IMG_20191005_162441_BURST1

 

ELIM
Ex. 15. 27

 

Notre cœur oublieux s’en souvient-il assez,
De tous les frais Elim, verdoyantes retraites,
Que le long du voyage aux éprouvantes traites,
Conduits par son amour, nous avons traversées ?

La colonne du peuple, énorme vague lente,
Derrière la nuée où marchait l’Éternel,
Allait, et du désert l’immensité brûlante,
Implacable inconnu, menaçait Israël.

Ses yeux ardents emplis de la terre promise,
Humble et fier à la fois, le bâton à la main,
En tête des tribus, seul, s’avançait Moïse.
Aaron après lui marchait dans le chemin.

Et puis Juda, Ruben, Éphraïm, Dan, la masse,
Dans la poussière fauve et le soleil de feu,
Suivaient et s’écoulaient comme le reflux passe,
Innombrable troupeau que comptait l’œil de Dieu.

Par familles groupés, tous, jeunes gens robustes,
Mâles guerriers armés, enfants insoucieux,
Femmes à l’air pensif, lasses, ployant leurs bustes,
Vieillards sur leurs bâtons, courbés, silencieux.

Tous allaient. Le bétail suivait, cohue immense
Qui, richesse vivante, avec bruit se pressait,
Tandis que sur les chars, orgueilleuse puissance,
L’or, l’argent, les trésors d’Égypte on entassait.

Ainsi le peuple élu cheminait. Dans leur route,
Trompant leur lassitude, ils racontaient entre eux
L’histoire inoubliable, unique sans nul doute,
Du puissant Jéhovah les hauts faits glorieux.

L’esprit encore troublé par toutes ces merveilles,
A peine pouvaient-ils croire leur souvenir.
Comme un songe angoissant d’où joyeux l’on s’éveille,
Ils revivaient l’Égypte, et leur constant soupir.

Ils revoyaient la suite étrange des miracles,
Le grand cri, dans la nuit, des Égyptiens frappés,
La pâque, le départ suivant les saints oracles,
La mer, la marche au sein des abîmes coupés.

Les ennemis surpris jetés à la dérive,
Le Pharaon soudain englouti dans les flots,
Le chant de délivrance éclatant sur la rive,
Devant l’onde propice où flottaient les chariots.

Et puis, trois jours de soif ayant aigri leur âme,
Près des eaux de Mara l’on s’était arrêté,
L’amertume arrachait vers Moïse le blâme
Que Dieu calmait, d’un bois mystérieux jeté…

—-

Or, on avait repris la marche monotone.
De nouveau le désert, le soleil, le labeur,
L’eau rare au maigre lit des torrents où s’étonne,
En été, le regard déçu du voyageur.

L’étape ce jour-là s’allongeait, harassante,
Depuis l’aube du jour, et la chaleur gagnait.
Une rumeur montait, lentement grandissante,
Et l’ardeur de la foi dans les rangs s’éteignait.

Ah ! Verrait-on jamais le pays des promesses,
La terre d’Abraham, l’opulent avenir ?
La fatigue et la soif, de leurs âpres détresses,
Obscurcissait l’espoir, noyait le souvenir.

Mourrons-nous donc de soif dans le désert hostile ?
Est-ce ainsi qu’au repos Moïse nous conduit ?
Les jours de servitude, au bord du Nil tranquille,
Étaient-ils plus amers que l’épreuve aujourd’hui ?

—-

Mais une vision lointaine se dessine.
Les arides plateaux s’ouvrent. Un cirque frais
S’étend à l’horizon, dans la lumière incline
Vers une nappe d’eau des feuillages dorés !

On doute. Est-il possible ? Est-ce vrai ? L’espérance
Peut-elle se donner libre cours ? N’est-ce pas
D’un mirage trompeur la perfide apparence,
Un supplice de plus à ce peuple si las ?

On approche. L’espoir s’affirme, se précise,
Et la nuée au loin s’arrête. Louez Jah !
Le pas se hâte heureux vers l’attirance exquise.
On foule l’herbe verte, et l’air fraîchit déjà !

Les palmiers accueillants balancent leurs ramures
Au-dessus des bosquets de térébinthes verts,
Et voyez, jaillissante aux douze sources pures,
L’eau, l’eau tant désirée étale ses flots clairs.

Bientôt, auprès de l’onde aux reflets magnifiques,
Le camp se déployait dans les sites ombreux,
Retentissant sans fin de l’écho des cantiques
A l’Éternel Sauveur, le Dieu fort des Hébreux.

Le courant des ruisseaux mirait les tentes blanches ;
Les femmes s’empressaient abreuvant les troupeaux,
Se croisaient sous le dôme épais des longues branches
Leurs vases débordant des généreuses eaux.

—-

Elim, pur oasis ! Elim, divines fêtes.

Oh dites, notre cœur s’en souvient-il assez
De tous les frais Elim, verdoyantes retraites,
Que, le long du voyage aux éprouvantes traites,
Conduits par ton amour, nous avons traversés ?

D’après Almanach Évangélique 1922
A. Gibert