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CATHERINE, LA PETITE MARCHANDE DE POISSONS

La petite Catherine Banner habitait avec sa mère un village de la côte de Finlande, nommé Rohstein. Son père, Hermann Banner, avait déserté l’armée dans laquelle il servait, puis avait abandonné sa femme et son enfant, âgée seulement de quelques semaines. La jeune mère avait réussi à préserver sa fillette de la misère et même à lui donner une certaine instruction, grâce à son travail persévérant et à son économie. Catherine suivait l’école du village et faisait de rapides progrès ; mais, entre les heures de classe et pendant les jours de vacances, sa plus grande joie était de pouvoir aider sa mère.
Quand les bateaux de pêche rentraient au port, la petite fille, munie d’un gros panier d’osier, s’approchait des chaloupes qu’on déchargeait, et bien souvent, chaque patron lui donnait quelques poissons si la pêche avait été fructueuse. C’est que Catherine était connue et aimée de tous, et personne n’osait repousser la vaillante enfant qui essayait de venir en aide à sa mère. Quand Catherine s’éloignait, les braves matelots se trouvaient amplement remerciés du petit cadeau qu’ils avaient fait par le sourire aimable et le regard rayonnant de la fillette.
Elle se présentait ensuite à la porte des maisons de la ville voisine, où elle était connue, et offrait sa marchandise. Le soir, elle rentrait dans la chaumière où l’attendait sa mère, son panier vide et sa vieille bourse de cuir bien garnie de gros sous.
Un jour d’hiver, comme elle revenait à la nuit tombante à la maison, elle rencontra sur la route un pauvre chemineau, tout déguenillé, qui avançait péniblement en trébuchant de fatigue.
– Bonsoir, petite fille, dit-il d’une voix lasse, comme l’enfant passait près de lui.
– Bonsoir, Monsieur, répondit aimablement la fillette.
– Dis-moi, à quelle distance sommes-nous du village le plus rapproché, et comment s’appelle-t-il ? Car je suis étranger et ne connais pas cette contrée.
– Le village le plus proche est Rohstein, et il est encore éloigné de deux kilomètres environ, répondit l’enfant. C’est là que j’habite, et si vous voulez, je vais vous en montrer le chemin.
Et Catherine, ralentissant le pas, se mit à marcher à côté du vagabond.
– Ainsi, tu habites Rohstein, ma petite, demanda l’étranger. Tu y a sans doute de la famille ?
– Oui, j’habite le village avec ma mère, depuis des années, presque depuis ma naissance. Nous y sommes venus après avoir perdu mon père.
– Ton père est mort ?
– Je ne sais pas s’il est mort, répondit Catherine. Maman m’a raconté qu’il était parti quelques jours après ma naissance, et il n’est jamais revenu. Je ne me souviens donc pas de lui ; mais maman ne l’a pas oublié, et chaque soir elle demande à Dieu – et elle m’a appris à le lui demander aussi – de garder papa et de le ramener parmi nous.
– Ton père était donc un méchant homme ? demanda l’étranger visiblement ému par le récit de l’enfant.
– Maman ne m’a jamais dit cela ; je ne sais ni pourquoi il est parti, ni pour quel motif il reste loin de nous. Mais nous avons bon espoir, maman et moi, que Dieu nous exaucera et que mon père reviendra un jour.
– Quel est ton nom, mon enfant ? Dis-le-moi, s’il-te-plait.
– Je m’appelle Catherine et maman se nomme Constance Banner. Chacun nous connait au village, car ma mère est blanchisseuse et moi je vends du poisson. Mais qu’avez-vous donc ? Vous avez l’air de souffrir et de marcher plus péniblement encore !
– Non, mon enfant, ce n’est rien. Conduis-moi chez toi, veux-tu ? j’aimerais beaucoup voir ta mère.
Tout le reste de la route, l’étranger resta silencieux, absorbé dans ses pensées.
– Chère maman, je t’amène un visiteur, un pauvre étranger fatigué que j’ai rencontré sur la route dit la fillette en faisant joyeusement irruption dans la chaumière. Il peut se reposer un moment près du feu, n’est-ce pas ?
– Certainement, mon enfant. Soyez le bienvenu, mon brave homme, au nom de Celui qui est le dispensateur de toute grâce, ajouta Constance en faisant signe au voyageur d’entrer.
Ainsi, accueilli, le chemineau passa le seuil de la chaumière, tête basse, appuyé sur le bâton de route. Mais quand il se fut approché de l’âtre, Constance poussa un cri en discernant ses traits éclairés par la lumière :
– Hermann ! Hermann ! est-ce bien toi ? Dieu soit loué !
Et le vagabond, honteux et déguenillé, se trouva tout à coup étreint dans les bras de sa femme, qui l’avait reconnu…
Le pauvre homme raconta sa lamentable histoire. Après avoir quitté sa femme et son enfant, il avait été pris par la police et emprisonné comme déserteur. Après sa détention, incapable de reprendre du service dans l’armée à cause d’une maladie qu’il avait contractée pendant ses longues années de réclusion, il chercha en vain du travail de tous côtés, mais personne ne se souciait d’employer un homme qui avait de tels antécédents, et il était ainsi devenu peu à peu une espèce de vagabond des grandes routes, vivant au jour le jour, soit d’aumônes, soit du travail qu’on voulait lui donner.
Mais les souffrances et les privations avaient accompli en lui une œuvre bénie. Il était rentré en lui-même, il avait compris combien il était coupable, il avait ressenti un remords cuisant d’avoir agi comme il l’avait fait. Son ardent désir avait alors été de retrouver un jour sa femme et son enfant afin de recommencer auprès d’eux une vie nouvelle et utile. Et voici que, par la grande bonté de Dieu, la prière de la femme et celle du pauvre pécheur avaient été exaucées, et c’était leur enfant, vraie messagère du pardon divin, qui avait ramené le pauvre père au foyer où il était toujours attendu !
Une fois de plus, Dieu avait répondu à la foi humble et persévérante de ses enfants.

D’après Almanach Évangélique 1979