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D.L. MOODY

 

D.L. Moody était le fils d’un fermier très pauvre des États-Unis, qui mourut, qui mourut en laissant une veuve et neuf enfants. Cette femme était une chrétienne, et c’était là sa seule richesse. Ses voisins lui conseillaient de placer quelques-uns de ses enfants dans des institutions charitables, mais elle les aimait trop pour accepter facilement de se séparer d’eux. Un soir, après avoir beaucoup prié et pleuré, elle ouvrit au hasard la Bible que son mari lui avait laissée et tomba sur ces mots de Jérémie 49. 11 : « Laisse tes orphelins, moi je les garderai en vie, et que tes veuves se confient en moi ». Ces paroles la décidèrent à garder tous ses enfants auprès d’elle.
Son fils, Dwight Lyman, devint plus tard un simple employé dans un magasin de chaussures de Boston. Il fallait bien vivre ! Dans ce magasin, il eut le bonheur d’avoir pour camarade un jeune chrétien qui fut l’instrument de sa conversion. Nous ne sommes pas capables de donner ici des détails sur les débuts de sa vie chrétienne ; nous savons seulement que, s’étant établi à Chicago, en 1856, il réussit à y fonder une école chrétienne pour les enfants pauvres, qui donna naissance à une église dont Moody fut le premier pasteur, sans avoir jamais fait d’études théologiques régulières ni reçu la consécration pastorale.
Cette église se développa sous la prédication populaire, ardente et fidèle du jeune évangéliste. Cependant quelque chose y manquait encore puisque, raconte-t-on, deux dames âgées qui suivaient le culte de Moody lui disaient de temps en temps :
« Cher ami, nous prions pour vous, afin que vous receviez la puissance d’En Haut ».
Ce à quoi Moody répondait intérieurement : Que veulent-elles dire ? L’église prospère, il s’y produit des conversions ; que me manque-t-il donc encore ?
A la suite d’un incendie qui réduit la chapelle en cendres, Moody fut conduit à visiter l’Europe. Il parcourut l’Angleterre et l’Irlande et prit part à beaucoup d’assemblées chrétiennes où il fit beaucoup de bien. Un soir, après une dernière réunion à Dublin (Irlande), un autre évangéliste dont il avait fait la connaissance et dont il était devenu l’ami, lui dit :
« M. Moody, il nous reste encore à voir ce que Dieu peut faire d’un homme qui lui est entièrement consacré ».
Moody rentra en Amérique, en méditant, pendant tout le parcours du navire, ces paroles de son ami Varley, et c’est alors que commença la période miraculeusement féconde de ce ministère déjà pourtant si béni.
Moody n’était pas ce qu’on aurait appelé un grand orateur. Il n’avait pas fait d’études classiques ; il n’avait suivi que l’école primaire dans un village éloigné des grands centres de culture. Son accent trahissait l’Américain de campagne. Mais il connaissait sa Bible à fond ; il croyait sans réserves à son inspiration, et cela par le fait que, dans toutes ses pages il avait trouvé la nourriture de son âme et qu’il avait vu, par ce seul livre, les pécheurs se convertir et naître à une vie nouvelle. N’est-ce pas un fait bien remarquable et incontestable que tous les réveils religieux ne se sont produits, y compris la Réformation du 16ème siècle, que par le retour à la Bible, tout entière divinement inspirée ? Le succès de sa prédication fut unique et dépassa toute comparaison. A Londres, des milliers d’auditeurs se réunissaient soir après soir, pendant des semaines et même des mois, accourant longtemps avant l’heure de l’ouverture pour entendre les deux évangélistes, Moody et Sankey. Ce dernier était un musicien chrétien doué d’une voix admirable et qui chantait des cantiques jusque-là inédits dont il avait composé la musique et parfois même les paroles. Ainsi, un soir, un peu avant la réunion, Moody passa à son ami un petit poème en lui disant : « Vous pourriez peut-être chanter ces paroles-là ; elles sont si belles ! »
Sankey lit soigneusement le petit poème, puis se met à l’harmonium portatif qui l’accompagnait dans toutes ses campagnes ; il improvisa l’air bien connu maintenant en France et ailleurs de ce cantique qui commence ainsi :

L’heureux troupeau reposait sûrement
Dans un gras pâturage,
Une brebis seule errait follement
Dans la nuit, dans l’orage.

L’entente parfaite qui régnait entre les deux évangélistes, leur admirable simplicité, leur amour pour les âmes, leur donnaient une emprise qui n’avait jamais été égalée sur l’âme des peuples anglo-saxons. Un trait montrera le secret de ces victoires :
Il y avait dans l’Est de Londres une vieille dame et ses deux nièces, toutes les trois de pieuses chrétiennes vivants ensembles. La tante était trop âgée et trop infirme pour pouvoir aller aux réunions du dimanche ; elle restait donc à la maison pour prier. Un dimanche matin, ses deux nièces revinrent de l’église qu’elles fréquentaient, beaucoup plus tard qu’à l’ordinaire.
« Tante », s’écrièrent-elles, « nous avons été retenues parce que le prédicateur était un étranger qui a parlé plus longtemps que d’ordinaire et a mis l’église en révolution ».
« Et qui donc était cet étranger ? » demanda la vieille dame.
« C’est un américain, Moody, de Chicago ».
La tante, très émue, dit à ses nièces :
« Laissez-moi toute seule dans ma chambre, j’ai besoin de me recueillir devant le Seigneur ».
Plus tard elle leur raconta qu’elle avait lu dans un journal religieux, concernant ce Moody, de Chicago, quelque chose qui l’avait poussée à demander à Dieu qu’il fût envoyé à Londres, et il était venu sans qu’elle eût besoin de  faire aucune démarche autre que cette prière.

D’après Almanach Évangélique 1940
R. Saillens