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COMBIEN PEUT PESER UNE PRIÈRE ?

 

Une femme visiblement fatiguée entra dans le magasin et demanda à l’épicier une quantité de provisions suffisante pour préparer un repas de Noël à ses enfants.
– Quelle somme avez-vous pour payer ? questionna-t-il.
– Mon mari n’est pas revenu de la guerre, répondit-elle. Je n’ai rien à offrir, si ce n’est une petite prière.
– Écrivez-la sur un papier, dit-il, et il s’occupa de ses ventes.
À sa grande surprise, elle sortit une feuille de sa veste et la lui tendit.
– Voilà, dit-elle, je l’ai écrite pendant la nuit en veillant mon bébé malade.
Il prit le papier et il lui vint une idée. Il le plaça sans le lire sur le plateau des poids de sa balance ancien modèle et dit :
– Nous allons voir quel poids de nourriture cela représente.
À son grand étonnement, le plateau de la balance ne s’abaissa pas quand il posa un pain de l’autre côté. Confus et embarrassé parce que les clients le regardaient, il vit que le plateau ne descendait toujours pas, bien qu’il ajoutât tout ce qu’il trouvait à portée de sa main. Il prit un air bourru et son visage s’empourpra. Finalement il dit :
– De toute manière, c’est tout ce que la balance peut supporter ; voici un sac, mettez vous-même toute cette marchandise dedans. Je suis occupé.
Elle prit le sac, y entassa ses provisions, essuyant parfois ses yeux sur sa manche. Il ne voulait pas regarder, mais il ne put s’empêcher de voir que le grand sac n’était pas tout à fait plein, aussi lui lança-t-il encore un gros morceau de fromage. Il ne vit pas le timide sourire reconnaissant qui brillait dans les yeux de la femme ; elle avait compris la bonté cachée sous les dehors hargneux de l’épicier.
Quand elle fut partie, il examina sa balance : elle était cassée !
Les années passèrent, l’épicier pensait souvent à cette situation étrange. Pourquoi la femme était-elle venue juste quand sa balance était cassée ? Pourquoi était-il si troublé, lui, au point de ne pas s’apercevoir que, sur le plateau des poids, il n’y avait qu’un bout de papier ? « Après tout, se dit-il, ce fut un miracle ». Il garda la feuille de papier sur laquelle la femme avait écrit : « S’il Te plaît, Seigneur, donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ».

D’après Almanach Évangélique 1972