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RESTER FIDÈLE

– Moi, je n’aurais pas fait comme Pierre ! Je n’aurais pas renié Jésus, je Lui serais toujours resté fidèle !
Ainsi parlait Marcel au retour de l’école du dimanche. Son visage exprimait à la fois l’indignation et l’assurance. Mme Vernet sourit.
– Prends garde ! dit-elle, tu te crois bien fort et ce sont souvent les plus forts qui succombent.
– Oh ! Maman ! Quand même je serais seul chrétien au milieu de cent incrédules, je n’aurais jamais la lâcheté de dire que je ne connais pas Jésus.
– Ce n’est pas toujours de cette manière que l’on peut renier son Sauveur, dit Mme Vernet.
Cette phrase étonna Marcel mais, étant d’un caractère impétueux et étourdi, il ne s’arrêta pas longtemps à y réfléchir, et passant aussitôt à un autre sujet :
– Maman, dit-il, j’ai rencontré Ledot qui m’a offert d’aller avec lui cet après-midi. Me le permets-tu ?
– Non, dit Mme Vernet, tu sais que je n’aime pas que tu ailles avec ce Ledot. C’est un vilain garçon qui te donne un vilain exemple.
– Oh ! maman, pour une seule fois !
– Non, mon enfant, il est inutile d’insister.
De fort mauvaise humeur, Marcel quitta la chambre.
Dans l’après-midi, étant sorti se promener, il rencontra de nouveau Ledot, sa canne à pêche sur l’épaule. La mine à la fois sournoise et effrontée du jeune garçon justifiait l’appréciation de Mme Vernet, mais Marcel ne voulait pas reconnaître que sa mère avait raison, et la vue de la canne à pêche vint réveiller son désir d’aller avec son camarade.
– Eh bien ! dit celui-ci, viens-tu enfin ? Il y a une heure que je t’attends.
– Non, dit Marcel en rougissant, je ne peux pas aller avec toi.
– Tu ne peux pas ! ricana l’autre. Dis plutôt que c’est ta mère qui ne veut pas.
– Mais… commença Marcel.
– Pauvre chéri ! continua Ledot, ricanant toujours. Il est si doux, si raisonnable. Il ne faut pas le laisser aller avec ce méchant Ledot qui lui gâterait le caractère. Il faut qu’il reste dans les jupes de sa maman pour devenir un bon petit jeune homme sage et rangé.
– Tais-toi, dit Marcel d’une voix sourde.
– Vernet ? Passer un après-midi avec Ledot ? Il serait vite perdu ! Ledot qui aime un peu trop faire l’école buissonnière – voyez ce grand crime ! – et qui, ô comble d’ignominie ! ne va jamais au temple. Sauve-toi, mon chéri. Rien que de respirer le même air que moi pourrait te contaminer.
Puis, changeant brusquement de ton :
– Quelle poule mouillée ! dit-il avec dédain. Un grand garçon comme toi qui n’ose pas suivre sa propre volonté et ne sait jurer que par père et mère ! Tu me fais pitié.
Déjà ébranlé par les moqueries de son camarade, Marcel se sentit poussé à bout.
– Tu vas voir si je n’ose pas faire ce que je veux, dit-il d’un ton de défi.
– Alors, viens avec moi.
– D’accord !
– Ah ! je savais bien que tu étais mon ami, ricana Ledot en passant son bras sous celui de Marcel.

Deux heures plus tard, les jeunes garçons revenaient au village, leur panier plein de poissons.
– Tiens, dit une femme en les voyant passer, le jeune Vernet a été pêcher avec ce garnement de Ledot ! Pour rien au monde je ne voudrais que mon fils imite cet exemple. Il n’y a que du mal à gagner en pareille compagnie ! Je croyais que les Vernet élevaient leur fils selon de meilleurs principes.
– Il ne faut pas se fier à ces gens pieux, dit une autre femme d’une voix aiguë. Ils font les bons apôtres, et avec ça ils ne sont pas meilleurs que les autres.
Les deux voix s’entendaient d’un bout à l’autre de la rue. Marcel tressaillit et lâcha le bras de son camarade.
– Eh bien ! Qu’est-ce qui te prend ? dit Ledot.
– Rien, dit Marcel avec précipitation, j’ai une commission à faire par-là, ce n’est pas la peine que tu te déranges de ton chemin pour me suivre.
– Je comprends, railla l’autre. Le sage Vernet ne tient pas à être vu en compagnie de ce garnement de Ledot. Eh bien ! bonsoir. Et à une autre fois ! On s’est bien amusé, hein ?
Marcel ne répondit rien. Maintenant que l’excitation de l’après-midi était tombée, il reconnaissait qu’il ne s’était pas amusé du tout.

Agenouillé devant sa mère, Marcel levait vers elle un visage rouge de honte et cependant empreint d’un certain apaisement. Il venait d’avouer toute sa désobéissance et Mme Vernet lui avait pardonné.
– Tu avais bien raison, maman, conclut-il humblement, Ledot est un mauvais camarade. Si tu savais toutes les horreurs qu’il m’a racontées cet après-midi. Maintenant, cela me dégoûte rien que d’y penser. Il m’a fait marauder des fruits et il voulait me faire fumer ! Heureusement, il n’avait plus d’allumettes, autrement j’aurais cédé à cela aussi.
– Et une autre fois il t’aurait fait boire et jouer, et tu aurais vite roulé sur la pente, mon pauvre Marcel, dit Mme Vernet. Grâce à Dieu, tu t’es aperçu à temps du danger.
– C’est en entendant parler ces femmes que j’ai mieux compris ma faute. Moi qui suis si fier d’être chrétien, voilà que j’ai fait mal juger tous les chrétiens. Oh ! maman, je comprends ce que tu voulais dire à propos du reniement de Pierre. Je n’ai pas été plus fidèle que lui ; je n’ai pas su résister aux moqueries de Ledot et moi aussi, j’ai renié mon Sauveur.
– Oui, dit Mme Vernet, ce n’est pas seulement par ses paroles que l’on renie Jésus, c’est aussi par ses actes. Chaque désobéissance à Ses commandements est un reniement de la part de ceux qui font profession de Le suivre. Je suis heureuse que tu aies compris cela, mon cher enfant.
– Et moi qui me croyais si fort ! balbutia Marcel.

« Que celui qui croit être debout prenne garde qu’il ne tombe ». 1 Cor. 10. 12.

D’après la Bonne Nouvelle 1983