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AVALÉ PAR UN CACHALOT

 

De toutes les histoires de l’Ancien Testament, celle de Jonas passant trois jours dans les entrailles d’un poisson est certainement la plus controversée.
Les sceptiques ont voulu la rapprocher des légendes mythologiques, les incrédules ont cherché à prouver l’impossibilité pour une baleine d’avaler un homme entier et de le garder vivant trois jours entiers dans son estomac.
Ces gens oublient qu’il existe plusieurs espèces de baleines, les plus gros animaux connus. Celle dénommée communément baleine a effectivement un très petit œsophage et se nourrit essentiellement de crevettes, pas plus grosses que des sauterelles.
Le cétacé qui nous intéresse ici, le cachalot, est tout aussi gros que les baleines avec son poids d’une soixantaine de tonnes.
Il présente une particularité : seule sa mâchoire inférieure est garnie de dents, ce qui lui permet d’avaler sa nourriture sans la mâcher. Sa préférence va aux poulpes géants dont la longueur dépasse souvent quinze mètres ; on connaît également le cas d’un requin trouvé intact (bien que mort) dans l’estomac d’un cachalot.
Ces quelques détails aideront à mieux comprendre l’histoire qui va suivre, peu connue, mais authentique.
En février 1891, le baleinier anglais, Étoile de l’Est, opérait au large des îles Falkland, base connue pour cette chasse.
Un jour le guetteur aperçut à quelques trois milles de distance un énorme cachalot, reconnaissable à son jet d’eau caractéristique.
Deux canots furent mis à la mer, et lorsque l’animal attaqué se défendit en donnant des coups de sa queue et de ses nageoires, une des embarcations fut projetée en l’air et ses occupants précipités en mer. Un des hommes se noya, un autre fut porté manquant ; il se nommait James Bartley, marin de grande qualité.
Le cétacé fut tué, et au bout de quelques heures la lourde carcasse gisait toute flasque sur le baleinier en attendant d’être dépecée.
Les matelots se mirent à l’œuvre, y passèrent même une partie de la nuit. Le lendemain matin ils reprirent leur travail nauséabond en commençant par dépouiller la panse ; tout à coup, un des hommes poussa un cri : il percevait de légers mouvements spasmodiques pouvant être des signes d’un être encore vivant à l’intérieur. Curieux de voir quelle proie était capable de subsister dans cet estomac, ils taillèrent avec précautions. Quelle ne fut pas leur surprise, mais aussi leur horreur, de trouver leur camarade disparu, plié en deux, sans connaissance, mais vivant.
Tremblants, les marins l’allongèrent sur le pont et l’aspergèrent à grands coup de seaux d’eau de mer. La douche froide le fit revenir à lui, et on le mit au lit dans la cabine du capitaine, où peu à peu il retrouva ses sens…tous sauf un : il avait perdu la raison.
Son état physique semblait apparemment ne pas avoir subi de dommages, mais l’horreur du choc éprouvé l’avait rendu fou furieux, à tel point qu’il fallut l’enfermer à clef deux semaines durant. Puis une nette amélioration se produisit peu à peu, et à la fin de la troisième semaine, il put reprendre son travail à bord.
Un seul défaut lui resta : la peau des parties non couvertes par les vêtements, celle du visage, du cou, des mains, soumise aux sucs gastriques, demeura d’un blanc livide et ridée comme un parchemin malgré les traitements subséquents ; mais la santé de ce nouveau Jonas n’en fut nullement altérée.
La raison revenue, les souvenirs revinrent également. Il se souvint d’avoir été jeté à la mer et d’avoir entendu le remous produit par la queue du cachalot. Plongé ensuite dans l’obscurité totale, il se sentit entraîné le long d’un couloir sans aspérités pour arriver finalement dans un endroit toujours aussi sombre mais où il se sentait plus au large. En tâtonnant il découvrit les murs de sa prison, visqueux mais souples ; en même temps il devint conscient du silence étrange qui régnait là, comme de la chaleur suffocante et des ténèbres qu’aucune lueur ne pouvait pénétrer, il comprit alors ce qui lui était arrivé. Il respirait facilement, mais la chaleur et l’horreur de sa situation l’accablèrent à tel point qu’il finit par s’évanouir, et ne se réveilla que dans la cabine du capitaine.
Bartley, homme modeste et simple, évita par la suite toute publicité qu’il aurait pu tirer de son aventure, et repris son travail de marin. Cette histoire aurait été oubliée si deux savants français, tous deux hommes de valeur et d’ancienne réputation, n’avaient étudié le cas et publié leurs conclusions. L’un en 1914, et l’autre en 1924 examinèrent et contrôlèrent chaque détail et demeurèrent absolument convaincu de l’authenticité de ces faits.

D’après Almanach Évangélique 1962