le cœur. Qu’en est-il de nos maisons à nous ? Est-ce que la lampe brille au point que ceux qui entrent chez nous voient la lumière ? Est-ce qu’une âme qui cherche le Seigneur va pouvoir la voir ? De toute façon le Seigneur sait, pas nous, –c’est la préconnaissance de Dieu – qui doit se convertir dans le monde et qui ne se convertira jamais. Mais l’évangile de la grâce est présenté à tout homme, sans exception, d’une manière ou d’une autre, par un moyen ou par un autre. Le Seigneur a ses voies, a ses moyens. C’est à lui que nous devons nous confier dans la marche de notre propre famille comme aussi dans la marche des assemblées locales. Nous avons à nous remettre entièrement entre les mains du bon Berger. S’il nous a sauvés, ce n’est pas pour nous laisser livrés à nous-mêmes, à nos propres pensées, mais c’est uniquement pour que nous laissions le Seigneur libre d’agir selon ses pensées à lui. Alors tout sera bien.

2ème mercredi.

Je désirerais dire deux choses. Nous avons en effet deux sphères de bénédiction dans les trois premiers versets. Nous avons d’abord la famille. Il paraît peu douteux qu’Apphie soit l’épouse de Philémon et Archippe certainement le fils, qui avait d’ailleurs peut-être quelques soucis à l’ombre de son père, dans le même rassemblement. Il y a un enseignement pour nous de ne pas faire ombrage. Peut-être un frère prend-il plus facilement la parole et peut un peu étouffer. Pourquoi est-ce que je dis cela ? Parce que dans les Colossiens il est dit à Archippe : « Prends garde au service que tu as reçu dans le Seigneur, afin que tu l’accomplisses » (4. 17). Nous devons être très soigneux pour que dans les rassemblements, ceux que le Seigneur qualifie, même des jeunes, puissent s’exprimer. Nous risquons d’établir un certain pastorat même si nous disons que nous n’en avons pas, simplement parce qu’il y a une habitude de parler et il y a une habitude de se taire. Est-ce que je suis prêt à me taire dans une réunion et est-ce que je suis disponible entre les mains du Seigneur pour exprimer quelque chose ? Nous avons en tout cas une chose qui est très belle : c’est que Paul n’écrit pas qu’à Philémon. A la limite l’entête « Épitre à Philémon » est un peu impropre. C’est l’épître à Philémon, à Apphie, à Archippe et à l’assemblée. Il y a un enseignement certainement par rapport à nos familles pour que nous puissions porter des exercices ensemble. Apphie est associée. Bien sûr qu’elle connaissait Onésime. Elle avait peut-être pâti de l’inefficacité, de l’inutilité, de cet esclave. Je pense à nous tous. Ceux qui ont une famille, qui sont mariés, qui ont des enfants –il ne s’agit pas de faire porter à des enfants des choses trop lourdes – ont à partager l’exercice, c’est est en tout cas le désir de Paul vis-à-vis de cette famille.
Ensuite une autre sphère de bénédiction, c’est l’assemblée. Ne nous trompons pas. La bénédiction des assemblées dépend de la prospérité de nos familles. C’est dans ce sens que cela va. C’est dans la mesure où nos familles sont en ordre, dans la mesure où il y a cette lumière dans nos maisons, c’est dans cette mesure-là que nos assemblées se porteront bien. La santé des familles apporte la santé dans le rassemblement. Ce n’est pas dans l’autre sens que cela marche. L’assemblée n’est pas une espèce de supermarché où chacun essaye de dire quelque chose pour aller cahin-caha jusqu’à la prochaine réunion. Ce n’est pas cela. L’assemblée est quelque chose qui vit par la vie des familles. Comment voulez-vous que le Seigneur soit subitement le dimanche au centre de la réunion quand toute la semaine on l’a mis très soigneusement de côté ? Il y a une incohérence souvent dans nos vies. Le Seigneur est mis de côté et subitement nous disons : « Nous entrons dans ta présence ». Ça ne va pas, ça ne peut pas aller.
La deuxième chose que je voulais dire, c’est par rapport à la loi. Nous avons dans le chapitre 23 du Deutéronome plusieurs choses. Nous avons une première chose : il est question de l’eunuque. Il est dit : l’eunuque « n’entrera point dans la congrégation de l’Éternel » (v. 1). Le contrepied de cela, c’est que « la miséricorde se glorifie vis-à-vis du jugement » (Jacques 2. 13). Il y avait un jugement sur l’eunuque qui ne pouvait pas entrer dans la congrégation d’Israël, cela lui était interdit. Et la miséricorde, nous l’avons dans Actes 8 lorsque l’eunuque intendant de la reine de Candace va devenir un enfant de Dieu au même titre que nous. Voilà comment « la miséricorde se glorifie vis-à-vis du jugement ». On lit aussi dans Esaïe 56 : « que l’eunuque ne dise pas : Voici, je suis un arbre sec ; car ainsi dit l’Éternel : Aux eunuques qui gardent mes sabbats, et choisissent les choses auxquelles je prends plaisir, et qui tiennent ferme mon alliance, je leur donnerai dans ma maison et au dedans de mes murs une place et un nom meilleurs que des fils et des filles » (v. 3-5). Nous avons un deuxième cas : l’enfant illégitime. Du temps de Néhémie, on les a renvoyés. Timothée était un enfant complètement illégitime, issu d’un mariage qui était bâtard, donc un enfant jugé bâtard par les Juifs. On voit comment l’apôtre Paul va circoncire Timothée pour bien montrer qu’il a droit à toutes les bénédictions et c’est lui qu’il s’adjoint pour écrire à Philémon. Si on continue dans Deutéronome 23 nous avons l’Ammonite et le Moabite dont il est dit qu’ils « n’entreront pas dans la congrégation de l’Éternel » (v. 3). Ce n’est même pas le Nouveau Testament qui est attendu pour que brille un rayon de la grâce. C’est dans Ruth, la Moabite, celle qui sera non seulement admise dans la congrégation d’Israël, mais qui sera admise dans la semence même qui amènerait Christ. Voilà comment « la miséricorde se glorifie vis-à-vis du jugement ». Si on continue, c’est à cela que je voudrai arriver, toujours dans ce chapitre 23 nous lisons : « Tu ne livreras point à son maître le serviteur qui se sera sauvé chez toi d’auprès de son maître ; il habitera avec toi, au milieu de toi, dans le lieu qu’il choisira en l’une de tes portes, là où bon lui semble, tu ne l’opprimeras pas » (v. 15 et 16). Là c’est plutôt un commandement de grâce. Dans le code romain on n’avait pas le droit de renvoyer à son maître un esclave qui s’était enfui. C’était la sentence de mort qui l’attendait. Il y a déjà la grâce dans la loi, mais ici nous avons quelque chose qui dépasse tout ce que nous avons dans Deutéronome 23. Le rayon de la grâce va être complètement dépassé par l’apôtre Paul qui n’a pas livré Onésime. Mais dans un accord librement consenti, voilà un Onésime qui s’en retourne chez son maître. Combien c’est beau ! Voilà le travail de la grâce de Dieu dans un cœur : aller plus loin que la loi. L’apôtre Paul n’a pas contraint Onésime d’y aller mais c’est Onésime qui de lui-même est retourné vers Philémon. C’est beau sur le plan humain, mais quel parfum pour Celui qui a produit un tel fruit pour la joie de Son cœur !

Je voudrais dire encore quelque chose sur la sœur Apphie. Comme on l’a dit, on pense que c’est l’épouse de Philémon. Quelle est l’influence de la femme sur son mari, l’aide qu’elle peut apporter à son mari ? On lit dans les Proverbes qu’elle lui fait du bien tous les jours de sa vie et non du mal (31. 12). On a besoin d’être gardé de faire des suppositions qui n’existent pas, mais dans le cas présent peut-être que cette épouse aurait aussi pu dire : « Vraiment il va avoir une mauvaise influence sur mon mari, il est bien évident qu’il sait tout ce qu’il nous a fait ces derniers temps. Ce n’est quand même pas si facile tout cela ». Et aussi dans les assemblées, quelle est l’influence de l’épouse, des sœurs, sur leur mari ? Dans les réunions d’administration, on recommande toujours aux frères de la discrétion. C’est heureux quand on peut tout partager avec son épouse il est vrai, mais on a toujours besoin d’être gardé. Je me rappelle cette petite anecdote : Un frère rentrait de la réunion d’administration. Sa femme l’interroge : Qu’est-ce qu’ils ont dit ? Il lui répond : Tu sais garder un secret ? – Oui. – Eh bien ! Moi aussi. Que l’influence de l’épouse sur son mari dans toutes les circonstances soit l’influence bénie et précieuse de sœurs pieuses !
Quant à Archippe, je pensais justement – notre frère vient de nous en dire quelque chose – qu’il est assez surprenant qu’il ne lui dise pas dans cette épître : « Prends garde au service que tu as reçu ». Pourquoi ne lui dit-il pas cela ? Il le dit dans l’épître qu’il écrit aux Colossiens qui était portée par Tychique. Il fallait que ce soit une exhortation, en somme, publique, qui était un grand encouragement pour Archippe. Il y a peut-être des jeunes frères, comme on l’a dit, qui sont timides, qui ont besoin d’être encouragés. Cela peut être un avertissement, mais c’est un encouragement particulier pour Archippe d’entendre cette exhortation quand la lettre a été lue aux Colossiens, un encouragement à accomplir son service parce qu’Archippe, ici, a une qualification qui est touchante, il est dit : « Archippe notre compagnon d’armes ». Il avait donc combattu, il était un compagnon d’armes, que ce soit par la prière ou pour combattre le bon combat de la foi. Quel encouragement pour nos chers jeunes aussi à combattre ce bon combat de la foi et à combattre par la prière ! On voit l’influence des uns et des autres pour la bénédiction de l’assemblée.

Notre frère vient de nous donner quelques rappels sur Archippe qui avait besoin d’être encouragé dans le service. L’apôtre Paul le fait aussi avec Timothée : « Ne néglige pas le don de grâce qui est en toi, qui t’a été donné par prophétie… Occupe-toi de ces choses ; sois-y tout entier, afin que tes progrès soient évidents à tous » (1 Tim. 4. 14, 15). Et « c’est pourquoi je te rappelle de ranimer le don de grâce de Dieu qui est en toi » (2 Tim. 1. 6). Et encore « accomplis pleinement ton service » (4. 5). Timothée est exhorté. Peut-être avait-il été timide. Mais on voit bien là que l’apôtre l’encourage. Il ne lui fait pas de reproche. Il l’encourage à ne pas négliger ce que Dieu lui a donné, à accomplir pleinement son service, à être occupé de ces choses, à y être tout entier. Cela nous le disons à nos jeunes. Quand vous êtes encore jeunes, quand vous avez encore l’esprit vif, que vous puissiez être tout entiers pour le Seigneur ! « Sois-y tout entier, afin que tes progrès soient évidents à tous ». C’est dans notre jeunesse que nous avons à faire ces progrès-là, à lire la parole, à ne pas négliger le don de grâce que le Seigneur a donné à chacun. Chacun de vous a reçu quelque chose. Chacun a reçu quelque chose. Est-ce que nous le faisons fructifier pour le Seigneur ?
Je voulais dire aussi que peut-être il y a un Onésime ici. Peut-être n’est-il pas esclave de ce monde, mais peut-être qu’il est esclave du péché. Il y a un chemin de retour, toujours. Onésime a rencontré l’apôtre Paul dans la prison, ou plutôt dans le logement qu’il avait où il recevait tous les jours. Pendant deux ans il a reçu des croyants. Onésime était à Rome. On ne sait par quel moyen il y a été amené. En tous cas l’apôtre peut dire dans cette épître à Philémon qu’il a été engendré dans les liens, « mon enfant que j’ai engendré dans les liens ». Il y a eu ce travail de cœur, il y a eu cette nouvelle naissance produite. Oh ! Qu’elle soit produite dans un cœur qui peut-être s’est égaré, dans quelqu’un qui est allé loin dans ce monde comme Onésime ! Il y a un chemin de retour, toujours. La porte de la grâce est toujours ouverte, encore aujourd’hui. Le fils prodigue en Luc 15 s’est éloigné. Il n’avait aucune raison de s’éloigner. Il était choyé par ses parents. Il s’en est allé loin. Il est revenu. Il a été accueilli. Onésime s’en est allé de la bénédiction comme peut-être des jeunes veulent s’en aller, veulent secouer le joug, veulent partir. Le Seigneur va les trouver. Il ne les laisse pas. Il va les toucher peut-être dans des endroits difficiles, pour les ramener au point de départ. Puis nous avons un retour qui est merveilleux. On l’a dit tout à l’heure dans le livre de Ruth, la Moabite. Quand Naomi revint des champs de Moab, elle est revenue parce qu’elle a entendu qu’il y avait du pain. L’Eternel me ramène à vide, dit-elle. Elle est triste. Mais quel beau retour. Comment accueillons-nous ceux qui reviennent ? Que nous soyons exercés aussi à cela comme le père qui reçoit le fils perdu, comme Philémon qui va recevoir Onésime, non plus comme un esclave mais comme un frère bien-aimé, comme Boaz qui va ouvrir sa maison, sa porte, à celle qui était étrangère !

Il est parlé de relations fraternelles dans cette épître. Que dit l’apôtre ? « Et le frère Timothée ». Timothée était jeune et l’apôtre l’appelle « le frère ». Nous avons aussi évoqué et relevé le bien que nous allons voir plus loin. Je voudrais simplement citer un verset dans le livre des Proverbes : « Le fer s’aiguise par le fer, et un homme ranime le visage de son ami » (27. 17). Sachons aussi positiver, voir ce que le Seigneur a fait dans notre frère. Commençons par cela.

Simplement une expression que j’aimerai relever : « Philémon, le bien-aimé ». Voilà ce qu’il y avait dans le cœur de l’apôtre. Est-ce que nous avons pour nos frères et sœurs ce même amour ? C’est un frère, mais c’est « Philémon, le bien-aimé ». Simplement ce que dit l’apôtre Paul aux Thessaloniciens dans la 2eme épître : « nous devons toujours rendre grâces à Dieu pour vous, frères aimés du Seigneur » (2. 13). Qu’il est beau ce titre : « Philémon, le bien-aimé » ! Est-ce que nous avons de pareilles affections dans nos cœurs pour tous nos frères et sœurs ?

Juste un petit mot aux enfants. Philémon avait donc un esclave qui s’appelait Onésime. Cet Onésime était esclave de Philémon mais il était aussi esclave du diable. Quand on n’appartient pas au Seigneur, on est esclave du diable, on est inutile au Seigneur. Quand Onésime s’est converti, tout a changé. Il est devenu utile (v. 11). Est-ce que maintenant que vous appartenez au Seigneur, est-ce que vous pouvez être utiles au Seigneur ? Je voudrai juste vous donner ce verset dans 2 Tim. 2 : « Si donc quelqu’un se purifie de ceux-ci, il sera un vase à honneur, sanctifié, utile au maître, préparé pour toute bonne œuvre » (v. 21). Donc maintenant que vous appartenez au Seigneur, le Maître c’est le Seigneur. Vous pouvez lui être utiles. Demandez au Seigneur : En quoi je puis t’être utile ? On peut être utile au Seigneur de bien des manières. On peut prier pour l’assemblée, on peut être utile en allant visiter une personne âgée, en ayant un petit sourire, en ayant un petit service dans l’assemblée. Le Seigneur veut maintenant que vous lui appartenez que vous lui soyez utiles. Ce n’est plus comme autrefois, inutiles, vous ne serviez à rien comme nous avant que nous soyons convertis, maintenant le Seigneur veut nous employer.
Peut-être aussi pour les frères dans 1 Cor. 12, on peut être utiles dans l’assemblée : « il y a diversité de dons de grâce, mais le même Esprit, et il y a diversité de services, et le même Seigneur ; et il y a diversité d’opérations, mais le même Dieu qui opère tout en tous. Or à chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue de l’utilité » (v. 4 à 7). Chacun doit être utile dans l’assemblée.

J’aimerai simplement lire encore un exemple qui nous est donné dans l’épître aux Philippiens : « Je supplie Évodie, et je supplie Syntyche, d’avoir une même pensée dans le Seigneur. Oui, je te prie, toi aussi, vrai compagnon de travail, aide celles qui ont combattu avec moi dans l’évangile » (4. 2 et 3). Comme dans l’épître à Philémon, là aussi il y a trois personnes. On a ces deux sœurs, Évodie et Syntyche, entre lesquelles il y avait quelque chose qui n’allait pas. L’apôtre Paul s’approche pour les supplier l’une et l’autre, chacune d’elles, d’avoir une même pensée dans le Seigneur. Et puis il ajoute aussi : « je te prie, toi aussi, vrai compagnon de travail, aide celles qui ont combattu avec moi ». Ces deux sœurs étaient des servantes qui avaient aidé l’apôtre Paul, qui avaient combattu avec lui, qui avaient travaillé avec lui. Et puis maintenant il y avait quelque chose qui n’allait pas entre les deux. Peut-être que simplement elles n’avaient pas la même pensée. Ne pas avoir la même pensée, si on en reste là, cela peut ensuite éloigner aussi les cœurs et puis cela crée une distance. Cette distance a besoin d’être annulée. Nous savons bien qu’il y a parfois à cause de pensées différentes dans les rassemblements, dans les relations fraternelles, des pensées différentes entre deux frères, des pensées différentes entre deux sœurs. Et puis au lieu que cela soit réglé, on s’éloigne, on met une distance et puis on ne se parle plus, et puis peut-être comme dans l’exemple d’Onésime et de Philémon, on s’enfuit l’un de l’autre. Cela n’est pas une solution. Le Seigneur nous montre toujours qu’il veut réparer, il veut que la communion entre nous soit retrouvée. Mais pour cela de la même manière que l’apôtre Paul a été cet intermédiaire, cet intercesseur (c’est la même chose, a-t-on dit), ici il demande à un autre d’aider : « aide celles qui ont combattu ». La question qui se pose peut-être est : Comment pouvons-nous aider ? Certainement la première chose, c’est par la prière. Nous sommes exhortés à intercéder l’un pour l’autre. Un intercesseur, c’est quelqu’un qui se place entre deux pour rapprocher. On trouve dans le prophète Esaïe un verset qui m’a beaucoup frappé, auquel j’ai été très sensible ces derniers temps. C’est l’Éternel qui parle : « Et il vit qu’il n’y avait personne, et il s’étonna de ce qu’il n’y eût pas d’intercesseur » (59. 16). Est-ce qu’il serait possible que lorsqu’il y a peut-être deux frères ou deux sœurs qui ne s’entendent pas, entre lesquels il y a une distance qui se crée, est-ce qu’il serait possible qu’il n’y ait pas d’intercesseur, qu’il n’y ait personne qui puisse s’approcher pour aider ? Comment aider ? Je rappelle simplement ce qu’on a dit au début de cette réunion, je voudrai simplement citer ce verset de Philippiens 2 : « Qu’il y ait donc en vous cette pensée qui a été aussi dans le Christ Jésus » (v. 5) et il est parlé de son anéantissement et de son abaissement. Et puis j’aimerai lire Jean 13. 14 et 15 qu’on a cité tout à l’heure : « si donc moi, le Seigneur et le Maître, j’ai lavé vos pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. Car je vous ai donné un exemple, afin que, comme je vous ai fait, moi, vous aussi vous fassiez ». Qu’est-ce que le Seigneur a fait ? Dans le passage de Philippiens comme dans celui de Jean 13, il s’est abaissé. Pour pouvoir aider nos frères, pour pouvoir aider nos sœurs, il n’y a pas d’autre moyen que de se mettre aux pieds de nos frères, aux pieds de nos sœurs. C’est ce à quoi nous sommes appelés et c’est l’exemple que le Seigneur lui-même nous donne, nous abaisser toujours plus. Certainement cela est difficile, mais je crois que d’une part nous pouvons retenir ce côté de l’intercession. Si nous ne nous plaçons pas d’abord dans la prière, dans la supplication, pour nos frères, pour nos sœurs, devant Dieu, ce sera dangereux d’aller. Ensuite il y a d’autre part cette attitude d’humilité. On l’a rappelé plusieurs fois tout à l’heure, cette profonde humilité qui s’abaisse et qui se met aux pieds de ses frères, de ses sœurs.
Et puis peut-être quelque chose qu’on peut ajouter : Est-ce que si je ne connais pas mon frère ou ma sœur, est-ce que je vais aller comme cela vers lui ? Il y a et nous le voyons bien dans ces deux exemples de l’épître à Philémon et de Philippiens 4, il y a d’abord une relation de connaissance et de confiance, d’affection qui existe. Combien cela est important dans nos relations fraternelles dans la vie de l’assemblée que nous apprenions à nous connaître, à avoir cette affection profonde les uns pour les autres qui entraîne aussi la confiance de l’un envers l’autre. Dans la mesure où nous cultivons cette affection, cette confiance, les uns avec les autres, alors le moment venu, nous pourrons peut-être être en aide. Mais si pour ainsi dire nous débarquons chez notre frère ou chez notre sœur sans avoir au préalable déjà cultivé cette communion, cette affection, cet amour dans le Seigneur, que cela soit resté extérieur ou lointain, cela sera certainement beaucoup plus difficile. Que le Seigneur nous aide ! Alors qu’il y a tant de difficultés aujourd’hui dans les relations fraternelles, que nous puissions nous aimer au point d’avoir ce désir d’aller les uns vers les autres, dans une vraie affection, dans une vraie confiance, cette confiance qui fait que nous reconnaissons le frère ou la sœur pour lequel Christ est mort, celui chez lequel la grâce de Dieu opère et a produit de très belles choses déjà, comme l’apôtre Paul sait le souligner de tant de manières. Alors avec le secours du Seigneur, nous pouvons être en aide. Ne disons pas non plus que ce n’est pas à nous de le faire. Nous sommes concernés, chacun de nous dans la vie de l’assemblée – on l’a vu par la mention de toutes ces personnes qui sont mentionnées – nous avons notre responsabilité les uns à l’égard des autres parce que nous sommes comme il est dit « chacun individuellement membres l’un de l’autre » (Rom. 12. 5).

Qu’on me permette pendant un court instant de revenir sur ce qui nous a été dit avant la pause, particulièrement ce que notre frère a dit par rapport au fait d’avoir une même pensée. Je voudrais bien préciser une chose, c’est que avoir une même pensée, avoir un même sentiment, cela ne veut pas dire forcément penser la même chose. Nous ne sommes pas réunis ensemble parce que nous pensons la même chose sur la vérité. Autrement il faut faire signer un credo et on marche avec cela. Ce n’est pas à cette communion que nous sommes invités. D’ailleurs notre frère nous a lu Philippiens 2. Quand l’apôtre Paul dit : « Qu’il y ait donc en vous cette pensée », il n’amène pas un raisonnement mais il montre ce qu’a été le chemin du Seigneur jusqu’à son anéantissement et jusqu’à la gloire. Avoir une même pensée ou un même sentiment, c’est avoir le profond désir du cœur que le Seigneur Jésus soit honoré. Voilà ce que nous avons à partager. On dira : il faut quand même qu’on pense la même chose. Oui, si quelqu’un pense quelque chose différemment de l’écriture, nous avons bien sûr à avoir de la patience et selon ce qui nous est dit « dans les choses auxquelles nous sommes parvenus, marchons dans le même sentier » (Phil. 3. 16). Je crois que c’est très important de ne pas établir notre communion sur le fait que nous pensons tous la même chose. Autrement c’est une communion intellectuelle de pensées, qui n’est pas ce à quoi le Seigneur nous appelle. Encore une fois, avoir une même pensée, c’est avoir le désir que le Seigneur soit honoré ; un même sentiment, c’est le sentiment que la gloire du Seigneur doit être revendiquée au milieu du rassemblement. Je tenais à parler de cela.
On a dit aussi qu’il était important qu’Onésime retourne vers Philémon. On pourrait dire : « Bon, voilà maintenant il s’est converti. Et puis ils ont tellement de contentieux ensemble, tellement de problèmes ensemble, que aller chacun de son côté semble la solution ». Peut-être que quelquefois dans les rassemblements, on se satisfait de situations comme cela. « Bon, il a déménagé, c’est bon ». Le Seigneur ne désire pas cela. Le Seigneur désire que la communion dans le corps de Christ, ce ne soit pas « qu’il aille se faire pendre ailleurs » comme on dit, c’est-à-dire il est parti et le problème n’est plus là. Non. A partir du moment où Onésime était un membre du corps de Christ, il y avait cette recherche de communion malgré tout le contentieux qu’il y avait avec Philémon. Cela nous est en enseignement. Est-ce que nous laissons pourrir des situations entre des enfants de Dieu ? C’est absolument navrant de penser qu’il y a des gens qui rompent le pain ensemble et qui ne sont même pas capables de se saluer à la sortie. Mais à quoi est-ce que nous jouons ? Le Seigneur désire, autant que cela dépend de nous naturellement, que nous cherchions cette communion et que tout ce qui n’est pas dans la lumière et qui n’est donc pas à la gloire du Seigneur, puisse être réglé. Bien sûr avec la lettre dont Onésime était certainement le porteur – il ne s’agit pas de broder sur l’Écriture – imaginons cette rencontre de Philémon avec son esclave. Onésime est là et lui tend une lettre. Sans doute le regard de Philémon devait dire : « Il revient maintenant, celui-là » et il y a eu certainement, même si la parole ne nous le dit pas, des moments où en plus de la lettre, Onésime et Philémon se sont parlé, Onésime pour confesser –même s’il était inconverti avant – son attitude et son comportement chez Philémon. Et peut-être aussi Philémon qui a peut-être été de temps en temps poussé dans ses derniers retranchements. Peut-être que Philémon avait aussi des choses à dire. Eh bien ! Que cet exemple qui nous est donné là, cette recherche de communion dans le peuple de Dieu nous stimule. On parle souvent chez nous : il est en communion, il n’est pas en communion, il n’est plus en communion. Oui, ce sont des mots. Mais fasse le Seigneur que derrière de telles expressions, il y ait une réalité, quelque chose de vrai dans nos relations entre nous de manière à ce que autant que cela dépend de nous, nous ne laissions pas tomber ce qui peut être réglé et qui sera pour la gloire du Seigneur.
On pourrait lire un court passage dans les Éphésiens au chapitre 4. C’est encore l’apôtre Paul qui parle tout en étant prisonnier : « Je vous exhorte donc, moi, le prisonnier dans le Seigneur, à marcher d’une manière digne de l’appel dont vous avez été appelés, avec toute humilité » (4. 1 et 2). On peut remarquer que l’apôtre met en avant l’humilité. « Avec toute humilité et douceur, avec longanimité, vous supportant l’un l’autre dans l’amour ; vous appliquant à garder l’unité de l’Esprit par le lien de la paix » (v. 2 et 3). L’apôtre nous exhorte une fois de plus à marcher dans l’humilité, dans l’imitation de celui qui est notre Seigneur, qui marche devant nous. Il a marché sur cette terre comme un homme humble de cœur. Nous pouvons bien comprendre les uns et les autres, moi le premier, qu’on ne peut être humble sans avoir été humilié. Nous en avons besoin en constatant combien nous sommes faibles, combien nous avons de velléités à vouloir chacun imposer sa pensée à d’autres. Nous avons besoin d’être humiliés pour justement ne plus avoir confiance chacun en nous-mêmes mais à marcher dans l’unité de l’Esprit par le lien de la paix.
L’unité de l’Esprit : on vient d’entendre qu’effectivement il nous est pratiquement impossible d’avoir une même pensée, si c’est ma pensée à moi, si c’est la pensée de mon frère. On peut se heurter justement parce qu’en toute sincérité nos pensées divergent et on se heurte. Si nous devons laisser nos propres pensées de côté, c’est afin justement de laisser le Saint Esprit nous montrer à chacun, à moi comme à mon frère, que ce n’est pas ma pensée, ce n’est pas la pensée du frère qui compte, c’est la pensée du Seigneur et que tous ensemble dans l’unité de l’Esprit et le lien de la paix, nous sommes liés, nous devons être liés dans la paix que procure le Seigneur par le Saint Esprit. Alors que nous cherchions ensemble la pensée du Seigneur ! Dans la nature humaine – nous le voyons bien dans le monde, nous-mêmes nous avons cette nature humaine imparfaite – comme on l’a rappelé, il y a de l’orgueil, il y a de la prétention, il y a de l’égoïsme. Tout cela, nous le savons bien, nous le savons parce que la parole nous l’enseigne, mais aussi parce que nous faisons l’expérience et souvent l’expérience douloureuse, que tout ce qui vient de notre nature, vient du vieil homme. Mes pensées à moi, ce ne sont pas celles dont le Seigneur se sert pour enseigner l’assemblée. Ce n’est pas ma pensée qui est bonne, c’est la pensée du Seigneur qu’il veut nous communiquer par le Saint Esprit, dans cette unité de l’Esprit par le lien de la paix. Sans l’unité de l’Esprit entre nous, chers frères et sœurs, il ne peut pas y avoir de paix et s’il n’y a pas de paix, alors nous allons nous heurter les uns contre les autres. Qui a raison ? C’est moi, c’est mon frère, c’est ma sœur ? Non, c’est le Seigneur qui a raison. « Vous appliquant à garder l’unité de l’Esprit par le lien de la paix ». Ces caractères, donc, nous sont montrés.
Nous avons cette exhortation à marcher d’une manière digne de l’appel dont nous avons été appelés ». Pourquoi avons-nous été appelés, pour quelle raison ? Maintenant que nous sommes au Seigneur, que nous avons donné notre cœur au Seigneur Jésus, nous avons à marcher de cette manière digne. La manière digne qui nous est indiquée, c’est de marcher avec la force que le Seigneur nous donne, de marcher comme lui a marché. Sans illusion, nous ne pouvons pas penser que nous allons imiter le Seigneur à la perfection tant que nous sommes sur cette terre. C’est justement là que résidera le germe de l’humilité, de ne pas penser chacun pour lui-même que nous marchons vraiment dans le chemin du Seigneur, que nous imitons le Seigneur à la perfection. Ce n’est pas vrai et nous pouvons même dire que tant que nous sommes sur cette terre, de par notre faiblesse, cela nous est impossible d’atteindre cette perfection dans la marche. Mais nous avons un modèle qui est placé devant nous et c’est ce modèle qu’avec l’aide du Saint Esprit agissant dans nos cœurs, nous avons à chercher à imiter quelque peu. « Avec toute humilité et douceur, avec longanimité, vous supportant l’un l’autre dans l’amour » : Voilà les caractères que nous avons à manifester les uns envers les autres et cela par l’Esprit Saint. Si nous sommes incapables d’avoir une même pensée, disons-nous bien, chers frères et sœurs, que le Saint Esprit, lui, n’a qu’une seule pensée et c’est cette pensée que le Seigneur veut placer dans nos cœurs. Nous avons besoin de nous tenir bien près du Seigneur Jésus et de puiser en lui la force qui nous est nécessaire pour marcher selon lui. Et en assemblée, c’est encore plus vrai que dans n’importe quelle circonstance. Que nous marchions selon la volonté du Seigneur, selon sa direction ! Lorsque le Seigneur dit à Pierre : « Toi, suis-moi » (Jean 21), il veut entraîner Pierre dans le chemin que Lui a tracé pour son disciple. Nous savons que dans l’humilité Il s’est abaissé lui-même comme on le voit dans Philippiens 2 jusqu’à prendre la forme d’esclave, jusqu’à être « trouvé en figure comme un homme, il s’est abaissé lui-même, étant devenu obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix ». Voilà jusqu’où a été son obéissance. Nous avons à marcher dans ce chemin d’obéissance au Seigneur, dans l’humilité, dans le renoncement à ce que nous sommes nous-mêmes. C’est ce que la parole dans les Ephésiens nous enseigne mais aussi dans l’épitre à Philémon nous avons cette humilité de l’apôtre qui se manifeste en plénitude ici. Il marche vraiment comme étant faible en lui-même. Il pouvait dire : « quand je suis faible, alors je suis fort » (2 Cor. 12. 10). Pourquoi ? Parce qu’il cherchait et trouvait la force dont il avait besoin pour marcher selon le Seigneur dans le Seigneur. C’est là aussi dans le Seigneur que nous avons à chercher la force dont nous avons besoin pour marcher comme lui. L’apôtre manifeste là cette humilité, cette obéissance au Seigneur. Et dans le contexte de l’épître à Philémon, nous voyons qu’il rend grâces à Dieu en faisant toujours mention de Philémon dans ses prières, « apprenant l’amour et la foi que tu as envers le Seigneur Jésus et pour tous les saints ». Il met en avant ce que Philémon manifestait de manière ordinaire dans sa vie au point que son témoignage était un témoignage heureux. Il va jusqu’à dire : « Car nous avons une grande joie et une grande consolation dans ton amour, parce que les entrailles des saints sont rafraîchies par toi, frère » (v. 7). Alors posons-nous cette question : Est-ce que chacun de nous est un frère qui rafraîchit les entrailles des frères ? Là aussi nous avons certainement à baisser la tête et à confesser au Seigneur que nous sommes quelquefois bien loin d’imiter celui qui marche devant nous et qui nous invite à le suivre.

Ce qui nous frappe dans cette épître, c’est qu’il est très peu parlé d’Onésime, pour nous enseigner que c’est difficile de revenir lorsqu’on a fait un pas à côté, c’est très difficile. L’apôtre parle à chacun de nos cœurs par cette épître pour nous montrer de quelle manière on peut accueillir quelqu’un qui revient. On se serait peut-être attendu à ce que l’apôtre dise à Philémon : « J’ai dit à Onésime : écoute, tu ne reviendras pas la tête haute, hein ! Tu ne t’es pas bien conduit, il faut quand même reconnaître tout ce que tu as fait ». Il n’y a rien du tout de cela. Il y a seulement des exhortations pour celui qui doit recevoir Onésime. Il y a là certainement un grand enseignement pour nous parce que peut-être des fois on voudrait que quelqu’un se mette à genoux. Ce n’est pas cela la manière de recevoir quelqu’un qui a peut-être fait un pas à côté, nous souvenant de la grâce du Seigneur envers chacun de nous. Qui est-ce qui ne s’est jamais écarté du chemin ? Qui est-ce qui n’a jamais fait un pas à côté du chemin ? Quand nous pensons à la grâce du Seigneur envers nous, cette grâce pénètre aussi nos cœurs quand nous voyons quelque manifestation de la grâce de Dieu. Comme on vient de le dire, il fallait revenir, il fallait revenir vers Philémon. Ce n’était sans doute pas une petite chose.
On vient de parler des entrailles des saints qui sont rafraîchies. On n’emploie pas beaucoup cette expression : les entrailles. Pourtant trois fois dans cette épître il est parlé des entrailles. Quelquefois le dictionnaire nous aide. Je me suis demandé si c’était complètement à côté du langage, mais je me permets de lire ce que j’ai trouvé dans le dictionnaire : « la partie la plus profonde, intime, essentielle de quelqu’un, la partie la plus profonde de l’être sensible, siège des émotions, l’âme, le cœur sensible ». Je sais qu’on avait voulu changer ce mot parce que dans le monde on emploie cette expression tout autrement, mais c’est très difficile de mettre un autre mot à la place, parce que dans le dictionnaire il exprime vraiment ce que signifie cette expression. Comme notre frère vient de nous le rappeler, on souhaite vraiment que nous puissions aussi rafraîchir les entrailles des saints, que les saints soient réconfortés. Un peu plus loin l’apôtre dit : « lui, mes propres entrailles » (v. 13), c’est-à-dire une partie de moi-même. Un peu plus loin il dira encore : « rafraîchis mes entrailles en Christ » (v. 20). On voit les sentiments profonds qui sont dans le cœur de l’apôtre et on souhaite qu’ils soient aussi dans chacun de nos cœurs afin que nous puissions aussi nous rafraîchir et nous encourager. C’est triste quand on devient l’épreuve les uns des autres. C’est ce qui est arrivé pour Job. Les consolateurs sont venus sincèrement pour le consoler. Pour finir, au lieu de le consoler, ils ont été l’épreuve de Job. C’est pour cette raison qu’on a vraiment besoin que le Seigneur nous tienne près de lui. Comme on l’a lu ici au v. 14 l’apôtre peut dire : « je n’ai rien voulu faire sans ton avis, afin que le bien que tu fais ne fût pas l’effet de la contrainte, mais qu’il fût volontaire ». On pense à ce verset de la 2eme épître aux Corinthiens où Paul dit : « Je ne parle pas comme donnant un commandement, mais à cause de la diligence d’autres personnes, et pour mettre à l’épreuve la sincérité de votre amour » (8. 8). Evidemment cela n’exclut pas que dans le Nouveau Testament on trouve des commandements, des commandements d’amour il est vrai, parce qu’on est peut-être un peu allergique à ce mot de nos jours – on dit : on n’est plus sous la loi. Quand on parle ainsi, on n’a rien compris parce que être sous la loi cela veut dire qu’il faut réaliser son salut, ce n’est pas du tout cela. Mais il y a aussi cette soumission à la parole pour avoir une même pensée. Il faut avoir le cœur disposé à être soumis à la parole pour marcher ensemble, non pas dans l’indépendance. Ce qui caractérise aujourd’hui le siècle, c’est que chacun fait ce qui lui plaît et cela c’est un grand danger, que ce soit personnellement ou collectivement quant à l’assemblée.

3ème mercredi.

On vient de nous parler des entrailles : « les entrailles des saints sont rafraîchies par toi, frère ». Sans connaître le grec nous avons aussi cette expression d’une manière bien remarquable dans Luc lorsqu’il nous est dit : « pour donner la connaissance du salut à son peuple, dans la rémission de leurs péchés, par les entrailles de miséricorde de notre Dieu » (1. 77 et 78). Ce sont les entrailles divines, ce que Dieu a de plus profond, ses sentiments profonds, pour le salut, pour notre salut, bien-aimés. Dieu n’a pas fait cela du bout des lèvres, du bout des doigts. Ce sont les entrailles de notre Dieu qui ont été en éveil pour que nous soyons ainsi ses propres enfants.
Dans tout ce paragraphe du v. 4 au v. 7 nous avons d’abord justement l’amour de Philémon qui était manifesté vis-à-vis des saints. Il n’avait pas sa source en Philémon, pas plus que l’amour que nous sommes invités à manifester à l’égard de nos frères et sœurs n’a sa source en nous. Parce que si c’est un amour à la façon du monde, alors on ne va pas aller très loin. On va aimer ceux qui nous aiment, et au bout d’un moment on va se lasser. Mais Philémon qui n’était pas plus capable que nous de fabriquer quoi que ce soit de cet amour, est allé le chercher là où il était abondamment, dans le cœur de son Seigneur. Cela commence par : « apprenant l’amour et la foi que tu as envers le Seigneur Jésus ». C’est d’abord une relation verticale avant toute relation horizontale. Soyons bien convaincus que d’abord il nous faut vivre dans cette communion avec le Seigneur sans laquelle rien ne se fera. Ce n’est pas de bonnes résolutions qui vont nous aider dans les rassemblements avec nos frères et sœurs. C’est dans la mesure où nous sommes nourris de cet amour qui se trouve si profondément, abondamment, dans le cœur de notre Seigneur, c’est dans la mesure où nous sommes nourris de cela, que cet amour pourra se manifester. Je voudrais donner juste un petit exemple. On connaît, peut-être tous ici, 2 Samuel 7. 2 Samuel 7 c’est David qui entre dans la maison de l’Éternel : « Éternel Dieu ! Tu t’es montré grand » (v. 22). Nous connaissons ce moment extrêmement rare décrit dans la parole, d’un homme assis devant son Dieu et rempli, inondé, de l’amour que l’Éternel lui a manifesté. Et puis ensuite qu’est-ce que nous avons après le chapitre 7 ? Le chapitre 8. Cet amour donne la force à David. Voilà qu’il va subjuguer ses ennemis. Chers jeunes, vous avez des problèmes de séparation, vous avez des problèmes par rapport au monde, vous avez des problèmes par rapport à l’ennemi ? Eh bien ! Entrez d’abord dans le sanctuaire. C’est là que les choses se règlent dans la communion avec le Seigneur. Et dans le chapitre 8 nous voyons David qui va subjuguer ses ennemis. C’est extraordinaire cette expression : subjuguer ses ennemis. Où est-ce qu’il a trouvé cette force ? Il l’a trouvée dans le sanctuaire (chap. 7). Et le chapitre 9 tout le monde sait ce dont il nous parle : c’est de Mephibosheth. Nous voulons avoir cet amour-là. Eh bien ! David ne pouvait pas le fabriquer. Nous ne pouvons pas non plus fabriquer cet amour. Ce frère avec lequel j’ai du mal, ce frère qui semble avoir campé sur ses positions, ce frère rigide, ces personnes que j’ai du mal à fréquenter, si nous sommes au niveau de l’amour du monde, nous n’irons pas loin, nous le savons bien. Au bout d’un moment, cela n’ira plus. Mais si nous sommes nourris de l’amour de celui qui a dit : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font » (Luc 23. 34), nous pourrons le manifester. « Pardonne-leur » : il s’agissait de celui qui avait craché contre lui, de celui qui s’était moqué de lui, de celui qui avait cloué ses mains, de celui qui avait cloué ses pieds. Voilà ceux pour lesquels le Seigneur intercède. Ne baissons pas la barre. C’est dans la mesure où nous sommes nourris de cet amour-là qui est dans le cœur du Seigneur, et qui n’est pas en nous encore une fois, c’est dans cette mesure-là que nous pourrons ressembler à Philémon et manifester cet amour envers les saints jusqu’à ce que les entrailles de nos frères et sœurs soient, en effet, rafraîchies.

A la suite de ce que nous venons d’entendre, nous pourrions lire quelques versets dans l’épître aux Colossiens au chapitre 3. « Revêtez-vous donc, comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés, d’entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, de longanimité, vous supportant l’un l’autre et vous pardonnant les uns aux autres, si l’un a un sujet de plainte contre un autre ; comme aussi le Christ vous a pardonné, vous aussi faites de même. Et par-dessus toutes ces choses, revêtez-vous de l’amour, qui est le lien de la perfection. Et que la paix du Christ, à laquelle aussi vous avez été appelés en un seul corps, préside dans vos cœurs ; et soyez reconnaissants » (v. 12 à 15). C’est à cette même assemblée de Colosses que l’apôtre Paul écrit cette lettre à l’adresse de Philémon. Elle devait être aussi pour l’assemblée. Qu’est-ce que l’apôtre nous dit dans l’épître aux Colossiens ? Il nous parle du sang de Christ par lequel nous avons la paix avec Dieu. Il a « fait la paix par le sang de sa croix » (1. 20). C’est la première chose que celui qui n’est pas encore venu au Seigneur a à faire : regarder à la croix, au Sauveur mourant pour lui, expiant ses péchés, à Christ dans la gloire, ressuscité et glorifié, pour nous maintenant auprès du Père, intercédant pour les saints. Dieu nous a introduits dans le royaume du Fils de son amour (1. 13). Ce n’est pas peu de chose cela. Nous avons besoin que cet amour de Dieu qui est versé dans nos cœurs par le Saint Esprit, remplisse nos pensées et nos cœurs chaque jour. Dans ce chapitre 3 au début, il s’agit de Christ, là-haut. Et c’est là-haut que sont nos vrais biens, là où le Christ est assis. « Cherchez les choses qui sont en haut » (3. 1). Alors les choses d’ici-bas, tous ces dangers qui nous entourent tellement aujourd’hui, dangers moraux tout spécialement, seront laissés de côté dans la mesure où nous regarderons à celui qui est dans le ciel, celui qui est le saint et le véritable, celui qui a soin de son assemblée et de chacun de ses chers rachetés. Dans le verset que nous venons de lire nous voyons que – cela vient d’être dit tout à l’heure – l’amour n’est pas en nous, mais il nous est dit : « Revêtez-vous donc, comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés, d’entrailles de miséricorde », un peu plus loin v. 14 : « par-dessus toutes ces choses, revêtez-vous de l’amour ». Tout ce qui précède dans les v. 12 et 13 nous parle d’une manière éclatante de la personne de Christ lui-même. Et là nous voyons dans ces versets de Colossiens 3 ce que le Seigneur a été pour le cœur de Dieu, pour le cœur de son Père, ce qu’il désire être aujourd’hui encore pour nous tous. Le pardon : ce n’est peut-être pas le sujet bien qu’il y ait eu de la part de Philémon aussi ce pardon à accorder à Onésime. « Comme aussi le Christ vous a pardonné, vous aussi faites de même » (v. 13). C’est très difficile, mais quand le Seigneur nous fait sentir que nous ne sommes rien, que nous avons tout en lui, alors les choses sont en ordre avec Dieu, notre cœur est en paix, le pardon est possible, le Seigneur désire qu’il le soit. Ensuite il est question de la paix du Christ : « Revêtez-vous… d’entrailles de miséricorde, de bonté… revêtez-vous de l’amour » qui est en Christ, comme Christ l’a montré et puis « que la paix du Christ… préside dans vos cœurs ». Cette paix du Christ, c’est celle qu’il a connue tout au long de sa vie sans aucune interruption. « Je vous laisse la paix ; je vous donne ma paix » a dit le Seigneur (Jean 14. 27). Elle est pour nous. C’est quelque chose de présent, ce n’est pas plus tard si tout va bien. Non. Elle est indépendante des circonstances. C’est Christ qui est là, ma paix. Quelle grâce ! Le Seigneur désire qu’elle se manifeste entre nous. C’est un témoignage que cela. Et puis dernier point : « nous avons été appelés en un seul corps et soyez reconnaissants ». Ah ! La reconnaissance, voilà quelque chose qu’on laisse souvent de côté. « En toutes choses rendez grâces » (1 Thess. 5. 18). Est-ce que le Seigneur va nous donner de rendre grâces dans les jours qui viennent, et des moments qu’il nous a accordés encore aujourd’hui ? Ce n’est pas tout. Comment pouvons-nous montrer au Seigneur que nous l’aimons ? Si nous gardons sa parole, si nous gardons ses commandements. Nous ne pouvons pas le faire nous-mêmes. Nous avons à lui demander avec toute humilité qu’il nous tienne à notre place, celle qu’il a choisie pour nous. Rappelons-nous de cet exemple que le Seigneur a donné en Luc 17 de cet esclave à qui le maître avait confié quelque chose. Que dit-il quand il a tout accompli ? « Nous sommes des esclaves inutiles » (v. 10). Certes nous n’avons pas à nous croire indispensables. Cependant nous avons à marcher d’une manière digne du Seigneur, comme cela a été lu, digne de l’appel dont nous avons été appelés. Lisons quand même un verset dans l’épître aux Hébreux : « Car Dieu n’est pas injuste pour oublier votre œuvre et l’amour que vous avez montré pour son nom, ayant servi les saints et les servant encore » (6. 10). Frères et sœurs, que le Seigneur nous accorde la grâce de rechercher avant tout son approbation dans le chemin, que nous ayons devant nous celui qui nous a acquis à si grand prix ! Dieu n’oublie rien de ce qui sera fait pour lui. Que le Seigneur nous accorde la grâce quand il y a des difficultés et il y en a, de pouvoir lui remettre les choses, de tourner nos cœurs en haut vers lui, et de nous attendre à lui ! Il est fidèle, il nous aime et il agira pour le bien des siens, pour le bien de son assemblée !

On a dit tout à l’heure que l’apôtre Paul pouvait reconnaître que les entrailles des saints étaient rafraîchies par Philémon. On peut lire à la fin du v. 20 : « rafraîchis mes entrailles en Christ ». Tu rafraîchis les entrailles des frères, rafraîchis aussi les miennes, en ce que tu reçoives Onésime, non pas seulement comme un esclave, mais comme un frère bien-aimé. L’apôtre Paul était à Rome, il était enchaîné. Il avait besoin que ses entrailles soient rafraîchies. Le grand apôtre lui aussi avait besoin d’être consolé. A la fin de la 2eme épître à Timothée on peut lire un verset. L’apôtre était dans sa deuxième captivité, bien plus dure que la première. Tous l’avaient abandonné. Il dit au v. 16 du chapitre 1 : « Le Seigneur fasse miséricorde à la maison d’Onésiphore, car il m’a souvent consolé ». Rendons-nous compte de cela : l’apôtre Paul a été consolé souvent, simplement par la présence d’Onésiphore. Il l’avait cherché soigneusement, il avait trouvé l’apôtre dans la prison. Le grand apôtre des nations qui avait consolé les autres, avait aussi besoin d’être consolé. Il peut dire aux Colossiens : « Aristarque… Marc… Jésus appelé Juste… Ceux-ci sont les seuls compagnons d’œuvre pour le royaume de Dieu qui aussi m’ont été en consolation » (4. 10 et 11). Oui, même un apôtre a besoin d’être consolé. Même des frères et sœurs âgés qui ont peut-être derrière eux une vie de service, de prière, ont aussi besoin d’être consolés, encouragés. Chers jeunes, chers jeunes frères, chères jeunes sœurs, n’oubliez pas cela aussi. Un mot agréable, une visite à un frère âgé, à une sœur âgée, qui ont servi l’assemblée, combien cela peut recréer l’esprit comme l’apôtre Paul le dit à la fin de la 1ere épître aux Corinthiens : « ils ont récréé mon esprit et le vôtre » (16. 18). Oui, l’apôtre Paul avait aussi besoin de ses frères pour le consoler. Là il l’attend et il sait qu’il aura cette consolation de la part de Philémon. Il peut le dire, il a cette confiance : « Ayant de la confiance dans ton obéissance, je t’ai écrit, sachant que tu feras même plus que je ne dis ». Il est assuré que celui qui a travaillé dans le cœur d’Onésime, qu’il a amené à la foi, engendré dans les liens, travaillera aussi dans le cœur de Philémon. L’apôtre a dû travailler. Peut-être que cette conversion d’Onésime a pris du temps. Il sait que le travail qui a été accompli n’est pas vain et que le travail va s’accomplir dans Philémon et qu’il fera même au-delà de ce que Paul a dit. Que cette délicatesse, cet intérêt pour les autres, touche nos cœurs ! Que déjà nos relations portent la marque de celui qui nous aime, de celui qui aime les siens et qui les aime jusqu’à la fin !

Très courtement. L’apôtre Paul aurait pu se dire : « S’il y a quelqu’un pour qui je n’ai pas besoin de prier, c’est bien Philémon, parce que tout va bien ». Ce n’est pas ce qui nous est dit dans le v. 4. D’abord et on l’a souligné ce matin, l’apôtre Paul rendait grâces, ce qui nous manque peut-être dans nos réunions de prière. Et l’apôtre Paul savait pour lui-même comme pour les autres et pour nous, que rien n’est jamais acquis. Dans les choses de Dieu, rien n’est jamais acquis. Que quelqu’un puisse vivre en communion avec le Seigneur d’une manière extraordinaire un jour, n’est absolument pas une garantie pour le lendemain. Nous avons besoin d’en être convaincus. Si grande que soit votre communion avec le Seigneur un jour, peut-être un dimanche au culte, – on était tellement heureux avec le Seigneur –vous n’avez aucune garantie en cela pour le lundi matin. Nous avons besoin d’être gardés mais où serons-nous bien gardés ? Comme Abiathar : « près de moi tu seras bien gardé » (1 Sam. 22. 23). Que le Seigneur nous accorde de comprendre que nous avons besoin de lui aujourd’hui et que nous n’avons aucune garantie, si précieuses qu’aient été nos relations avec le Seigneur ! Notre seule sécurité, c’est de continuer à nous tenir près de lui.

Dans le verset 4, on a parlé des prières, ce service qui nous est ouvert en tout temps, en tout lieu, en toutes choses. Il y a un autre caractère qui nous est donné au v. 5 : « la foi que tu as envers le Seigneur Jésus ». Non seulement demander, mais avoir confiance en celui qui donne, en celui qui répond.

Simplement un mot sur la façon dont Onésime est accueilli. Imaginons Philémon qui va recevoir cette lettre, ouvrant cette lettre, certainement bien surpris de voir ce serviteur en face, ce vaurien inutile, apporter une lettre du grand apôtre, une lettre de Paul et certainement ne sachant pas bien quoi penser devant Onésime. Il lit cette lettre, et il dit : Tiens, Onésime est venu au Seigneur et Paul me demande de l’accueillir. Peut-être qu’il s’est dit : Il va pouvoir reprendre une place dans ma maison. Il est esclave. Effectivement je ne vais pas le punir, je vais le reprendre. Et puis il continue à lire la lettre, peut-être avec sa femme à côté. On ne sait pas. Ah ! Mais Paul me demande de le recevoir comme lui-même, comme si Paul venait. Comment est-ce que j’aurais reçu Paul ? Certainement il l’aurait reçu aussi bien qu’il le pouvait. Sa maison aurait été grande ouverte. Bien sûr il ne lui aurait pas donné une place de serviteur. Il aurait reçu Paul dans sa maison avec joie, avec tout ce qu’il pouvait avoir de bien pour Paul. Eh bien ! Paul me demande de le recevoir comme si je le recevais lui-même. Alors c’est un stade encore bien au-dessus. Et puis Paul va encore plus loin que cela. Il lui dit : « je t’ai écrit, sachant que tu feras même plus que je ne dis ». Peut-être qu’il n’y a pas de limite à la façon dont Paul recommande à Philémon d’agir à l’égard d’Onésime : « reçois-le comme moi-même ». Et puis j’ai cette confiance que tu feras encore plus. Je ne te dis pas : « Fais cela… fais cela… fais cela ». Non. Je te mets sur le terrain de la grâce. La façon dont tu vas le recevoir en Christ comme un frère bien-aimé, pas chichement, pas : reprends la place que tu avais, voilà on passe l’éponge, on efface. Ce n’est pas comme cela. C’est : reçois-le pleinement, reçois-le entièrement, je ne te mets pas de barrière, je ne te mets par de limite. Le Seigneur mettra cette limite dans ton cœur, tu feras même plus que ce que je te dis. Vois cela avec le Seigneur. C’est avec lui que tu as à voir la façon dont tu dois le recevoir. C’est une image merveilleuse de la façon dont nous avons été reçus par Dieu. Nous ne sommes pas simplement des pécheurs graciés, Dieu a passé l’éponge sur nos péchés, il nous reçoit sur ce principe-là, voilà les péchés ne sont plus là, alors je peux vous recevoir. Ce n’est pas cela, c’est quelque chose qui était nécessaire, il fallait qu’il y ait cela. Mais Dieu nous reçoit d’une façon combien plus grande, belle, complexe, bénie. Il a fait de nous ses enfants. Nous ne sommes pas seulement des pécheurs graciés. Nous faisons partie de la famille de Dieu. Il nous nomme ses enfants. Il ne peut pas y avoir une relation qui soit plus belle. C’est celle à laquelle nous fait penser ce que dit Paul « tu feras même plus que je ne dis ». Dieu nous a reçus de cette façon-là. Il nous a pris où nous étions, il nous a amenés après nous avoir sauvés, délivrés du péché, il nous a amenés dans cette relation extraordinaire, merveilleuse, avec lui. C’est aussi un exemple pour nous dans nos relations. Paul a appelé Onésime mes propres entrailles. C’est une expression qu’on réserverait à son mari, à sa femme. Quelle grâce de penser qu’entre des croyants il peut y avoir cette relation qui se crée. On va pouvoir parler d’un frère, d’une sœur, en disant : Voilà mes propres entrailles. Voilà cette relation que Paul avait maintenant avec Onésime. En disant cela, il dit : Voilà Philémon, maintenant sur ce terrain de la grâce, tu peux avoir cette relation-là avec cet esclave inutile. C’est à cela que tu es appelé maintenant, c’est à cette relation-là. Quel encouragement pour nous à vivre des relations avec cette profondeur, cette intimité, parce qu’elles ont leur source dans l’amour du Seigneur Jésus !

En relation avec ce que vient de nous dire notre frère, je voudrais lire la fin du chapitre 6 de 2 Corinthiens. L’apôtre par l’Esprit Saint nous invite à sortir moralement du monde et nous dit : « Car vous êtes le temple du Dieu vivant, selon ce que Dieu a dit : J’habiterai au milieu d’eux, et j’y marcherai, et je serai leur Dieu, et eux seront mon peuple. C’est pourquoi sortez du milieu d’eux, et soyez séparés, dit le Seigneur, et ne touchez pas à ce qui est impur, et moi, je vous recevrai ; et je vous serai pour père, et vous, vous me serez pour fils et pour filles, dit le Seigneur, le Tout-puissant » (v. 16 à 18). Effectivement comme nous venons de l’entendre, Dieu ne s’est pas contenté de nous sauver en nous lavant de nos péchés dans le sang du Seigneur, ce qui est le premier pas de la rédemption. Nous n’aurions jamais vu un chrétien sauvé, par conséquent lavé de ses péchés, sinon par le sang de Jésus. Il n’y avait que le sang du Seigneur Jésus qui pouvait nous laver de toute souillure, nous sauver, nous introduire dans la maison du Père. En Jean 14 il nous est dit que le Seigneur étant remonté au ciel, est allé nous préparer une place, une place éternelle, une place de bénédiction éternelle, de joie, de jouissance pleine, entière et parfaite du Seigneur Jésus. Mais le Seigneur ne s’est pas contenté de cela. Cela n’est qu’un côté de la rédemption. L’autre côté, mais il y en a bien d’autres, c’est que Dieu est devenu notre Père, mon Père. Dans la mesure où je suis au bénéfice de la rédemption, il y a cette grâce et cet amour pour m’appeler son fils, pour appeler chacune de nos sœurs, ma fille. Voilà des relations nouvelles et bénies entre toutes, c’est que nous n’avons plus seulement à faire au Dieu saint, nous avons à faire à un Dieu qui nous appelle ses enfants, ses fils et ses filles. C’est autrement plus élevé que de nous considérer nous-mêmes comme simplement des rachetés du Seigneur, ce qui est une chose heureuse, mais c’est le premier pas de la rédemption. Ensuite nous accédons à cette bénédiction particulièrement heureuse d’être avec Dieu dans cette relation d’enfants, de fils et de filles. « Je vous serai pour père ». Il n’a pas toujours été notre Père, il a été pour nous le Dieu terrible, le Dieu de jugement, le Dieu qui, si nous n’étions pas venus à lui, nous destinait à être jetés dans l’étang de feu afin d’être jugés. Eh bien ! Non, le châtiment de notre paix a été sur le Seigneur et nous, nous sommes lavés dans son sang. Maintenant nous sommes dans des relations bénies, des relations éternelles avec Dieu, nous sommes ses fils et ses filles. Voilà une chose particulièrement heureuse à laquelle nous avons à penser et à en remplir notre cœur et notre esprit et cela certainement devrait nous donner davantage de force pour marcher comme des fils et des filles, pour marcher comme des enfants de lumière comme il nous est dit dans les Éphésiens, de manière à ce que nous fassions briller autour de nous cette lumière qu’il a mise en nous, qu’il a placée en nous. Le Seigneur Jésus pouvait dire : « Je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie » (Jean 8. 12). Nous sommes responsables de laisser briller cette lumière non seulement en nous pour nous-mêmes, mais aussi pour ceux qui nous voient, pour les frères. Que nous partagions entre nous, dans la paix, dans la communion, cette lumière qu’il a placée en nous dans le Seigneur Jésus.

Le père dit : « Apportez dehors la plus belle robe, et l’en revêtez ; et mettez un anneau à sa main et des sandales à ses pieds ; et amenez le veau gras et tuez-le ; et mangeons et faisons bonne chère » (Luc 15. 22 et 23). On peut dire que Dieu revêt cet enfant de la dignité la plus excellente qu’il peut y avoir. Voilà un pécheur, Dieu le reçoit ainsi. La plus belle robe. L’anneau nous parle de cette dignité. Cet anneau est mis à sa main. A la fin il est dit : « faisons bonne chère », la joie de Dieu lui-même. On se rend compte en quelque sorte de la valeur de ce que l’apôtre dit : « reçois-le comme moi-même ». On sait que Philémon n’aurait pas eu de retenue quant à la réception de l’apôtre. C’est de cette même façon que l’apôtre désire que Philémon reçoive Onésime. On se rappelle en quelque sorte ce que l’épître aux Éphésiens nous dit : « il nous a rendus agréables dans le Bien-aimé », cela nous dit toute la valeur, toute la bonne odeur du Seigneur Jésus. Nous sommes devant lui. Il n’y a pas de limite à cela. On voit toute la déférence, toute la valeur que l’apôtre attend de la part de Philémon. Immédiatement il dit : « s’il te doit quelque chose, mets-le-moi en compte ». Il est prêt à payer sa dette. C’est ce que le Seigneur Jésus a fait pour chacun d’entre nous.

Je désirerais lire un passage dans l’épître aux Romains au chapitre 15 : « Or le Dieu de patience et de consolation vous donne d’avoir entre vous un même sentiment selon le Christ Jésus, afin que, d’un commun accord, d’une même bouche, vous glorifiiez le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ. C’est pourquoi recevez-vous les uns les autres, comme aussi le Christ vous a reçus, à la gloire de Dieu » (v. 5 à 7). L’apôtre Paul demande à Philémon s’il le tient associé à lui-même, de recevoir Onésime comme s’il recevait l’apôtre lui-même. C’est déjà quelque chose de très élevé. Cela a été dit, Philémon comme Onésime avaient été amenés au Seigneur par le moyen de l’apôtre Paul. L’apôtre avait engendré Onésime dans ces liens de la foi. Qui a été consolé dans toute cette affaire heureuse que le Seigneur avait lui-même conduite ? Chacun des trois. Onésime, parce qu’en allant vers Philémon, porteur de la lettre que l’apôtre Paul lui avait confiée, il pouvait manifester que maintenant appartenant à Christ, les choses pouvaient être réglées avec son maître, frère dans la foi, jusqu’à présent son maître. Il fallait que les choses aillent jusqu’au fond. Il fallait qu’Onésime soit renvoyé à son maître. L’apôtre aurait aimé le garder avec lui pour lui être utile, il le dit lui-même, mais il fallait que les choses soient en ordre et d’une manière heureuse entre Philémon et Onésime. Philémon : toute pensée d’amertume a pu sans doute être bannie au fur et à mesure qu’il a lu cette lettre. Là aussi combien il est précieux lorsque le Seigneur qui opère dans nos cœurs et dans nos consciences, agit de manière à mettre de côté tout ce qui est un sujet de difficulté entre l’un et l’autre. Combien c’est heureux ! C’est la main du Seigneur qui fait cela. Quelle consolation pour l’apôtre dans son état de prisonnier de voir qu’une âme a été amenée à Christ pour l’éternité et que les liens de communion sont là ! Dans les versets qu’on a lus en Romains 15 il est dit : « recevez-vous les uns les autres, comme aussi le Christ vous a reçus, à la gloire de Dieu ». C’est quelque chose d’encore plus élevé. Pas seulement pour Philémon recevoir Onésime comme si c’était l’apôtre lui-même, mais en se souvenant comment Christ nous a reçus. Chacun peut se souvenir comment Christ l’a reçu, comment Seigneur tu m’as reçu. Nous avons lu ce verset de Luc 15. Dans nos cœurs, nous le savons, nous sommes des misérables, dignes de l’enfer mais lavés, pardonnés, lavés dans le sang précieux de Christ. Comment avons-nous été reçus ? C’est l’effet de la seule pure grâce de Dieu, quelque chose que nous magnifierons dans le ciel d’une manière parfaite, à la gloire de Dieu. Voilà ce qui est le fondement de ce qui devrait être devant nous. Le Seigneur nous aime trop pour nous laisser aller à nos propres pensées, à nos propres estimations. La Parole de Dieu est là pour nous conduire dans toute la vérité et l’Esprit est là pour prendre ce qui est à Christ et nous le communiquer à la gloire de Dieu. Tout est à la gloire de Dieu.

Je voudrais que nous nous arrêtions sur un petit mot que nous trouvons au v. 15 : « Car c’est peut-être pour cette raison qu’il a été séparé de toi pour un temps, afin que tu le possèdes pour toujours, non plus comme un esclave, mais au-dessus d’un esclave, comme un frère bien-aimé ». C’est ce « peut-être » qui manifeste de la part de l’apôtre Paul une immense humilité. On pourrait dire : « Mais est-ce que ce n’est pas lui qui pilote tout cela, est-ce que ce n’est pas lui qui sait ce qui va se passer ? » Voilà l’apôtre Paul qui dit : « peut-être ». On n’est pas toujours à l’aise lorsque quelqu’un nous dit : « Le Seigneur m’a dit, le Seigneur m’a montré ». Quelquefois cela rend un petit peu méfiant. Ce n’est pas souvent que le Seigneur montre quelque chose, il brise en même temps tout ce qui est propre volonté. Quelqu’un qui est trop sûr de lui, quelquefois ce n’est pas le signe d’un exercice profond qui a brisé sa propre volonté au plus profond de lui-même. Nous avons des exemples où nous trouvons ce même peut-être, d’une manière extrêmement belle. Imaginons ce qu’est ce grand serviteur de l’Éternel qui a été en contraste avec tout le peuple d’Israël et qui s’appelle Caleb. Il se trouve en face de Josué et dit : « donne-moi cette montagne dont l’Éternel a parlé… peut-être que l’Éternel sera avec moi » (Josué 14. 12). On dira : est-ce que c’est un manque de foi, est-ce qu’il n’a pas confiance en Dieu, est-ce qu’il est rempli d’incrédulité ? Pas du tout. Seulement le sentiment qu’il partage avec l’apôtre Paul et avec d’autres, c’est que Dieu ne lui doit absolument rien, que la fidélité qu’il a pu manifester pendant ces quarante-cinq ans à traverser le désert, ne fait pas de Dieu son débiteur et que Dieu ne lui doit absolument rien. Aussi dit-il : « peut-être que l’Éternel sera avec moi ». Au lieu d’affirmer : « Bien sûr l’Éternel sera avec moi », il a cette humilité de la foi, ce n’est pas de l’incrédulité. Nous avons un autre cas où nous trouvons le même peut-être. C’est dans la bouche de Jonathan dans le chapitre 14 du 1er livre de Samuel. Nous avons là en place Saül ainsi qu’un homme de foi qui s’appelle Jonathan et qui avec son jeune homme dit : « Viens, et passons jusqu’au poste de ces incirconcis ; peut-être que l’Éternel opérera pour nous » (v. 6). On dira : « Tu combats les Philistins, bien sûr l’Éternel sera avec toi ». Il a cette humilité de savoir que Dieu ne lui doit absolument rien, qu’il n’est qu’un instrument et sollicitant en grâce le secours de l’Éternel pour être avec lui. On sait comment la délivrance a été obtenue. Nous avons un autre homme qui a manifesté une grande fidélité. Cela nous est dit : « Après ces choses et cette fidélité » (2 Chron. 32. 1), c’est Ézéchias. Il a entendu les paroles du Rab-Shaké d’Assyrie et il en parle à Esaïe. Celui-ci ne lui dit pas : « Peut-être que l’Éternel t’écoutera parce que tu as été fidèle. Mais enfin Ézéchias, Dieu va te répondre ». Dieu ne nous doit rien, même pas dans nos prières les plus légitimes. N’oublions pas que nous sommes sur le terrain de la grâce. La souveraine grâce de Dieu n’est jamais dans le domaine du mérite. « Peut-être l’Éternel, ton Dieu, entendra-t-il » (2 Rois 19. 4). Quelle humilité ! Nous avons aussi un autre serviteur – ce n’est pas le « peut-être » mais c’est un terme qui est si proche – c’est Mardochée lorsqu’il dit à Esther – ça semblait être quand même tout à fait clair, elle était devenue reine de Perse, c’était bien sûr pour que Dieu délivre son peuple – « Qui sait si ce n’est pas pour un temps comme celui-ci que tu es parvenue à la royauté ? » (Esther 4. 14). Exactement comme l’apôtre Paul : « qui sait », « peut-être », avec l’air de dire : « Tu es reine de Perse, d’accord, mais Dieu peut agir autrement », avec cette humilité de la foi, cette humilité qui est à l’opposé de toute prétention, qui sait que Dieu ne doit jamais rien à personne, pas plus à l’apôtre Paul qu’à aucun d’entre nous.
On voit aussi cette humilité de la part de Paul lorsqu’il dit à Philémon : « Si donc tu me tiens pour associé à toi ». Il dit : le fruit que Dieu veut produire dans cette affaire d’Onésime, c’est par toi Philémon. Ce n’est pas moi qui suis au centre, c’est toi. Et si tu veux bien que je sois ton associé : quelle position, quelle humilité de la part de celui qui se met aux pieds de ses frères. Le fruit, ce sera par toi qu’il sera produit, par ce que tu vas faire. Ton attitude vis-à-vis d’Onésime, c’est par toi que le fruit va être produit, mais si tu veux bien – il ne dit pas : je suis ton associé, il ne dit pas : Philémon, tu es mon associé, non – mais si tu veux bien que je sois ton associé, si tu me tiens pour ton associé. On voit la manière dont il se met complètement aux pieds de Philémon et c’est un exemple aussi pour chacun d’entre nous.

L’apôtre Paul est ici un médiateur, un aide. Il aide Philémon à avoir cette attitude. Lui-même a connu des difficultés de ce genre. Quand il s’est converti – on lit cela dans le chapitre 9 du livre des Actes – « étant arrivé à Jérusalem, il cherchait à se joindre aux disciples ; et tous le craignaient, ne croyant pas qu’il fût disciple ; mais Barnabas le prit et le mena aux apôtres, et leur raconta comment, sur le chemin, il avait vu le Seigneur, qui lui avait parlé, et comment il avait parlé ouvertement à Damas, au nom de Jésus » (v. 26 et 27). Le début de l’apôtre Paul n’a pas été facile. Il n’était pas tellement reconnu par les anciens de Jérusalem. Il y a eu quelqu’un qui était là, dont il nous est parlé, un fils de consolation, Barnabas, qui va prendre Paul et le mener aux apôtres. Paul avait lui-même connu cela. Donc il est de cœur avec Onésime, pour que celui qui a été converti, soit aussi reçu. On verra plus loin au chapitre 11 du livre des Actes il nous est dit que Barnabas est allé à Tarse où Paul était depuis quelque années, et l’ayant trouvé, il le mena à Antioche. Et il leur arriva que, pendant un an tout entier, il a annoncé la parole. Paul a eu sa lettre de recommandation de la part de Barnabas. Lui-même ici peut faire cette lettre de recommandation pour Onésime.

Dans le v. 15 de cette épître à Philémon, on peut voir la grâce de Dieu à l’œuvre par le moyen de l’apôtre dans les paroles qu’il écrit, dans les mots qu’il emploie. Il ne dit pas : « car c’est peut-être pour cette raison qu’Onésime s’est enfui de chez toi ». Il ne s’exprime pas ainsi. Mais il dit : « c’est peut-être pour cette raison qu’il a été séparé de toi ». On voit là la grâce de Dieu qui opère envers Onésime pour Philémon pour ne pas en quelque sorte piquer où ça fait mal. « Il a été séparé de toi ». On voit là l’œuvre de Dieu, l’œuvre du Seigneur qui conduit toutes choses. Sans doute il y a la responsabilité d’Onésime de s’être enfui de la maison où il devait servir comme esclave. Il s’est enfui, c’est sa responsabilité. Mais il y a la main de Dieu qui dirige toutes choses dans cette situation. Onésime, sans doute en partant, en s’évadant de cette maison où il servait comme esclave, ne se doutait pas de l’issue de sa fuite. Mais Dieu emploie toutes choses, il fait servir toutes choses à ses fins. Il va sauver Onésime par le moyen de l’apôtre qui était en prison, nous l’avons déjà rappelé abondamment. On voit donc la main de Dieu qui opère en grâce, en miséricorde pour une âme qui est dans les ténèbres, qui est perdue. Le Seigneur l’amène à bonne fin, il l’amène devant celui que Dieu a préparé pour annoncer l’évangile à cette âme. L’apôtre était un ouvrier du Seigneur, un ouvrier de Dieu, sans réserve. Il ne mettait aucune réserve à annoncer la Parole de la grâce. Voilà que cet homme qui s’est enfui, cet esclave, que peut-être d’autres auraient négligé, méprisé, peut-être même chassé, eh bien ! Non l’apôtre Paul reçoit cette âme qui est perdue et il va lui parler du Seigneur. Le résultat c’est qu’Onésime se convertit, accepte le Seigneur comme Sauveur. Il revient sans doute de son propre mouvement, mais aussi sans doute exhorté par l’apôtre, encouragé par l’apôtre à faire le chemin inverse pour rejoindre son ancien maître. Là, comme on l’a rappelé, il ne se présente plus comme esclave, mais Dieu lui a donné, lui a accordé cette place de frère bien-aimé. Voilà une âme qui était dans les ténèbres et qui vient à la lumière, qui accepte le Seigneur comme Sauveur. Pour nous ce n’est plus un étranger, ce n’est plus un esclave de Satan, c’est un frère bien-aimé.

4ème mercredi.

Nous sommes à la veille du retour du Seigneur Jésus. Avant que le Seigneur s’en aille, il a aimé les siens jusqu’à la fin. On aimerait bien pouvoir réjouir le cœur du Seigneur à la veille de son retour. Quand une famille est réunie, que tous les enfants sont à table, qui est le plus heureux ? C’est le père, le père qui voit ses enfants dans une heureuse relation.
Il est vrai qu’il est difficile d’abandonner nos torts. Quand c’est pour les autres, on n’y attache pas trop d’importance. Mais il est parlé du tort : « s’il t’a fait quelque tort ». Comment arriver à pardonner ? On entend souvent des personnes qui disent : « Jamais je pardonnerai ». Même un frère a dit une fois cela. Mais le Seigneur l’a repris peu après. Nous pardonnerons dans la mesure où nous nous tenons aux pieds du Seigneur Jésus. Lorsqu’il était sur la croix, nous comprenons quel amour il a eu pour nous, lui qui a pu dire : « Pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ». Le Seigneur seul peut nous aider à pardonner. On aimerait bien que le cœur du Seigneur soit réjoui de voir des enfants de Dieu qui soient près de lui, autour de lui, dans une heureuse relation, dans cet amour qui nous unit. Il est vrai qu’en étudiant cette épître aujourd’hui, le Seigneur nous dit de quelle manière on peut recevoir un frère qui revient, quelqu’un qui s’est éloigné et qui revient. Il faut toujours mettre chaque chose à sa place. Parce que lorsqu’on a manqué ou péché, on a un psaume qui nous dit de quelle manière on peut revenir, le Psaume 51. David fait sa confession. C’est très important d’avoir cet équilibre. D’abord, si nous avons manqué, revenir au Seigneur : confession. Et puis dans la 2ème épitre aux Corinthiens, on voit aussi de quelle manière on va recevoir un frère afin qu’il ne soit pas excessivement chargé. Il faut beaucoup de compassion. De quelle manière un frère revient-il ? Il y a tout un équilibre dans la Parole et nous avons bien besoin de ce qui nous est dit aujourd’hui, nous souvenant que lorsque notre amour-propre est blessé, nous avons beaucoup de peine à passer par-dessus. C’est en étant tout près du Seigneur Jésus, en réalisant la grâce dont nous sommes les objets, que nous pourrons aussi manifester quelque peu cette grâce. D’autres l’ont dit avant nous. On a quand même une image, une peinture dans cette courte épître de ce que Dieu est pour nous, de ce que le médiateur est pour nous. Dieu a été offensé par le péché de l’homme. L’homme a offensé Dieu par son iniquité. Nous étions tous inutiles avant d’être au Seigneur, ayant fait du tort, ayant une dette qu’il nous était impossible de payer. Il faut bien qu’on soit conscient quand on lit Matthieu 18 à la fin du chapitre de l’énorme dette qui avait été remise à cet homme. Dieu est offensé par le péché. L’homme a offensé Dieu par le péché. Et puis il y a un médiateur, l’homme Christ Jésus qui s’est donné lui-même en rançon pour plusieurs (1 Tim. 2. 5). Là on a une image, comme d’autres l’ont fait remarquer, lorsque Paul a dit : « s’il te doit quelque chose… moi, je payerai ». Dans un sens le Seigneur a dit à son Père : « Moi, je payerai pour eux ». Bien sûr il faut toujours faire attention dans les images qu’on donne, parce que le Seigneur n’a pas eu besoin de dire à son Père : « Use de grâce ». Non, le Père est la source de la grâce. Quand même on a une image de ce que nous étions par nature : inutiles, ayant fait des torts à Dieu, ayant une dette incalculable. Mais souvenons-nous de cette parole si on l’applique au Seigneur Jésus qui doit toucher nos cœurs : le Seigneur a dit à son Père : « je payerai pour lui ». Est-ce que ce que le Seigneur a fait pour nous ne touche pas nos cœurs ? Ce médiateur, quel prix il a payé ! C’est une faible image, bien sûr, de ce que le Seigneur a fait, comme on l’a dit. Mais il y avait un amour réciproque, l’amour de Paul pour Philémon, l’amour de Paul pour Onésime. Cela nous montre aussi cet amour du Père, du Fils, à l’égard de celui qui s’est éloigné, qui l’a offensé. Que le Seigneur veuille toucher nos cœurs, briser nos cœurs quelquefois ! On a dit tout à l’heure que pour être humble, il faut avoir été humilié. On en a fait souvent l’expérience. Ce n’est pas qu’on désire être orgueilleux, mais on est orgueilleux par nature, c’est bien triste à dire.
On a vu cet après-midi de quelle manière l’apôtre a exhorté Philémon à recevoir Onésime : « Reçois-le comme moi-même ». On a déjà lu ce verset de Romains 15 : « recevez-vous les uns les autres, comme aussi le Christ vous a reçus, à la gloire de Dieu » (v. 7). Le Seigneur nous a reçus. Le Père nous a reçus. « Afin que tu le possèdes pour toujours ». On est au Seigneur pour toujours, on a cette place bénie sur le cœur du Seigneur. Il y a des images si touchantes dans cette petite épître à Philémon qui doit nous amener vers le Seigneur, vers ce qu’il a fait pour nous dans sa grâce infinie et dans la position que nous occupons maintenant. Il était dit « afin que tu le possèdes pour toujours », nous sommes maintenant au Seigneur pour toujours. Il fallait le recevoir, soit dans la chair, soit dans le Seigneur. Ce n’est pas parce que l’on est chrétien, qu’il n’y a pas des devoirs les uns envers les autres. Dans la chair il y a des exhortations aux maîtres aussi bien dans l’épître aux Colossiens que dans l’épître aux Éphésiens. Les maîtres devaient donner à leurs esclaves ce qui était dû et puis il fallait qu’ils se souviennent aussi qu’ils avaient un maître au-dessus d’eux. Donc il y avait des devoirs dans la chair – certains ont dit que certainement Philémon allait affranchir Onésime. Cela ne nous est pas dit, il faut faire attention à ne pas ajouter. Il y a quand même des devoirs soit dans la chair, soit dans le Seigneur. Il y a toujours cet équilibre qui nous est donné dans la Parole. Il y a des devoirs les uns envers les autres, des devoirs pratiques que nous devons maintenir comme aussi des devoirs fraternels les uns envers les autres.

En ce qui concerne la pensée du médiateur, je souhaitais juste rappeler un verset dans le livre de Job. Job pose cette question du médiateur, de l’arbitre, une question qui à ce moment-là n’avait pas de réponse, à laquelle il ne trouvait pas de réponse : « Il n’y a pas entre nous un arbitre (ou un médiateur) qui mettrait sa main sur nous deux » (9. 33). Le médiateur est celui qui, pour employer le langage de Job, met sa main sur nous deux. Il fait le lien entre Dieu et l’homme. Pour que ce lien soit fait entre l’homme misérable et le Dieu juste et saint, comment cela est-il possible ? Cela n’est possible que parce que d’un côté le médiateur a pris connaissance de la misère, de la ruine de l’homme et de l’autre côté il est lui-même le témoin de la sainteté, de la justice, de la gloire de Dieu. Quelle est la réponse ? On la trouve exprimée un peu plus loin dans le livre de Job : « j’ai trouvé une propitiation » (33. 24). En image l’apôtre Paul reprend un peu ici cette position de médiateur. Il sait très bien d’où vient Onésime, ce qu’a été le travail de la grâce chez Onésime, il peut parler de ce travail de la grâce. Mais il sait aussi très bien ce qui est dû à Philémon et il ne le remet pas en cause : « S’il te doit quelque chose… je payerai ». C’est une très faible image du médiateur qui a payé effectivement, qui a été lui-même cette propitiation, qui a été lui-même cette rançon, l’homme Christ Jésus, le seul médiateur entre Dieu et les hommes, le seul qui puisse pour ainsi dire, mettre sa main sur l’homme pécheur et l’amener comme un objet de grâce à lever sa main vers Dieu et à dire : « La propitiation est faite, la rançon a été payée, le prix a été payé ».
En même temps si nous revenons à l’aspect pratique, il est merveilleux de voir comment la Parole de Dieu nous fait entrevoir les plus beaux rayons de sa grâce et de sa justice et comment il mène sa grâce et sa justice sans qu’elles se contredisent. Elles se trouvent ensemble pour la même bénédiction. Et en même temps Dieu mêle à cela des choses très pratiques et c’est aussi important pour nous de voir que Paul est parfaitement conscient de ce qu’Onésime pouvait devoir à Philémon, pour être juste aussi envers Philémon. Souvent quand nous sommes confrontés à des cas difficiles, nous avons tendance, même involontairement, à prendre parti. Nous entendons l’un, nous avons entendu l’autre, et puis nous avons plus de sympathie pour l’un ou pour l’autre et nous sommes un peu emportés par notre sympathie. Paul, ici, a un équilibre qui est un modèle pour nous. Il a le profond désir que Philémon reconnaisse ce que la grâce a fait chez Onésime et qu’il reçoive Onésime, mais en même temps son désir est que ce qui était juste envers Philémon soit effectivement payé et que Philémon ne souffre pas non plus d’un préjudice à cause de ce qu’Onésime lui aurait dû. C’est un équilibre que nous avons toujours besoin de rechercher, spécialement quand il y a des questions personnelles, quand l’un ou l’autre a été lésé. Certes nous pouvons, si on peut dire, aider la grâce, mais n’oublions jamais que même de la façon la plus pratique, nous devons veiller à ce que les choses soient faites de manière juste. Simplement on voit ici avec quelle beauté, finalement, Paul dit : « Mais Onésime ne pourra pas répondre. Eh bien ! Moi, je vais m’engager ». Et il engage son cœur, il s’engage lui-même dans cette affaire pour que non seulement du côté d’Onésime, mais aussi du côté de Philémon, tout soit réglé sans nuage.

Ce qu’on vient d’entendre est d’autant plus impressionnant que si on considère la situation économique d’un Philémon, et la situation économique de Paul, qui disait : « je sais avoir faim, je suis dans les privations », on se dirait : bon, Philémon pourra se rattraper. Non. Il y a ce qui est juste et qui doit être parfaitement mis au clair, d’abord dans nos relations avec le Seigneur quand elles ont été altérées par quelque chose, ensuite de nouveau dans une relation horizontale, justice pratique par rapport à quelqu’un à qui on a pu faire tort. On peut imaginer au moment où il est arrivé au v. 19 que l’apôtre Paul a pris l’instrument de celui qui écrivait, pour écrire lui-même. Nous savons bien que l’apôtre, peut-être à cause d’un problème de vue, dictait en général ses lettres et souvent il n’écrivait que la salutation. Cela nous est dit dans la 2eme épître aux Thessaloniciens en particulier : « La salutation, de la propre main de moi, Paul » (3. 17) parce qu’il semble bien qu’il y avait des faux qui circulaient où on se réclamait de Paul pour écrire des choses. Ici dans notre épître peut-être qu’il a dicté sa lettre, mais à ce moment-là dans le v. 19 comme on prend un stylo pour établir un chèque, il va écrire : « moi, je payerai ». Il le fait et cela nous montre aussi l’engagement de foi que l’apôtre Paul avait vis-à-vis d’Onésime. Il n’est pas en train de régler un petit problème accessoire parce qu’il ne semble pas qu’il ait su l’ampleur du préjudice. Pour quelqu’un qui est en prison, qui n’a pas le sou, dire : « moi, je payerai » – comme on l’a entendu, Onésime était incapable de payer cela – c’est montrer la certitude que les ressources du Seigneur la foi qui s’y attache aussi, qu’il serait en mesure de payer, même si la somme pouvait être énorme (Onésime était peut-être parti avec la caisse). Sachant que dans une situation comme celle-là, c’était la pensée du Seigneur que les choses se règlent. Il savait aussi que, malgré son dénuement, Dieu lui donnerait ce qu’il faudrait pour combler cette dette et pour que la justice pratique soit pleinement satisfaite.

Un mot simplement peut-être pour les enfants. L’apôtre Paul dit : « s’il t’a fait quelque tort ou s’il te doit quelque chose, mets-le-moi en compte… moi, je payerai ». Pour les enfants qui ont déjà donné leur cœur au Seigneur Jésus, qui ont compris dans leur cœur que le Seigneur Jésus est mort pour leurs péchés, il peut y avoir parfois peut-être des moments où on pèche de nouveau, où on fait quelque chose de mal. On peut avoir ce sentiment dans le cœur de quelque chose qui nous trouble, en disant : « j’appartiens au Seigneur Jésus, pour ce que j’ai fait de nouveau, est-ce que je suis pardonné pour cela ? ». C’est quelque chose qui peut venir troubler. Il y a une chose qui est la confession pour retrouver la relation avec le Seigneur Jésus qui a été abîmée par ce péché. Il faut confesser – c’est un aspect des choses – pour retrouver la joie de la relation, comme David qui dit : « Rends-moi la joie de ton salut » (Ps. 51. 12). Par contre il y a le côté de Dieu. Est-ce que je suis toujours coupable pour ce péché devant Dieu ? Est-ce que je vais être jugé pour ce que j’ai fait ? Il y a quelqu’un qui va mettre cela dans le cœur et qui peut venir troubler les enfants avec cela. Il faut vous dire que si votre cœur est troublé par cela, celui qui vous met ce doute, c’est le diable. Le diable cherche les occasions pour vous troubler. C’est quelque chose qui peut être vraiment très difficile. La parole nous montre quelque chose d’étonnant, de mystérieux pour nous, c’est que d’une certaine façon le diable a aussi un accès auprès de Dieu. Il est appelé « l’accusateur des frères » (Apoc. 12. 10), celui qui a un accès auprès de Dieu et qui peut dire du mal ou relever des choses qui ne sont pas bien chez des croyants en disant : « Tu vois, il a fait ceci, il a fait cela, il a peut-être menti, il a dit quelque chose qu’il n’aurait pas dû dire, il a eu de mauvaises paroles, il y a toutes ces choses qui ne vont pas ». Le diable fait cela. Ce qu’il faut se dire, c’est qu’à ce moment-là, le Seigneur Jésus est là, il peut répondre. Le Seigneur Jésus ne dit pas au diable : « ce n’est pas vrai ». Oui, c’est vrai. Mais « mets-le-moi en compte », moi, j’ai payé pour cela. Tu n’as aucun reproche à lui faire, moi, j’ai payé pour cela. Alors cela peut encourager les enfants qui parfois peuvent être troublés par ce sentiment d’avoir péché. Est-ce que suis toujours en règle avec Dieu ? Sachez que c’est le diable qui met cela dans votre cœur et que dans le ciel, le Seigneur Jésus dit : « ce que tu as fait là, c’est moi qui l’ai pris, c’est mon compte à moi, c’est mon compte avec Dieu. Tu n’as plus rien à faire avec cela, j’ai payé ».

Peut-être juste relever au v. 19 une expression par rapport à ce qu’on vient d’entendre : « Moi, Paul, je l’ai écrit de ma propre main ; moi, je payerai ». On peut se rappeler le passage d’Ésaïe au chapitre 49 au sujet d’Israël : « Une femme oubliera-t-elle son nourrisson, pour ne pas avoir compassion du fruit de son ventre ? Même celles-là oublieront ; … mais moi, je ne t’oublierai pas. Voici, je t’ai gravée sur les paumes de mes mains » (v. 15 et 16). Se souvenir du Seigneur Jésus sur la croix, les mains clouées, qui ensuite ressuscité a pu dire à Thomas : « Avance ton doigt ici, et regarde mes mains ; avance aussi ta main, et mets-la dans mon côté ; et ne sois pas incrédule, mais croyant. Thomas répondit et lui dit : Mon Seigneur et mon Dieu ! » (Jean 20. 27 et 28). « Je l’ai écrit de ma propre main ; moi, je payerai ». Et ensuite aussi « pour ne pas te dire que tu te dois toi-même aussi à moi ». N’est-ce pas aussi ce que le Seigneur Jésus nous dit tout à la fois, que tout est payé, tout est payé de sa propre main clouée sur la croix, mais que dans cette œuvre même il nous a acquis en sorte que maintenant nous nous devons nous-mêmes aussi à lui.

Nous avons entendu cette expression merveilleuse : le Seigneur Jésus a payé. On nous a rappelé tout à l’heure cette parabole de Matthieu 18. « Le seigneur de cet esclave-là [c’est-à-dire nous tous], touché de compassion, le relâcha et lui remit la dette » (v. 27). C’était une dette qui correspondait pour l’époque à des milliers d’années de salaire. Que fait cet esclave-là ? Il voit un esclave qui était esclave avec lui et « il l’étranglait, disant : Paye, si tu dois quelque chose » (v. 28). Combien cela parle à chacun de nos cœurs !

En rapport avec la grâce de Dieu, c’est le premier « de peur » des trois « de peur » que nous avons dans Hébreux 12. Quel est le premier « de peur » d’Hébreux 12 ? C’est le verset 15 : « veillant de peur que quelqu’un ne manque de la grâce de Dieu ». C’est le premier « de peur » et qui est à la racine de toutes les misères qui suivent. Le deuxième « de peur » c’est « de peur que quelque racine d’amertume, bourgeonnant en haut, ne vous trouble ». D’abord un état intérieur, peut-être de la propre justice, l’oubli de la grâce dont nous sommes les objets et quand on oublie cela, on commence à être dur vis-à-vis des autres. Et ensuite naît quelque chose de plus extérieur, une racine d’amertume. On en veut à quelqu’un, on est mécontent des autres, de nos frères et sœurs dans le rassemblement. Et après, il n’y a pas de filet, si on peut dire, pour nous retenir, ensuite : « de peur qu’il n’y ait quelque fornicateur, ou profane comme Ésaü, qui pour un seul mets vendit son droit de premier-né ». On voit qu’après il n’y a rien qui arrête. Mais cela commence tout simplement par manquer de la grâce de Dieu. Combien nous avons besoin de croître dans cette grâce de manière à ce qu’elle puisse être l’atmosphère de nos réunions et de nos relations les uns avec les autres.

Je payerai pour toi. Nous pensons aussi à la parabole du bon Samaritain. Tout le monde la connaît. « Ce que tu dépenseras de plus, moi, à mon retour, je te le rendrai » (Luc 10. 35). L’apôtre, comme on l’a dit, imite son Maître. Le v. 21 aussi nous parle : « Ayant de la confiance dans ton obéissance, je t’ai écrit, sachant que tu feras même plus que je ne dis ». Il écrit – nous l’avons rappelé – à son frère Philémon, mais il lui fait confiance aussi, et même plus que confiance. Il a confiance dans son obéissance, mais il lui dit aussi : « tu feras même plus que je ne dis », c’est-à-dire qu’il ira au-delà même de ce qu’il a compris, de ce l’apôtre a écrit. Il fera plus. Le Seigneur nous appelle à l’obéissance, il nous appelle à la confiance les uns envers les autres, il nous appelle aussi à son obéissance à lui.

Simplement une pensée sur la fin du v. 19 : « pour ne pas te dire que tu te dois toi-même aussi à moi ». J’aimerai le rapprocher de ce qui nous est dit au v. 8 : « C’est pourquoi, tout en ayant une grande liberté en Christ de te commander ce qui convient » et au v. 14 : « afin que le bien que tu fais ne fût pas l’effet de la contrainte, mais qu’il fût volontaire ». L’apôtre Paul aurait pu, en quelque sorte, exiger que Philémon reçoive Onésime à cause de l’apôtre Paul justement, pour que tout soit réglé entre eux. Mais ce n’est pas de cette manière-là que l’apôtre agit. D’une part il n’agit pas, comme on l’a déjà dit, en sa qualité d’apôtre. Il aurait pu dire à Philémon : « Voilà, je suis l’apôtre qui te dis de recevoir Onésime ». Certainement Philémon aurait alors reçu Onésime selon ce que l’apôtre Paul avait commandé. Et puis d’autre part il y avait cette exigence que l’apôtre aurait pu avoir à l’égard de Philémon en lui disant : « Tu te dois aussi à moi. Souviens-toi de tout ce que j’ai fait pour toi, tu m’es redevable ; pour cela tu peux bien recevoir Onésime ». Ce n’est pas non plus de cette manière-là qu’il agit. Il est dit au v. 14 : « afin que le bien que tu fais ne fût pas l’effet de la contrainte, mais qu’il fût volontaire ». Parce que l’apôtre ne voulait pas exiger quoi que ce soit. Il voulait que ce soit le travail de la grâce de Dieu. Il était lui-même tellement pénétré de l’immensité de cette grâce dont il avait été l’objet et de l’amour de Dieu, qu’il voulait que ce soit cette grâce qui agisse aussi dans le cœur de Philémon. Combien cela nous touche, nous aussi ! Nous sommes assez facilement portés, peut-être même sans exiger quelque chose de nos frères, à faire pression sur eux d’une manière ou d’une autre, peut-être sentimentalement ou spirituellement, ou de quelque autre manière que ce soit, mais faire pression sur nos frères, ce n’est pas laisser la grâce agir dans leur cœur. Je ne sais pas trop comment l’exprimer, mais si nous-mêmes nous sommes pénétrés de l’immensité de la grâce qui nous a été accordée, comme cela a été souligné dans la parabole de Matthieu 18, est-ce que nous aurons quoi que ce soit à exiger de nos frères ? Combien c’est beau, si voyant le travail de la grâce de Dieu dans un cœur, il y a quelque chose de spontané qui se manifeste, non pas le résultat de ce que nous, nous avons pu faire, mais de ce que Dieu fait dans sa grâce et dans son amour ! Que nous puissions nous garder de toute pression quelle qu’elle soit sur nos frères, sur nos sœurs, de quelque exigence que ce soit, mais que nous laissions la grâce agir parce que nous sommes nous-mêmes les objets de l’immense grâce de Dieu !

Juste une pensée à propos des v. 22, 23, 24. L’apôtre Paul fait dire à ces croyants à Colosses, que par leurs prières il leur sera donné. Il les exhorte à prier pour lui. Combien de fois on voit qu’il recherche les prières de ceux à qui il s’adresse ! Il y a une raison toute particulière à prier pour les serviteurs de Dieu. « Par vos prières, je vous serai donné ». Nous savons par la 1ere épître à Timothée et par l’épître à Tite que Paul est sorti de sa première captivité, qu’il est allé à plusieurs endroits et là peut-être on voit aussi son humilité : « j’espère que, par vos prières, je vous serai donné ». Il s’attend à Dieu. J’espère que je vous serai donné. Il n’est pas certain. Nous savons qu’il est sorti de sa première captivité.
Et puis il avait des compagnons de captivité. Il y avait Épaphras, Aristarque (ailleurs il est parlé comme étant un compagnon de captivité). Parmi ces cinq noms, il y en a qui résonnent heureusement. D’autres qui résonnent tristement. A travers ces noms nous pouvons aussi être interpelés, touchés dans nos cœurs et nos consciences. Épaphras : en Colossiens 4. 13 Paul lui rendait témoignage qu’il était dans un grand travail de cœur, non seulement pour les croyants à Colosses, mais aussi pour les croyants à Laodicée, Hiérapolis, deux assemblées qui étaient proches. Il avait à cœur les trois rassemblements comme l’apôtre avec qui il travaillait qui avait une sincère sollicitude pour toutes les assemblées. Il pouvait prier, intercéder pour toutes les assemblées. Est-ce que nous le faisons, bien-aimés ? Épaphras était dans un grand travail de cœur. Marc : il a été autrefois comme Onésime, inutile un temps puisqu’à un moment donné il a été l’occasion de dispute entre Paul et Barnabas et a abandonné Paul. Il a été un temps inutile à Paul. En 2 Tim. 4 quand Paul se retrouve dans sa dernière captivité à Rome, il peut dire : « Prends Marc et amène-le avec toi, car il m’est utile pour le service » (v. 11). Démas l’avait abandonné. Il le dit dans cette épître à Timothée, dans ce dernier chapitre, « ayant aimé le présent siècle » (v. 10). Démas a abandonné l’apôtre Paul, ayant aimé le présent siècle. Est-ce que c’est notre cas, bien-aimés ? Démas n’est pas perdu, c’était un compagnon d’œuvre de l’apôtre Paul, mais à la fin de sa vie il a abandonné l’apôtre, il a aimé le présent siècle. Marc, par contre, est revenu au Seigneur, il a été utile pour le service alors que Paul est enfermé dans la prison à Rome. Que nous soyons aussi exercés, même si à moment donné nous avons pu manquer, à revenir et être utiles ! Pierre a été un exemple de cela. « Simon, Simon, voici, Satan a demandé à vous avoir pour vous cribler comme le blé ; mais moi, j’ai prié pour toi » (Luc 22. 31 et 32). Simon a renié son Maître. Le Seigneur l’a-t-il rejeté ? Non, le Seigneur va l’utiliser. A trois reprises il va lui poser cette question : « M’aimes-tu ? ». La réponse du Seigneur est : « Pais mes brebis… pais mes agneaux ». Le Seigneur ne le laisse pas, ne l’abandonne pas, malgré sa défaillance. Cela nous encourage à suivre le Seigneur, à revenir à lui comme Marc, comme Simon Pierre. Luc a été toujours avec l’apôtre. A la fin de 2 Tim. 4 l’apôtre Paul peut dire : « Luc seul est avec moi » (v. 11). « Tous m’ont abandonné » (v. 16). Luc est resté avec l’apôtre. Il a été, tout au long de son chemin, utile pour le Maître, utile pour l’apôtre Paul, utile pour l’assemblée. Que ce soit notre désir, notre profond désir, d’être utile au Maître jusqu’à ce qu’il vienne !

On a dit que ce qui est exprimé dans cette épître par l’apôtre Paul concernait essentiellement Philémon. Nous pouvons nous demander, sans aller trop loin comme cela a été recommandé, quelles étaient les pensées d’Onésime en allant vers son maître auquel il avait sans doute fait tort. Il retournait vers lui comme un frère bien-aimé, afin qu’il le possède comme un frère bien-aimé, dit l’apôtre à Philémon. Onésime était toujours esclave jusqu’ici. Nous ne savons pas s’il a été affranchi. Tout au plus en lisant ce qui est dit au v. 21 à la fin : « sachant que tu feras même plus que je ne dis », c’est peut-être quelque chose qui a pu inciter de la part du Seigneur Philémon à affranchir Onésime. Mais cela ne nous est pas dit. Qu’est-ce qu’il y avait pour Onésime ? Il y avait d’abord le fait qu’il était dorénavant et pour toujours un enfant de Dieu, un racheté de Christ, qu’il pouvait servir son maître d’une manière qui était conforme à cette nouvelle vie qu’il avait reçue par pure grâce. Nous désirons lire quelques versets. « As-tu été appelé étant esclave, ne t’en mets pas en peine ; toutefois, si tu peux devenir libre, uses-en plutôt, car l’esclave qui est appelé dans le Seigneur est l’affranchi du Seigneur ; de même aussi l’homme libre qui a été appelé est l’esclave de Christ » (1 Cor. 7. 21 et 22). Nous avons là toute la beauté de l’amour du Seigneur Jésus pour ceux qu’il a appelés à lui. Il ne s’agit pas d’un nivellement, il s’agit de ce que la grâce de Dieu accomplit et si le Seigneur n’est pas venu pour abolir les distinctions sociales, il est venu pour apporter la vie : « la grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ » (Jean 1. 17). Donc l’un qui était demeuré esclave, ayant cru, était l’affranchi du Seigneur. Le maître, lui, était l’esclave de Christ. Ce n’est pas pour rien que les apôtres, Paul, Pierre, Jacques, s’intitulent esclaves de Dieu ou esclaves de Christ. Est-ce que cette appellation, nous aimons à nous l’approprier ? Évidemment on ne peut pas s’approprier quelque chose que l’on n’a pas. Mais la grâce du Seigneur désire que nous saisissions combien est précieux cela pour son cœur. Un second passage dans la 1ere épître à Timothée : « Que tous les esclaves qui sont sous le joug estiment leurs propres maîtres dignes de tout honneur, afin que le nom de Dieu et la doctrine ne soient pas blasphémés » (6. 1). C’est quelque chose qui nous concerne en ce sens que nous sommes d’une manière ou d’une autre sous une autorité et nous avons à ne pas oublier, et c’est dit d’ailleurs aux esclaves dans l’épître à Tite, d’orner « l’enseignement qui est de notre Dieu sauveur » (2. 10). Ici il est dit : « afin que le nom de Dieu et la doctrine ne soient pas blasphémés ». C’est quelque chose d’extrêmement sérieux et solennel cela. Souvent nous pouvons être légers à cet égard. Que le Seigneur nous accorde la grâce de bien peser de telles choses ! Le verset suivant : « et que ceux qui ont des maîtres croyants ne les méprisent pas parce qu’ils sont frères, mais qu’ils les servent d’autant plus que ceux qui profitent de leur bon et prompt service sont des fidèles et des bien-aimés. Enseigne ces choses et exhorte » (6. 2). Là nous sommes un peu au cœur de ce sujet, en ce sens qu’il y a un maître, un esclave, qui sont tous les deux des frères en Christ, de bien-aimés frères, ceux que le Seigneur a délivrés de leur condition de péché et a amenés dans sa communion. Quel va être leur comportement ? Nous connaissons nos cœurs naturels. Il y a ici un enseignement de première valeur, à savoir que, et le maître et l’esclave, sont l’un et l’autre des frères bien-aimés. Il est ajouté à l’égard des esclaves croyants, ce que nous avons lu : « que ceux qui ont des maîtres croyants ne les méprisent pas parce qu’ils sont frères, mais qu’ils les servent d’autant plus que ceux qui profitent de leur bon et prompt service sont des fidèles et des bien-aimés ». Ce qu’on vient de lire dans la dernière partie du verset change les choses, si on peut dire. C’est-à-dire que quand nous regardons ce que le Seigneur a fait dans celui qui est au-dessus de nous, que nous servons, alors les choses sont à leur bonne place. C’est le Seigneur qui est celui auquel nous avons à plaire, à lui plaire à tous égards. En servant ses frères – ici les maîtres – nous servons le Seigneur. Il est dit dans l’épître aux Colossiens : « vous servez le Seigneur Christ » (3. 24). Cela donne toute sa valeur et sa dignité à un tel service, un service qui n’est pas un service administratif, mais avant tout un service de cœur. Il faut que le cœur soit engagé, que quand nous servons ainsi, nous fassions ce qui est agréable au Seigneur. Cela plaît au Seigneur et il y a de la bénédiction, la paix est là, la joie aussi. Que le Seigneur nous accorde la grâce de vivre réellement de telles choses quand elles sont devant nous et c’est souvent le cas !

Je voudrais dire encore un petit mot d’Épaphras. Épaphras avait été un compagnon de service pour l’apôtre Paul. On peut penser que cette lettre a été écrite de Rome, peut-être de Césarée, mais enfin on pense plutôt de Rome. Épaphras était un Colossien, puisque la fin de l’épître aux Colossiens nous dit : « Épaphras qui est des vôtres » (4. 12). Et il était avec l’apôtre. Le verset est très explicite pour dire qu’Épaphras était donc de Colosses. Il était auprès de l’apôtre Paul pour l’assister. Épaphras est aussi un serviteur par lequel les Colossiens avaient entendu parler du Seigneur. Ce n’était pas le travail de Paul. Peut-être même que c’est par le moyen d’Épaphras que Philémon avait été converti. Le début des Colossiens nous dit : « vous avez entendu et connu la grâce de Dieu en vérité, comme vous l’avez entendue d’Épaphras, notre bien-aimé compagnon de service » (1. 6 et 7). Donc le travail à Colosses s’était fait, non pas comme à Corinthe ou ailleurs par le ministère de l’apôtre Paul, mais par le service d’Épaphras. Donc Épaphras était un Colossien, mais il s’était tenu près de l’apôtre Paul, peut-être pour l’encourager. Il était en tout cas son compagnon de captivité.
Il y a aussi une chose qu’il faut peut-être dire, c’est que cette histoire de serviteur, d’esclave en fuite, et qui retourne vers son maître, nous avons déjà cela dans la parole une autre fois. Dans le chapitre 16 de la Genèse il s’agit cette fois d’Agar, une Égyptienne, servante, qui va s’enfuir de chez Saraï qui la malmène. Sur ce chemin de Shur, alors que certainement elle s’apprête à s’en aller en Égypte – le chemin de Shur conduisait en Egypte – l’Ange de l’Éternel va la trouver et va lui dire, sans l’entremise d’une personne comme pour Philémon, mais directement : « Retourne vers ta maîtresse et humilie-toi sous sa main » (v. 9). C’est exactement ce que va faire Agar qui va retourner et qui va aussi, et d’une manière magnifique, découvrir celui qui est le Dieu de Lakhaï-roï, « tu es le Dieu qui te révèles » (v. 13). La révélation de Dieu dans un cœur, peut lui faire complètement changer de chemin, que ce soit Onésime, que ce soit Agar, servante égyptienne, qui peut dire : « Tu es le Dieu qui te révèles » et qui va retourner chez celle qu’elle a tant cherché à fuir, mais mue par des motifs suscités dans son cœur par l’Ange de l’Éternel, une image du Seigneur avant son incarnation.

J’aimerai donner une pensée sur Démas. Démas ici s’est joint aux autres frères pour saluer Philémon et l’assemblée. Il n’est rien dit de plus. Il est parlé de Démas. Et puis dans la 2eme épître à Timothée au chapitre 4 plus tard l’apôtre dit : « Démas m’a abandonné, ayant aimé le présent siècle » (v. 10). On voit donc un cheminement négatif chez Démas. Une chute, en quelque sorte, n’arrive jamais d’un seul coup. Il y a un éloignement, et puis ensuite on voit extérieurement la chute. Le Seigneur voit ce qu’il y a dans les cœurs. Souvent il le voit avant que les frères le voient. Il nous arrive quelquefois de voir une chute alors qu’on ne s’y attendait pas. Que le Seigneur nous aide à avoir du discernement et surtout à pouvoir apporter les soins dont une âme a besoin ! Toujours dans la 2eme épître à Timothée au chapitre 4, il y a un contraste entre Démas qui a aimé le présent siècle et tous ceux qui aiment Son apparition (v. 8). Le jour de l’apparition du Seigneur, ce sera le jour où les récompenses seront montrées et l’apôtre Paul pouvait dire : « désormais m’est réservée la couronne de justice, que le Seigneur juste juge me donnera dans ce jour-là, et non seulement à moi, mais aussi à tous ceux qui aiment son apparition » (v. 8). Alors la question reste posée pour chacun de nous : est-ce que nous aimons le présent siècle, ou est-ce que plutôt nous aimons l’apparition du Seigneur, c’est-à-dire le jour où nous le verrons et le jour où il y aura les récompenses ?

Simplement quelque chose concernant les relations chrétiennes. C’est quelque chose qui court dans toute cette épître. Paul parle au début de cette relation si forte, si pleine, si belle, qu’il avait avec Philémon. Et puis il lui dit ensuite : « Tu vois, cette relation que nous avons ensemble, est une relation que j’ai maintenant avec Onésime ». Il dit d’Onésime : « mes propres entrailles ». C’était quelque chose d’incroyable pour Philémon recevant cette épître de se dire : « Mais moi qui ai cette relation avec cet apôtre qui m’a amené au Seigneur, que je connais, que j’apprécie tellement, il me dit qu’il a maintenant cette relation-là avec cet esclave ». Et ensuite en continuant la lettre que découvre-t-il ? Maintenant Paul me dit que je suis appelé à avoir cette même relation avec Onésime. La relation que j’ai avec Paul, maintenant Paul a cette relation avec Onésime, et Paul est en train de me faire comprendre que je suis appelé maintenant moi aussi à avoir cette relation avec Onésime. C’est-à-dire que tous les trois, l’apôtre en prison, ce maître certainement dans une situation sociale très enviable, cet esclave en fuite, tous les trois d’une façon totalement indépendante de leur situation sociale ou même financière, etc… maintenant nous allons avoir cette même relation parce que nous appartenons au Seigneur. C’est cela qui nous réunit. Là aussi, il ne le dit pas, mais l’assemblée se réunissant dans cette maison, si Onésime reste dans cette maison, ils seront appelés à vivre ensemble, on ne sait pas de quelle manière, mais en tout cas l’exhortation qu’a reçue Philémon, c’est maintenant : il est pour toi « un frère bien-aimé… dans le Seigneur » (v. 16). C’est cela qui compte. Peut-être qu’il a continué à le servir, mais en étant un frère bien-aimé. Alors c’est une des merveilles du christianisme, de ce que le Seigneur enseigne : les distinctions que font les hommes entre eux n’ont aucune valeur aux yeux de Dieu. Lorsque des croyants sont ensemble, tout ce que le monde regarde, tout ce qui va les séparer, tout ce qui va les distinguer, d’un point de vue humain, n’a pas la moindre valeur aux yeux du Seigneur. Ils sont des frères bien-aimés appartenant à un même Seigneur, à un même Maître. Le reste n’a aucune importance. Alors nous, nous vivons dans une période où les distinctions sociales sont peut-être beaucoup moins marquées, où les distances sociales sont beaucoup moins grandes que celles qu’il y avait à l’époque de Philémon. Et pourtant, est-ce qu’on ne peut pas parfois facilement dans nos cœurs, si on ne juge pas cela devant le Seigneur, recréer un petit peu cela et avoir tendance à distinguer peut-être les frères qui ont fait plus d’études, qui ont une situation professionnelle plus enviable, peut-être des frères qui sont dans une assemblée dans une grande ville et puis des frères dans une petite assemblée plus à la campagne ? Ce sont des choses qui peuvent parfois monter dans notre cœur, d’avoir tendance à faire un peu une distinction. Bien sûr ce sont des enfants de Dieu, il n’y a aucun problème avec cela, mais voilà ce n’est pas tout fait la même chose. Ce sont des choses qui peuvent venir, ce sont des choses qu’il faut que nous jugions dans notre cœur. Cette épître nous apprend qu’avec les distinctions sociales si grandes à cette époque-là, l’apôtre dit à Philémon : « tu dois considérer cet esclave comme un frère bien-aimé, rien d’autre ». C’est un encouragement pour nous, bien sûr, que l’exhortation à ne pas voir autre chose dans notre frère que celui pour lequel Christ est mort et qu’il n’y ait aucune autre espèce de distinction qui puisse se faire lorsque nous considérons notre frère. Il appartient au Seigneur, nous avons le même Maître, le même Seigneur, la même espérance. C’est cela qui nous réunit et tout le reste n’a aucune importance.

On peut voir tout au long de cette épître qu’il est question de la grâce. Déjà au v. 3 : « Grâce et paix à vous, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ ! » Dès l’entrée de cette lettre, l’apôtre introduit cette mention combien bénie de la grâce de Dieu, dont nous avons été entretenus, pour nous faire souvenir de quelle grâce nous avons été aimés, pardonnés. Tout au long de cette épître nous avons été amenés à rappeler qu’effectivement la grâce de Dieu opère, pas seulement pour nous sauver, mais aussi dans nos relations les uns avec les autres. C’est ce qui ressort de cette étude d’aujourd’hui. Nous pouvons rendre grâces à Dieu de ce qu’il ait placé cette courte épître devant nous. C’est une épître où toute la grâce de Dieu entre les croyants se déploie dans les relations les uns avec les autres, quelle que soit notre position sociale ou spirituelle. De toute manière, nous sommes tous, chacun pour lui-même, des objets de la grâce de Dieu. Nous devons nous en tenir là. C’est justement dans ce cadre de la grâce de Dieu qui opère chaque jour, non seulement dans nos cœurs, mais aussi au milieu de nous, les croyants, que nous avons à chercher à progresser dans cette connaissance bénie de la grâce qui nous est faite, non seulement pour être sauvés, mais également pour entretenir des relations entre nous qui soient produites et conduites par l’Esprit de Dieu que nous avons en nous. L’apôtre Paul, on l’a rappelé, se met au dernier rang par rapport à Philémon. Quelle que soit sa position après son retour chez Philémon, Onésime a peut-être repris cette position d’esclave, mais il est bien au-dessus d’un esclave pour Philémon, comme pour Paul aussi, il est comme un frère bien-aimé.
Et puis il termine son épître par ce dernier verset : « Que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit ! » (v. 25) Non pas seulement que nous jouissions de la grâce de Dieu dont nous sommes les objets, mais aussi que cela soit présent et même en quelque sorte bénisse notre esprit. C’est dans notre esprit que nous devons garder cette pensée combien précieuse et bénie que nous sommes les objets de la grâce de Dieu, mais aussi que cette grâce opère en nous chaque jour. Jusqu’à la fin de notre vie, la grâce de Dieu est là, présente au milieu de nous certes, mais aussi en chacun de nous pour nous bénir, pour nous faire progresser, pour que nous soyons constamment tenus dans l’humilité parce que nous sommes chacun, personnellement, les objets de la grâce de Dieu, mais aussi l’assemblée tout entière est comme le dépositaire de la grâce permanente de Dieu qui opère non seulement dans nos cœurs, dans nos esprits, dans nos consciences, mais aussi dans nos relations les uns avec les autres. Et tout cela est le produit de l’amour de Dieu qui est comme on le sait, le Dieu de toute grâce, le Dieu de la totalité de la grâce, c’est-à-dire qu’il y a en lui une grâce sans limite, une grâce qui se prolonge jusque dans l’éternité. Nous savons par un autre passage que Dieu, à la fin, établira l’état éternel. Il n’y aura plus ni homme, ni femme, ni Juif, ni esclave, ni homme libre, mais un seul homme nouveau dans le Christ Jésus. C’est là qu’on voit toute la perfection de la plénitude de la grâce de Dieu qu’il va déployer pour nous. Et tout cela repose, rappelons-le de nouveau, tout cela repose uniquement sur le sacrifice du Seigneur Jésus à la croix. Par la croix du Seigneur Jésus, où il a expié nos péchés, mais aussi où il a pleinement satisfait à la gloire de Dieu, la grâce de Dieu peut se déployer envers nous sans retenue. Mais aussi c’est sur la croix du Seigneur Jésus que repose tout l’accomplissement de tous les plans de Dieu envers nous et pour l’éternité dans la gloire de l’état éternel où Dieu sera au milieu des hommes (Apoc. 21). Il sera tout en tous.

 

A SUIVRE !

D’après Études à Blésignac
Novembre 2014