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AMOS, L’HUMBLE BERGER DE THEKOA
AMOS 7

 

Amos était berger, « d’entre les bergers de Thekoa » (1. 1). Son lieu d’origine était une ville de Juda, située non loin de la mer Morte, à la limite occidentale du désert de Juda.

Le caractère de berger

Bien des hommes de foi dans l’Ancien Testament étaient bergers. Abel faisait paître le menu bétail (Gen. 4. 2), Rachel était bergère (29. 9). Joseph, ce beau type de Christ, a aussi été berger (37. 2). Moïse faisait paître le bétail de Jéthro, son beau-père, derrière le désert (Ex. 3. 1). David, jeune encore, gardait le menu bétail de son père (1 Sam. 16. 11). Là, dans le secret, il avait fait des expériences et remporté des victoires, appuyé sur son Dieu. Le lion et l’ours ayant enlevé un mouton du troupeau, il n’avait pas hésité à les frapper et à les tuer, pour délivrer le frêle animal de leur gueule. Cette préparation secrète l’avait aidé plus tard à remporter la victoire sur Goliath, en s’appuyant sur l’Éternel des armées (1 Sam. 17. 34 et 35 ; Ps. 18. 32 à 35). D’ailleurs, le Psaume 78 nous rappelle que Dieu « choisit David, son serviteur, et le prit des parcs des brebis ;… d’auprès des brebis qui allaitent, pour paître Jacob, son peuple, et Israël, son héritage. Et il les fit paître selon l’intégrité de son cœur, et les conduisit par l’intelligence de ses mains » (versets 70 à 72). Combien ces caractères sont nécessaires pour un berger selon le cœur de Dieu !
Mais nous avons surtout le modèle suprême, celui du Seigneur. Au Psaume 23 nous voyons la brebis goûter la perfection de ses soins. Les Évangiles nous montrent le Seigneur ému de compassion en voyant les foules, « parce qu’ils étaient las et dispersés, comme des brebis qui n’ont pas de berger » (Mat. 9. 36). Il se présente alors comme « le bon Berger » qui « met sa vie pour les brebis » (Jean 10. 11).

Le berger devient prophète

Amos donc était berger. Il dit : « Je n’étais pas prophète, et je n’étais pas fils de prophète ; mais je gardais le bétail, et je cueillais le fruit des sycomores ; et l’Éternel me prit quand je suivais le menu bétail, et l’Éternel me dit : Va, prophétise à mon peuple Israël » (7. 14 et 15). Quelle humilité dans cette déclaration : aucune prétention, aucun orgueil ! Dans un monde où l’on s’arroge facilement des titres, où l’on cherche à paraître, ne perdons pas de vue l’exemple aussi de l’apôtre Paul : « Quand je voudrais me glorifier, je ne serais pas insensé, car je dirais la vérité ; mais je m’en abstiens, de peur que quelqu’un ne m’estime au-dessus de ce qu’il me voit être ou de ce qu’il a pu entendre dire de moi » (2 Cor. 12. 6).
Amos reconnaît qu’il avait une occupation humble, qu’il n’avait rien qui le désignât à vue humaine pour remplir cet office. Son appel comme prophète était une pure grâce divine. Il signifiait que les responsabilités normales, celles du roi et celles des sacrificateurs, n’étaient pas assumées. Mais dans sa grâce, Dieu voulait continuer à parler à la conscience et au cœur de son peuple, avant de le juger.

Persécution

On peut souligner qu’Amos a obéi à l’appel divin : son cœur était prêt à servir son Dieu et son peuple.
Mais son témoignage allait être accompagné de souffrances ; il en est toujours ainsi pour le chrétien fidèle (1 Pier. 4. 13 et 14). Un adversaire va se trouver en la personne d’Amatsia, sacrificateur de Béthel (7. 10). Ce n’était pas un sacrificateur de l’Éternel. Béthel, autrefois la maison de Dieu, était devenue un lieu d’idolâtrie, depuis que Jéroboam — le premier roi sur les dix tribus — y avait érigé un veau d’or (1 Rois 12. 28 à 31). Maintenant, l’Éternel devait dire : « Venez à Béthel, et péchez » (4. 4) et encore : « Ne cherchez pas Béthel,… Béthel sera réduite à rien » (5. 5).
Rien d’étonnant alors qu’Amatsia ne supporte pas le message d’Amos. Il le considère comme un dangereux agitateur, susceptible de lui faire perdre une place somme toute enviable pour lui, qui devait considérer la piété comme une source de gain (cf. 1 Tim. 6. 6). Aussi ordonne-t-il à Amos de fuir au pays de Juda, le lieu d’origine d’Amos, en dehors de sa propre sphère d’influence. On devine la prétention de cet homme et ses intrigues auprès du roi d’Israël, pour lui faire croire à sa fidélité tout en confortant sa propre place.
Amos se montre ferme, résolu à accomplir sa mission jusqu’au bout. N’est-ce pas l’Éternel qui l’a envoyé, lui un pauvre berger inconnu ? Un homme choisi pour être le porte-parole du message divin pourrait-il fuir sans encourir la colère de Dieu ?

Prophète et berger

Amos, de par sa profession, était à même de saisir un peu les grands besoins d’Israël, besoins auxquels répondra plus tard le Messie : « Comme un berger il paîtra son troupeau ; par son bras il rassemblera les agneaux et les portera dans son sein ; il conduira doucement celles qui allaitent » (Es. 40. 11). De sorte qu’en parlant du résidu d’Israël, il emploie une image empruntée à son ancienne occupation : « Comme le berger sauve de la gueule du lion deux jambes ou un bout d’oreille, ainsi seront sauvés les fils d’Israël » (3. 12). Ainsi l’Éternel sauvera un pauvre petit résidu, objet de sa grâce, au milieu du jugement si mérité.
La sollicitude pour son troupeau avait préparé le serviteur à s’occuper du peuple de Dieu. Le Nouveau Testament nous montre que cette fonction de « paître » a encore toute sa place aujourd’hui (Jean 21. 15 à 17 ; Act. 20. 28; 1 Pier. 5. 2). Et si même, pour la plupart d’entre nous, nous ne sommes pas bergers, nous avons tous une certaine responsabilité à l’égard des brebis et des agneaux qui sont autour de nous. Ceci concerne tout particulièrement les parents de petits enfants ; ils sont chargés de paître Ses agneaux.

Le « régime » de ce berger : le fruit des sycomores

« Je cueillais le fruit des sycomores » (7. 14). C’était la nourriture des pauvres, une nourriture simple. Nous avons à prendre garde que nos cœurs ne soient pas « appesantis par la gourmandise et l’ivrognerie, et par les soucis de la vie » (Luc 21. 34) et sommes exhortés à « vivre de régime en toutes choses » (1 Cor. 9. 25).
Le sycomore est un mot d’origine grecque qui signifie « mûrier à figues ». Il désigne un grand arbre qui ressemble au mûrier par ses feuilles, et au figuier par ses fruits. Son fruit, quoique inférieur à celui du figuier, est de saveur agréable. Amos vivait en contact avec la nature. Il avait ainsi appris à dépendre de Dieu pour sa subsistance. Il travaillait de ses propres mains, en accord avec l’injonction : « Qu’il travaille en faisant de ses propres mains ce qui est bon, afin qu’il ait de quoi donner à celui qui est dans le besoin » (Éph. 4. 28). L’apôtre dit aussi : « Nous vous exhortons, frères,… à vous appliquer à vivre paisiblement, à faire vos propres affaires et à travailler de vos propres mains, ainsi que nous vous l’avons ordonné, afin que vous marchiez honorablement envers ceux de dehors et que vous n’ayez besoin de personne » (1 Thess. 4. 10 à 12).

Une activité qui prépare au service

On peut remarquer la relation qui existe parfois entre le travail séculier préalable et le service spirituel qui suivra, ou s’exercera parallèlement. On en voit un exemple en Simon et André. Ils étaient pêcheurs lorsque le Seigneur les a appelés et leur a dit : « Venez après moi, et je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. Et aussitôt, ayant quitté leurs filets, ils le suivirent » (Marc 1. 16 à 18).
Amos avait une occupation humble mais formatrice. « Il est bon à l’homme de porter le joug dans sa jeunesse » (Lam. 3. 27). Élisée, plein d’énergie, labourait avec douze paires de bœufs lorsqu’il fut appelé comme prophète (1 Rois 19. 16 à 21). Tous ces serviteurs n’étaient pas embarrassés dans les choses de la vie, mais secrètement préparés à suivre le Seigneur.
C’est lui qui appelle à son service — et non les hommes. « Dieu a choisi les choses faibles du monde pour couvrir de honte les choses fortes ; et Dieu a choisi les choses viles du monde, et celles qui sont méprisées, et celles qui ne sont pas, pour annuler celles qui sont; en sorte que nulle chair ne se glorifie devant Dieu » (1 Cor. 1. 27 à 29). Merveilleuse grâce de Dieu ! Il emploie bien souvent des instruments peu en vue aux yeux de ce monde. Et sa puissance s’accomplit dans notre infirmité, pour que sa gloire éclate aux yeux de tous et que la louange revienne à lui seul.

La place de l’intercession dans la vie du serviteur

L’humilité d’Amos le rend propre à intercéder pour le peuple. Malgré les prophéties solennelles qu’il doit prononcer, malgré les jugements qu’il annonce, il intercède pour un peuple qui refuse d’écouter la voix de l’Éternel. Ses expressions sont touchantes : « Seigneur Éternel, pardonne, je te prie ! Comment Jacob se relèvera-t-il ? car il est petit » (7. 2). « Seigneur Éternel, cesse, je te prie ! Comment Jacob se relèvera-t-il ? car il est petit » (verset 5). Il ne peut que le confier à la grâce divine. Et deux fois, il est ajouté : « L’Éternel se repentit de cela ».
Au contraire, l’orgueil nous rend impitoyables pour les manquements des autres et indulgents pour les nôtres (voir l’exemple des pharisiens en Jean 7. 49 et en Luc 18. 11 et 12). De telles personnes ne sont pas disposées à intercéder.
Le caractère d’intercesseur se retrouve constamment dans la Parole ; il plaît à notre Dieu.
Abraham a longuement intercédé pour son neveu Lot et ceux qui l’entouraient. Il dit à l’Éternel : « Loin de toi d’agir de cette manière, de faire mourir le juste avec le méchant, et qu’il en soit du juste comme du méchant ! Loin de toi ! Le juge de toute la terre ne fera-t-il pas ce qui est juste ? » (Genèse 18. 25).
Moïse, le fidèle intercesseur, s’est constamment « tenu à la brèche » devant Dieu, pour détourner sa fureur de dessus le peuple et l’empêcher de le détruire (Ps. 106. 23 ; Ex. 32. 11 à 14 ; Nomb. 12. 13 etc.).
David, après avoir amené un jugement sur Israël par le dénombrement, est amené ensuite à intercéder pour celui-ci. Il s’écrie : « C’est moi qui ai péché et qui ai mal agi ; mais ces brebis, qu’ont-elles fait? Éternel, mon Dieu, je te prie, que ta main soit sur moi et sur la maison de mon père, mais qu’elle ne soit pas sur ton peuple pour le frapper » (1 Chron. 21. 17).
Job, quand le travail de Dieu dans son cœur a produit ses fruits, prie pour ses amis (Job 42. 10).
Dans le Nouveau Testament, on trouve souvent aussi des intercesseurs. Épaphras combattait toujours pour les Colossiens par des prières afin qu’ils demeurent parfaits et bien assurés dans toute la volonté de Dieu (Col. 4. 12). Et que dire des prières de l’apôtre Paul lui-même en faveur des innombrables croyants qu’il portait sur son cœur ! Ce qui le tenait assiégé tous les jours, c’était bien la sollicitude pour toutes les assemblées (2 Cor. 11. 28).
Exemple suprême, le Seigneur, à la croix, considère ceux qui le mettent à mort comme étant des homicides involontaires : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font » (Luc 23. 34). Celui qui « a intercédé pour les transgresseurs » (És. 53. 12) est le même que celui « qui est aussi à la droite de Dieu, qui aussi intercède pour nous » (Rom. 8. 34) !

Conclusion

Puissions-nous être, comme Amos, des serviteurs conscients de leur petitesse, restant humblement à la place où le Seigneur nous a mis ! Et s’il juge bon de nous confier un service public, soyons gardés de nous enorgueillir. « Car qui est-ce qui met de la différence entre toi et un autre? Et qu’as-tu, que tu n’aies reçu ? Et si aussi tu l’as reçu, pourquoi te glorifies-tu, comme si tu ne l’avais pas reçu ?» (1 Cor. 4. 7). Pensons aussi à cette parole de l’Éternel à Baruc : « Et toi, tu chercherais pour toi de grandes choses ? Ne les cherche pas » (Jér. 45. 5). Quand Dieu doit dire, et c’est le cas aujourd’hui : « Ce que j’avais bâti, je le renverse… » (verset 4), comment ses serviteurs auraient-ils des pensées d’élévation ?
Tout est grâce, et il nous faut être conscients, si même nous avons fait toutes les choses qui nous ont été commandées, que nous sommes encore « des esclaves inutiles ». Nous dirons alors : « ce que nous étions obligés de faire, nous l’avons fait » (Luc 17. 10).

D’après le Messager Évangélique 1997