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GUIDÉ PAR L’ÉTOILE

Dans une contrée des plus sauvages de la côte norvégienne, demeurait un vieux marin expérimenté, d’environ soixante-dix ans, le père Calas. Il avait l’étrange habitude de s’installer sur le pont de son bateau ou sur la grève, et de guetter dès le coucher du soleil l’apparition de l’étoile du soir. Interrogé par des amis sur la signification de cette habitude, il leur en raconta la raison, un soir d’orage.
C’est à une étoile, et au Dieu Créateur de cette étoile, que je dois le salut de ma vie et celui de mon âme, commença-t-il.
Il y a quarante ans, par une nuit terrible, pareille à celle-ci, le vent hurlait d’une manière lugubre, la mer se soulevait et notre équipage se trouvait sur un bateau désemparé, près d’une côte hérissée de récifs. Les vagues furieuses nous jetaient toujours plus vers la côte, et de minute en minute le péril augmentait.
Notre capitaine était un marin très expérimenté. Dès qu’il vit le danger menaçant, il se mit lui-même à la barre, tout en faisant son possible pour ranimer le courage de ses hommes. Il était d’une faible constitution, mais son caractère de fer dominait sa faiblesse physique. Il donnait ses ordres au porte-voix avec une force, une décision qui faisaient de chacun de nous un homme.
– Calas, me cria-t-il pendant que le vent faisait rage, et que nos mâts craquaient sinistrement, reste près de moi. Mes forces m’abandonnent. Vois-tu cette étoile là-haut ?
– Oui, capitaine.
– Eh bien, si je dois lâcher la barre, dirige le bateau dans la direction de l’étoile… alors vous serez sauvés. Si tu la quittes des yeux, le bateau ira se briser sur les rochers. Et puis, Calas, n’oublie pas ! Il y a une autre étoile que tu dois toujours avoir devant toi, si tu veux entrer au Port.
Je savais ce qu’il voulait dire par là. Il avait été le capitaine le plus consciencieux, le plus juste que j’aie connu. Jamais il ne laissait passer une occasion de nous dire quelque parole pour nos âmes. Quand ses forces furent épuisées par la violence de la tempête, il nous cria d’une voix qui dominait l’ouragan : « Ne perdez pas l’étoile de vue, mes enfants ! »
Alors on le porta dans la cabine. Je ne l’ai pas revu en vie. Lorsqu’on m’annonça le malheur qui nous avait frappés, je priai les camarades de m’attacher solidement à la barre pour que je puisse, jusqu’à la mort, obéir aux ordres de mon vieux capitaine.
L’ouragan augmenta de violence. Les larmes me voilèrent les yeux. Cependant, je continuai à regarder fixement l’étoile, et à diriger le navire de ce côté-là.
Deux heures encore, il nous fallut suivre un chenal étroit et périlleux avant d’aboutir enfin dans un fjord. Ses eaux agitées n’étaient rien à côté de la mer démontée où nous étions auparavant. L’étoile nous avait conduits dans la bonne direction.
Lorsque le bateau fut hors de danger, je descendis dans la cabine du capitaine. Je m’agenouillai près du lit grossier où reposait le capitaine et je priai avec ferveur.
A la fin de cette nuit d’angoisse où la mort avait passé si près de nous, mon cœur s’était donné à Jésus. Je savais que Lui seul était mon Sauveur et qu’Il me porterait dès lors au travers des orages de la vie. Ma prière a été entendue. Depuis ce jour-là, il m’a été accordé de ne pas perdre de vue l’Étoile divine, Jésus, mon Sauveur, mon Seigneur.

Étoile splendide brillant dans ma nuit,
Bâton qui me guide, pain qui me nourrit,
Fontaine d’eau vive, phare que je vois,
Là-bas sur la rive : tout cela c’est toi !

D’après la Bonne Nouvelle 1983